Festivals lyriques de l'été : 2026, année plus ou moins faste
Glyndebourne, Salzbourg ou Aix ? On peut déjà préparer son été 2026.
- Publié le 21-01-2026 à 13h40
- Mis à jour le 27-01-2026 à 14h06

Le froid de ces derniers jours n'incite peut-être pas à rêver de musique en plein air : c'est pourtant le moment de préparer son été et de réserver les places pour les grands festivals. L'occasion de constater que certaines manifestations connaîtront une année faste, que d'autres seront légèrement à la diète mais que la plupart tiendront la vitesse de croisière. Mais que, dans tous les cas, il y aura pas mal de choses tentantes à inscrire à l'agenda. Si Bayreuth affiche déjà complet, la location est déjà ouverte pour Aix-en-Provence, Salzbourg ou Innsbruck. Après les périodes de priorité réservées aux amis et membres, Glyndebourne et Pesaro suivront en mars et avril.
Année faste ? Créé par Richard Wagner lui-même en 1876 pour représenter sa tétralogie, le festival de Bayreuth célèbre son 150e anniversaire. Avec certes un programme moins pléthorique qu'initialement annoncé (on avait d'abord promis les dix opéras de la maturité de Wagner, plus le rare Rienzi) mais néanmoins alléchant : il y aura bien un Rienzi que l'on promet comme intégral (avec Andreas Schager dans le rôle-titre et dirigé par Nathalie Stutzmann), une nouvelle reprise du Parsifal en réalité augmentée de Pablo Heras-Casado et Jay Scheib et le retour à l'affiche du Vaisseau fantôme dirigé par Oksana Lyniv et mis en scène par Dimitri Tcherniakov. Et il y aura surtout une nouvelle tétralogie, montrée pour un an seulement, dirigée par Christian Thielemann et avec une mise en scène réalisée… par une intelligence artificielle : on se dit que cela ne pourra pas être pire que la version de Valentin Schwarz donnée jusqu'à l'an passé, surtout qu'il y aura une distribution somptueuse avec notamment Klaus Florian Vogt en Siegmund, en Siegfried et même en Loge, Camilla Nylund en Brünnhilde et Michael Volle en Wotan et Wanderer.
Autre festival jubilaire, fût-ce dans des proportions plus modestes : le festival de musique ancienne d'Innsbruck fête ses 50 ans en proposant, pour la première fois depuis sa création à Innsbruck en 1668, le mythique Il Pomo d'oro de Pietro Antonio Cesti, avec reconstruction par le chef Ottavio Dantone des deux actes manquant et exécution en deux jours consécutifs de cette œuvre de plus de huit heures qui requiert 47 solistes.
Premier Orfeo
Bien avant cela, le premier festival sera celui de Glyndebourne, qui revient cette année à son standard habituel de six spectacles (trois nouveaux et trois reprises) après la version "allégée" à cinq de 2025. L'ouverture sera une nouvelle Tosca conduite par le directeur musical Robin Ticciati et mis en scène par Ted Huffman.
On verra aussi pour la première fois dans l'écrin du Sussex L'Orfeo de Monteverdi, confié à Jonathan Cohen, et William Kentridge, et on suivra une tout aussi alléchante Ariadne auf Naxos avec à nouveau Ticciati et le retour à la mise en scène de l'excellent Laurent Pelly. Côté reprises, on aura le choix entre Il Turco in Italia (mise en scène de Mariame Clément en 2021), Billy Budd (Michael Grandage en 2010) et Die Entführung aus dem Serail (David McVicar en 2015).

