"Emilia Perez, "L'Histoire de Souleymane", "Le Comte Monte Cristo"... Qui sont les gagnants et les perdants de cette 50e édition des César ?
Vendredi soir, en direct de l'Olympia de Paris, la grande famille du cinéma français a adoubé la comédie musicale de Jacques Audiard. Tandis que "L'Histoire de Souleymane" empochait quatre prix.

- Publié le 01-03-2025 à 10h43
- Mis à jour le 03-03-2025 à 11h55

Ce vendredi, les César célébraient leur 50e anniversaire sur la scène de l'Olympia de Paris. Mise en scène par Cédric Klapisch, la soirée a tenu en trois heures (comme les Magritte le week-end dernier), sur un rythme soutenu. Très émue par la standing ovation qui l'a accueillie, la présidente Catherine Deneuve a dédié la cérémonie à l'Ukraine. Sous les applaudissements de la salle et, notamment, d'une Julia Roberts au sourire éclatant. La star hollywoodienne de 57 ans venait chercher un César d'honneur, tout comme Costa-Gavras, 91 ans, dont le dernier film, Le Dernier souffle, est toujours en salles.
Un peu avant minuit, Deneuve remettait le César du meilleur film à Emilia Pérez de Jacques Audiard. Nommée à 12 reprises, la comédie musicale mexicaine tournée en studios à Paris a survolé le palmarès, raflant sept statuettes. Empochant personnellement les prix des meilleurs film, réalisateur et adaptation, le cinéaste français est devenu la personnalité la plus sacrée, avec 13 César (devant les 10 prix de Roman Polanski).

Quatre prix pour L'Histoire de Souleymane
Au moment de recevoir son quatrième César du meilleur réalisateur, Audiard a, malgré la polémique entourant son actrice principale Karla Sofía Gascón, salué sa "Karla chérie". Présente dans la salle, la comédienne espagnole transgenre n'est pas montée sur scène, pas plus que Zoe Saldaña, pour venir chercher le César de la meilleure actrice. C'est en effet Hafsia Herzi qui s'est imposée, pour sa prestation dans Borgo de Stéphane Demoustier (resté inédit en Belgique), où elle campe une surveillante dans un centre pénitentiaire corse. La comédienne de 38 ans empoche ainsi un second César, 17 ans après celui du meilleur espoir féminin pour ses inoubliables débuts à l'écran dans La Graine et le Mulet d'Abdellatif Kechiche.
Côté meilleur acteur, après trois nominations infructueuses, le talent de Karim Leklou a enfin été salué pour son rôle dans le très beau Le Roman de Jim des frères Larrieu, dans lequel il campe un homme élevant un enfant qui n'est pas le sien, aux côtés de Laetitia Dösch.
Si la victoire d'Emilia Pérez ne faisait guère de doute, la vraie sensation de la soirée aura été L'Histoire de Souleymane. L'intense thriller de Boris Lojkine a empoché quatre César, dont celui du meilleur scénario original, mais aussi pour ses acteurs : Nina Meurisse (second rôle) et surtout Abou Sangaré sacré révélation masculine. Régularisé depuis le tournage, le Guinéen, installé à Amiens, est en effet bluffant dans le rôle de ce livreur Uber sillonnant les rues de Paris en attendant un entretien à l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. "De 2017 jusqu'à avril 2023, je n'avais plus de vie. Je vivais juste parmi les gens. Je ne me considérais pas comme un être humain. Depuis que j'ai traversé la mer Méditerranée, jusqu'en avril 2023, j'ai connu tout ce qui est la misère, tout ce qui est l'être humain, le bon comme le mauvais. […] Comment ça se fait qu'un sans-papiers tourne un film comme ça ? Merci à vous pour votre intégration au sein de l'humanité", a-t-il déclaré. Sans oublier de remercier ses "amis d'Amiens" et l'entreprise amiénoise où il travaille.
L'effet de réel était le même au moment où Louise Courvoisier est venue chercher son César du meilleur premier film, pour sa formidable comédie rurale Vingt dieux, qui a connu un immense succès dans les salles françaises avec plus d'un million d'entrées. La jeune réalisatrice a ainsi précisé que son comédien principal, Clément Faveau, n'avait pas fait le déplacement, parce qu'il privilégie son travail à la ferme. À la différence de Maïwène Barthelemy (castée au lycée agricole), qui a bien fait de monter à Paris puisque, pour son premier rôle à l'écran, elle empoche le César de la révélation féminine. "Je pensais pas que, depuis ma campagne, je serais là aujourd'hui. Tout ceci, je le dois à Louise Courvoisier, qui m'a fait découvrir le cinéma et m'a donné une opportunité unique. Elle m'a permis de jouer un rôle, qui reflète mon quotidien, mon travail d'agricultrice", a salué la jeune femme, avec son accent jurassien.

