De "Shakespeare in Love" à "Hamnet" : Le mystère Shakespeare à l'écran
Dans le très beau "Hamnet" de Chloé Zhao, en salles ce mercredi, Paul Mescal incarne un William Shakespeare en proie au deuil. Retour sur un mythe finalement assez peu représenté au cinéma et en télévision, contrairement à son œuvre.

- Publié le 20-01-2026 à 14h44

Depuis quatre siècles, le succès du théâtre de William Shakespeare ne s'est jamais démenti. Pour Chloé Zhao, réalisatrice du très beau Hamnet, récompensé aux Golden Globes et qui sort ce mercredi au cinéma, "Shakespeare est un auteur international". "J'ai grandi en Chine. J'ai beaucoup voyagé. Tout le monde joue Shakespeare, partout. Et chacun en a sa propre vision…", estime-t-elle. De Londres à New York, en passant par Paris, Pékin ou Téhéran, l'influence du dramaturge anglais, né le 26 avril 1564 et mort le 23 avril 1616 à Stratford-upon-Avon, est en effet immense.
Paradoxalement, Shakespeare reste un personnage mystérieux. Même si un large consensus littéraire plaide en faveur de la paternité de son œuvre, sa biographie lacunaire a ainsi permis à certains, dès le milieu du XIXe siècle, de remettre régulièrement en cause le fait que la figure historique attestée ait bien écrit les chefs-d'œuvre signés "Shakespeare". On les a par exemple attribués à un groupe organisé autour de Francis Bacon et Walter Raleigh. Tandis qu'en 2024, la metteuse en scène française Aurore Évain défendait la thèse que l'œuvre de Shakespeare serait en fait celle d'une femme, Mary Sidney, comtesse de Pembroke.

Shakespeare à l'écran
En 2011, Roland Emmerich surfait sur cette vague avec Anonymous, où Rafe Spall (le fils de Timothy) incarnait William Shakespeare, face à Rhys Ifans en Édouard de Vere, 17e comte d'Oxford présenté comme le véritable auteur de ses pièces.
Ce flou historique entourant la vie de William Shakespeare est un terreau fertile pour laisser parler la fiction. Si l'on ne compte plus les adaptations au cinéma de ses pièces — qu'elles soient fidèles, très libres, historiques ou contemporaines —, Shakespeare est aussi devenu un personnage de fiction. C'est le cas dans Hamnet, adaptation du roman éponyme de Maggie O'Farrell où il est campé par Paul Mescal. Avec, comme thèse : c'est le deuil de son fils Hamnet qui le poussa à écrire Hamlet pour transcender sa douleur.
En 1978, quelques années après son grand numéro dans The Rocky Horror Picture Show, Tim Curry incarnait l'auteur dans Will Shakespeare, mini-série en six épisodes réalisée par John Mortimer pour la chaîne ITV. Quarante ans plus tard, Laurie Davidson reprenait le rôle dans Will. Réalisée, entre autres, par le grand Shekhar Kapur pour la chaîne TNT, cette série se voulant rock'n'roll fut annulée après une saison.

Un seul Shakespeare marquant
Spécialiste de Shakespeare — dont il a joué de nombreuses pièces, notamment au sein de la Royal Shakespeare Company, et dont il en a transposé cinq à l'écran, de Henry V, son premier film en 1989, à Comme il vous plaira en 2006) —, Kenneth Branagh réalisait en 2018 Shakespeare : L'Homme derrière le masque. Une évocation des dernières années de la vie du dramaturge, incarné par Ben Kingsley, où il était déjà question de la mort de son fils Hamnet. Resté inédit en Belgique, le film est passé totalement inaperçu.
L'incarnation la plus marquante de l'écrivain reste bien entendu celle de Joseph Fiennes dans Shakespeare in Love de John Madden en 1998, qui décrocha sept oscars, dont ceux du meilleur film et de la meilleure actrice pour Gwyneth Paltrow. Elle y incarne Lady Viola de Lesseps, une jeune aristocrate admiratrice des sonnets de Shakespeare décidant de se faire passer pour un homme pour pouvoir monter sur les planches et incarner Roméo dans Roméo et Juliette.
Cette fantaisie historique romantique rencontra un immense succès, se classant 9e au box-office mondial avec 290 millions de dollars de recettes, décuplant son budget de 25 millions de dollars.
