Louis Sarkozy éclaire brillamment l'inépuisable passion de Napoléon pour les livres
Grand admirateur d'Alexandre le Grand et de Jules César, Napoléon préparera toujours ses conquêtes par d'innombrables lectures sur les pays qu'il envahissait.
- Publié le 22-06-2025 à 12h58

On pourrait croire que deux siècles après sa mort (1821), tout a été dit de Napoléon. Louis Sarkozy prouve brillamment le contraire. Né en 1997, fils de Nicolas Sarkozy et de sa deuxième épouse, Cécilia Attias, il a longtemps vécu aux États-Unis avec sa mère après le divorce de ses parents. Diplômé d'un master de diplomatie et relations internationales de l'American University à Washington, il est aussi diplômé de l'Académie militaire de Valley Forge et de l'Université de New York, avec une double spécialisation en histoire et en philosophie. Paraît aujourd'hui la traduction de son voyage à travers la vie intellectuelle de l'Empereur.
À 8 ans, le petit Bonaparte, né en 1769 dans la petite noblesse corse, ne parlait pas un mot de français. Son père l'envoya l'apprendre à 10 ans dans un pensionnat d'Autun, ce qu'il fit en trois mois. Il put alors être inscrit à l'École royale militaire de Brienne d'où il fut transféré en octobre 1784 à la prestigieuse École militaire de Paris. Il y eut d'excellents professeurs, dont Louis Domairon qui lui apprit à rédiger des lettres. Épistolier compulsif, il en expédiera plus tard jusqu'à une quinzaine par jour. En janvier-mars 1807, il battit un record, avec 1715 missives envoyées en trois mois. On possède aujourd'hui plus de 40 000 lettres de lui.
Thucydide mais aussi Goethe
Nommé lieutenant, le jeune Corse rejoignit en 1785 le régiment de La Fère à Valence, où il s'initia à l'artillerie mais passa beaucoup de temps à lire : Histoire des Arabes sous le gouvernement des califes de l'abbé de Marigny lui inspira une durable fascination pour l'Orient ; Histoire de la guerre du Péloponnèse de Thucydide ; Histoires florentines de Machiavel, A New and Impartial History of England de John Barrow l'initièrent à l'histoire et à la politique en Europe. C'est alors aussi qu'il découvrit la grande figure historique qu'il essaiera d'imiter, le roi Frédéric II de Prusse (lorsqu'il entra en vainqueur à Berlin, il alla se recueillir sur sa tombe à Postdam !). Mais, romantique comme on l'est à vingt ans, il lisait aussi les romans de Jean-Jacques Rousseau, Les Souffrances du jeune Werther de Goethe, et les histoires d'amour de son temps.
Cet appétit de lecture ne le quitta plus. Grand admirateur d'Alexandre le Grand et de Jules César, il préparera toujours ses conquêtes par d'innombrables lectures sur les pays qu'il envahissait. Et nous rappellerons que lors de son expédition en Égypte (1798), il se fit accompagner de nombreux savants de toutes disciplines, d'où naquit l'égyptologie française.
Des livres mais aussi du théâtre
Devenu Premier Consul, il fit réunir au palais des Tuileries plus de 30 000 ouvrages, qui contribuèrent à la rédaction du Code Civil. Devenu empereur, il remplit ses résidences (Fontainebleau, Malmaison, etc., et même le château de Laeken qu'il acheta en 1804 mais où il résida peu) de milliers de livres. À cette passion de la lecture, il faut ajouter celle du théâtre : au cours de son règne, il assista à 682 représentations, soit une représentation par semaine pendant quinze ans. Sa vénération pour Corneille était sans égale : "S'il avait été formé aux affaires, il aurait été un homme d'État", estimait-il. Exilé à Sainte-Hélène, ce qui lui manqua le plus, après son fils, "l'Aiglon", c'était de ne pouvoir disposer d'autant de livres qu'il aurait souhaité, n'ayant pu s'y constituer qu'une bibliothèque de 1052 volumes.
⇒ Napoléon Bonaparte. L'empire des livres | Histoire | Louis Sarkozy | Passés/Composés, 320 pp., 23,50 €, numérique 16 €
EXTRAIT
"Napoléon remplit ses résidences, y compris le château de Laeken, de milliers de livres, et assista pendant son règne à 682 représentations théâtrales."