Les perdants de la soirée
Immenses succès au box-office français, Le Comte de Monte-Cristo (9,5 millions d'entrées) d'Alexandre de La Patellière et Matthieu Delaporte et L'Amour ouf de Gilles Lellouche (5 millions d'entrées) auront été les grands perdants de la soirée. Nommés respectivement à 14 et 13 reprises, ils ont emporté deux César techniques pour le premier (costumes et décors) et un seul pour le second, celui du meilleur second rôle masculin pour Alain Chabat. Malgré ses 11 millions de spectateurs, le film-phénomène d'Artus, Un p'tit truc en plus (nommé au meilleur premier film), est lui aussi reparti bredouille. Tandis qu'avec beaucoup d'humour, Frank Dubosc venait chercher le mini-César de celui qui n'a jamais reçu de César…
Au contraire de la coproduction belge Flow, le chat qui n'avait plus peur de l'eau, qui continue sa moisson de prix. Après son Golden Globe, le Letton Gints Zilbalodis a décroché le César du meilleur film d'animation. De bon augure pour les Oscars (qui se déroulent dans la nuit de dimanche à lundi), où il est nommé deux fois. Où il succédera peut-être, à l'Oscar du meilleur film étranger, à La Zone d'intérêt de Jonathan Glazer, récompensé l'année dernière. Vendredi soir, cette formidable évocation de l'horreur d'Auschwitz a clôturé son incroyable parcours, entamé avec le grand prix du jury à Cannes en 2023, en obtenant le César du meilleur film étranger.
Aujourd'hui, la Shoah et la sécurité juive sont utilisées pour justifier les massacres ou les nettoyages ethniques à Gaza, après les massacres du 7 octobre et la prise d'otages en Israël.
Absent, le réalisateur britannique a fait lire un message fort, très applaudi. "Le fait que tant de personnes aient été voir notre film est extraordinaire. Le fait qu'il soit autant d'actualité est alarmant. Pour faire écho à ce que nous disions il y a un an, nous voulions que le film nous pose à tous des questions, encore aujourd'hui, sur la déshumanisation. Aujourd'hui, la Shoah et la sécurité juive sont utilisées pour justifier les massacres ou les nettoyages ethniques à Gaza, après les massacres du 7 octobre et la prise d'otages en Israël. Il s'agit, dans un cas comme dans l'autre, d'actes de terreur contre des innocents, rendus possibles par la déshumanisation des personnes qui se trouvent de l'autre côté de nos murs. C'est la Zone d'intérêt…", a exprimé Glazer, lui-même juif. Dans ce qui fut l'un des seuls messages politiques d'une soirée par ailleurs assez lisse…

