Oscars 2025: la timide résistance d'Hollywood face à Donald Trump
Dans la nuit de dimanche à lundi, la 97e cérémonie des oscars n'a pas été une tribune contre le changement de régime en cours aux États-Unis. Même si quelques piques ont été lancées en direction de l'administration américaine.

- Publié le 03-03-2025 à 12h38
- Mis à jour le 03-03-2025 à 14h25

Le 22 février dernier, les Magritte avaient été très politiques, notamment à l'encontre du nouveau gouvernement belge et du MR (dont le président Georges-Louis Bouchez avait également pris à partie par Bouli Lanners aux César, vendredi soir). Dans la nuit de dimanche à lundi, les oscars sont restés assez discrets face au choc qu'est en train de vivre l'Amérique depuis le 20 janvier dernier.
Comme annoncé, cette 97e cérémonie a été dédiée à la ville de Los Angeles, ravagée par de violents incendies il y a quelques semaines. "We Love LA", exprimait ainsi un montage d'extraits de films, dont Mulholland Drive de David Lynch (mort le 16 janvier dernier), Once Upon A Time in Hollywood, Rocky, Barbie et, bien sûr, La La Land. Tandis qu'un peu plus tard, quelques pompiers de Los Angeles étaient invités à monter sur scène, sous les applaudissements nourris du public du Dolby Theatre à Hollywood.

Soutien à l'Ukraine
Les attaques directes à l'encontre Donald Trump sont restées quasiment absentes. Seul le maître de cérémonie a osé une petite pique. "Anora passe une bonne soirée. Deux Oscars déjà. Je suppose que les Américains sont ravis de voir quelqu'un s'opposer enfin à un Russe puissant", a lancé Conan O'Brien. Finalement récompensée de cinq oscars (dont celui du meilleur film), la comédie de Sean Baker met en effet en scène une jeune strip-teaseuse se battant contre un couple d'oligarques russes pour rester mariée à leur fils…
Au lendemain de la brutale altercation entre Donald Trump et le président ukrainien Volodymyr Zelensky dans le Bureau ovale de la Maison-Blanche, la seule parole un peu dissidente aura été le soutien affiché à l'Ukraine (à qui Catherine Deneuve avait dédié la cérémonie des César, vendredi). Chargée de remettre l'oscar du meilleur montage, l'actrice Darryl Hannah a ainsi lâché un "Slava Ukraine" ("Gloire à l'Ukraine"), tandis que le scénariste britannique Peter Straughan, récompensé du prix de la meilleure adaptation pour Conclave d'Edward Berger, affichait un drapeau ukrainien au revers de sa veste.

Pas d'opposition franche
Récompensée du prix du meilleur second rôle féminin pour son incroyable prestation dans Emilia Pérez, Zoe Saldaña n'a pas évoqué, malgré la thématique du film de Jacques Audiard, la négation officielle de l'existence des personnes transgenres par Donald Trump. Elle a par contre fustigé les discours anti-immigration. "Ma grand-mère est arrivée en 1961. Je suis une fille d'immigrée et j'en suis fière. Comme de ce rôle, où je parle espagnol. Ma grand-mère serait fière ! Je suis sûre que je ne serai pas la seule Dominicaine qui recevra un Oscar", a déclaré la comédienne de 46 ans. Et ce alors que le Président américain cherche à supprimer le droit du sol aux États-Unis et affirme vouloir expulser des millions d'immigrés. Tandis que, dans un décret signé le 1er mars, Trump a fait de l'anglais l'unique langue officielle des États-Unis, revenant sur des textes de l'administration Clinton qui, en 2000, facilitaient l'accès à l'administration aux non-anglophones. Selon le dernier recensement effectué en 2023, l'espagnol est pourtant la langue maternelle de 43 millions de personnes aux États-Unis…
Je suis une fille d'immigrée et j'en suis fière. Comme de ce rôle, où je parle espagnol.
Sacré meilleur acteur pour son rôle dans The Brutalist de Brady Corbet, Adrien Brody est, lui, resté assez vague, priant pour "un monde plus inclusif". "Il ne faut pas laisser la haine se développer. Il faut lui faire obstacle. Il faut combattre et reconstruire ensemble."
Pour le reste, tout comme lors de la 31e cérémonie des SAG Awards (les prix de la Guilde des acteurs, où, le 24 février dernier, seule Jane Fonda avait osé un discours très offensif), Hollywood n'a donc pas franchement résisté face à la fascisation de l'Amérique imposée par Donald Trump et Elon Musk. Signe que, comme la Silicon Valley, le monde du cinéma acceptera de faire mauvaise fortune bon cœur face aux bouleversements en cours aux États-Unis.
Alors qu'en septembre 2024, à la Mostra de Venise, il avait fait ouvertement le rapprochement entre la dictature brésilienne et la menace de Donald Trump (pas encore réélu), Walter Salles est resté très prudent au moment de recevoir l'oscar du meilleur film étranger pour le très beau Je suis toujours là. Beaucoup plus critique durant la campagne des oscars dans ses interviews accordées dans la presse professionnelle américaine, le cinéaste brésilien s'est contenté de dédier son prix à son héroïne, Eunice Paiva, qui a subi "un deuil sous un régime autoritaire".

Le Moyen Orient s'invite aux oscars
En attribuant l'oscar du meilleur documentaire No Other Land, coréalisé par le Palestinien Basel Adra et l'Israélien Yuval Abraham, l'Académie a par contre envoyé un message fort concernant la situation au Moyen Orient. Déjà récompensé du prix du meilleur documentaire à la Berlinale, ce film coup de poing conçu par un collectif de militants dénonce en effet ouvertement la colonisation israélienne en Cisjordanie.
"Je souhaite à ma fille de ne jamais avoir à vivre la vie que je vis, avec tant de violence, tant de destructions de maisons", a exprimé Basel Adra, appelant à la fin du "nettoyage ethnique" des Palestiniens. "Quand je regarde Basil, je vois mon frère, mais nous ne sommes pas égaux", a déploré, de son côté, son collègue Yuval Abraham, tout en critiquant la politique américaine au Moyen Orient.
Lundi matin, Miki Zohar, ministre israélien de la Culture, a estimé que cette récompense était un "triste moment pour le monde du cinéma". "Transformer la diffamation d'Israël en un outil de promotion internationale n'est pas de l'art. C'est un sabotage contre l'État d'Israël, en particulier à la suite du massacre du 7 octobre et de la guerre en cours", a exprimé le membre du Likoud. Estimant que No Other Land "amplifiait des récits qui déforment l'image d'Israël vis-à-vis du public international".