La Monnaie avec Aix
Début juillet, le même Ted Huffman, récemment nommé à la tête du festival d'Aix-en-Provence après le décès soudain de Pierre Audi, proposera sa première édition. Avec un peu moins de spectacles que d'habitude – la crise financière est là – mais avec des choses alléchantes, comme cette Frau ohne Schatten de Strauss dirigée par Klaus Mäkelä, un spectacle donné à Aix avec Michael Spyres dans le rôle de l'Empereur et coproduit avec la Monnaie. Au menu aussi, une nouvelle Flûte enchantée confiée à un duo qui avait marqué avec les Indes Galantes de Rameau à l'Opéra de Paris : Leonardo García-Alarcón à la direction musicale et Clément Cogitore à la mise en scène. On suivra aussi deux nouvelles productions d'œuvres plus récentes : Abbacadora, nouvel opéra de Francesco Filidei – compositeur italien de la récente adaptation lyrique du Nom de la Rose – et le très rare El Cimarron de Hans Werner Henze. À noter encore, deux opéras en version de concert (Les Vêpres siciliennes et Le château de Barbe-Bleue), ainsi qu'une reprise du Requiem de Mozart vu par Raphaël Pichon et Romeo Castellucci, un spectacle qu'on avait vu notamment à la Monnaie.

Problèmes financiers aussi, mais dans une mesure bien plus large, aux Chorégies d'Orange. Le temps est hélas loin où le festival proposait chaque été deux opéras en version scénique. Cet été, il n'y en aura qu'un, et en concert : La Traviata, avec Nadine Sierra, Javier Camarena et Ludovic Tézier.
La Monnaie à Salzbourg
À Salzbourg, ce n'est pas encore cet été qu'on entendra le Tristan et Isolde officieusement pressenti depuis trois ans au moins. Mais à défaut d'Isolde, Asmik Grigorian chantera… Carmen, dans une nouvelle production sous la direction de Teodor Currentzis, un chef controversé mais le plus souvent passionnant. On attendra également avec curiosité l'Ariadne auf Naxos de Strauss dirigé par Manfred Honeck et mis en scène par Ersan Mondtag, un artiste original qui a fait ses premiers spectacles à l'Opéra flamand. Impatience aussi pour la nouvelle production du monumental Saint-François d'Assise de Messiaen, qui sera confiée à Romeo Castellucci.
Comme chaque été, on pourra retrouver aussi la production proposée par Cecilia Bartoli au festival de Pentecôte : il s'agira de cette fois du Viaggio a Reims de Rossini dans une mise en scène de Barry Kosky. À noter encore, une reprise du Cosi fan tutte vu par Christof Loy, avec une très belle distribution : Joana Mallwitz dirigera Elsa Dreisig, Victoria Karkacheva, Andrè Schuen, Bogdan Volkov, Lea Desandre et Johannes Martin Kränzle. Plusieurs opéras seront aussi donnés en version de concert : Passion de Pascal Dusapin, Der Prinz von Homburg de Henze et surtout le Werther de Massenet, confié à Alain Altinoglu et son Orchestre symphonique de la Monnaie – qui fera ainsi ses débuts au Grand Festspielhaus.
Enfin, comme chaque été, Pesaro célébrera Rossini, l'enfant du pays. Mais ici aussi, l'ambiance est aux économies. Il n'y aura donc qu'une nouvelle production, et deux reprises d'ouvrages plus courts. Dirigé par Carlo Rizzi et mis en scène par Davide Livermore, Le siège de Corinthe, premier opéra français du compositeur réalisé au départ de son Maometto II, sera l'événement. Les moments légers seront L'occasione fa il ladro (Ponnelle, 1987) et La scala di seta (Michieletto, 2009). Sans oublier le traditionnel Viaggio a Reims chanté par les élèves de l'académie de chant rossinien.
Glyndebourne, du 21 mai au 30 août, www.glyndebourne.com
Aix-en-Provence, du 2 au 21 juillet, www.festival-aix.com
Orange, du 27 juin au 18 juillet, www.choregies.fr
Salzbourg, du 17 juillet au 30 août, www.salzburgfestival.at.
Innsbruck, du 24 juillet au 30 août, www.altemusik.at
Bayreuth, du 24 juillet au 26 août, www.bayreuther-festspiele.de
Pesaro, du 11 au 23 août, www.rossinioperafestival.it