Palmarès des César 2025
Meilleur film : Emilia Pérez de Jacques Audiard
- Le Comte de Monte-Cristo d'Alexandre de La Patellière et Matthieu Delaporte
- En fanfare d'Emmanuel Courcol
- L'Histoire de Souleymane de Boris Lojkine
- Miséricorde d'Alain Guiraudie
Meilleure réalisation : Jacques Audiard pour Emilia Pérez
- Alexandre de La Patellière et Matthieu Delaporte pour Le Comte de Monte-Cristo
- Alain Guiraudie pour Miséricorde
- Gilles Lellouche pour L'Amour ouf
- Boris Lojkine pour L'Histoire de Souleymane
Meilleure actrice : Hafsia Herzi dans Borgo
- Zoe Saldaña dans Emilia Pérez
- Hélène Vincent dans Quand vient l'automne
- Karla Sofía Gascón dans Emilia Pérez
- Adèle Exarchopoulos dans L'Amour ouf
Meilleur acteur : Karim Leklou dans Le Roman de Jim
- François Civil dans L'Amour ouf
- Benjamin Lavernhe dans En fanfare
- Tahar Rahim dans Monsieur Aznavour
- Pierre Niney dans Le Comte de Monte-Cristo
Meilleure actrice dans un second rôle : Nina Meurisse dans L'Histoire de Souleymane
- Élodie Bouchez dans L'Amour ouf
- Anaïs Demoustier dans Le Comte de Monte-Cristo
- Catherine Frot dans Miséricorde
- Sarah Suco dans En fanfare
Meilleur acteur dans un second rôle : Alain Chabat dans L'Amour ouf
- David Ayala dans Miséricorde
- Bastien Bouillon dans Le Comte de Monte-Cristo
- Jacques Develay dans Miséricorde
- Laurent Lafitte dans Le Comte de Monte-Cristo
Meilleur scénario original : Boris Lojkine et Delphine Agut pour L'Histoire de Souleymane
- Stéphane Demoustier pour Borgo
- Emmanuel Courcol et Irène Muscari pour En fanfare
- Alain Guiraudie pour Miséricorde
- Louise Courvoisier et Théo Abadie pour Vingt dieux
Meilleure adaptation : Jacques Audiard pour Emilia Pérez
- Alexandre de La Patellière et Matthieu Delaporte pour Le Comte de Monte-Cristo
- Michel Hazanavicius et Jean-Claude Grumberg pour La Plus précieuse des marchandises
Révélation féminine : Maïwène Barthelemy dans Vingt dieux
- Malou Khebizi dans Diamant brut
- Megan Northam dans Rabia
- Mallory Wanecque dans L'Amour ouf
- Souheila Yacoub dans Planète B
Révélation masculine : Abou Sangaré dans L'Histoire de Souleymane
- Félix Kysyl dans Miséricorde
- Malik Frikah dans L'Amour ouf
- Adam Bessa dans Les Fantômes
- Pierre Lottin dans En fanfare
Meilleur premier film : Vingt dieux de Louise Courvoisier
- Diamant brut d'Agathe Riedinger
- Le Royaume de Julien Colonna
- Les Fantômes de Jonathan Millet
- Un p'tit truc en plus d'Artus
Meilleur film étranger : La Zone d'intérêt de Jonathan Glazer
- Anora de Sean Baker
- Les Graines du figuier sauvage de Mohammad Rasoulof
- The Apprentice d'Ali Abbasi
- The Substance de Coralie Fargeat
Meilleur film d'animation : Flow, le chat qui n'avait plus peur de l'eau de Gints Zilbalodis
Meilleur documentaire : La Ferme des Bertrand de Giles Perret
- La Belle de Gaza de Yolande Zauberman
- Bye Bye Tibériade de Lina Soualem
- Dahomey de Mati Diop
- Ernest Cole, photographe de Raoul Peck
- Madame Hofmann de Sébastien Lifshitz
Meilleur court métrage d'animation : Beurk ! de Loïc Espuche
- Gigi de Cynthia Calvi
- Papillon de Florence Miailhe
Meilleur court métrage documentaire : Les Fiancées du Sud d'Elena López Riera
- Petit Spartacus de Sara Ganem
- Un cœur perdu et autres rêves de Beyrouth de Maya Abdul-Malak
Meilleur court métrage de fiction : L'Homme qui ne se taisait pas de Nebojsa Slijepcevic
- Boucan de Salomé da Souza
- Ce qui appartient à César de Violette Gitton
- Queen Size d'Avril Besson
Meilleure photo : Paul Guilhaume pour Emilia Pérez
- Nicolas Bolduc pour Le Comte de Monte-Cristo
- Tristan Galand pour L'Histoire de Souleymane
- Claire Mathon pour Miséricorde
- Laurent Tangy pour L'Amour ouf
Meilleure musique : Clément Ducol et Camille pour Emilia Pérez
- Jon Brion pour L'Amour ouf
- Jérôme Rebotier pour Le Comte de Monte-Cristo
- Alexandre Desplat pour La Plus précieuse des marchandises
- Linda et Charlie Courvoisier pour Vingt dieux
Meilleur montage : Xavier Sirven pour L'Histoire de Souleymane
- Simon Jacquet pour L'Amour ouf
- Célia Lafitedupont pour Le Comte de Monte-Cristo
- Juliette Welfling pour Emilia Pérez
- Guerric Catala pour En fanfare
Meilleur son : Erwan Kerzanet, Aymeric Devoldère, Cyril Holtz et Niels Barletta pour Emilia Pérez
- Cédric Deloche, Gwennolé Le Borgne, Jon Goc et Marc Doisne pour L'Amour ouf
- David Rit, Gwennolé Le Borgne, Olivier Touche, Laure-Anne Darras, Marion Papinot, Marc Doisne et Samuel Delorme pour Le Comte de Monte-Cristo
- Pascal Armant, Sandy Notarianni et Niels Barletta pour En fanfare
- Marc-Olivier Brulle, Pierre Bariaud, Charlotte Butrak et Samuel Aïchoun pour L'Histoire de Souleymane
Meilleurs costumes : Thierry Delettre pour Le Comte de Monte-Cristo
- Isabelle Pannetier pour L'Amour ouf
- Virginie Montel pour Emilia Pérez
- Isabelle Mathieu pour Monsieur Aznavour
- Anais Romand pour Sarah Bernhardt, la divine
Meilleurs décors : Stéphane Taillasson pour Le Comte de Monte-Cristo
- Jean-Philippe Moreaux pour L'Amour ouf
- Emmanuelle Duplay pour Emilia Pérez
- Stéphane Rozenbaum pour Monsieur Aznavour
- Olivier Radot pour Sarah Bernhardt, la divine
Meilleurs effets visuels : Cédric Fayolle pour Emilia Pérez
- Cédric Fayolle, Hugues Namur et Émilien Lazaron pour La Bête
- Olivier Cauwet pour Le Comte de Monte-Cristo
- Stéphane Dittoo pour Monsieur Aznavour