De Bach à Handel, le grand saut du Collegium Vocale Gent
Classique. Concert électrisant à Bozar, sous la direction de Sébastien Daucé
- Publié le 02-03-2026 à 13h23

Cinquante-cinq ans après sa fondation, menée par Philippe Herreweghe auprès d'une poignée d'étudiants de l'Université de Gand, la constance du Collegium Vocale Gent tient du miracle. Par ses choix stylistiques autant que par ses qualités instrumentales, vocales et tout simplement "sonores", tout y est essentiel, débarrassé de toute expressivité suspecte. Bach y trouve le messager idéal, et l'opéra n'y a pas sa place (malgré quelques cryptotentatives honorables).
C'est pourtant bien à un champion de l'opéra, George Frederic Handel (selon l'orthographe anglaise), qu'était consacré le concert donné à Bozar samedi dernier. Exact contemporain de Bach, comme lui allemand (même s'il conquit sa notoriété à Londres) et pratiquant le même langage musical, Handel n'en raconte pas moins tout autre chose. Et samedi soir, surprise, le Collegium s'en fit le plus éloquent des porte-parole.
Créativité des solistes en renfort
Il y avait le niveau stratosphérique des musiciens – parmi lesquels des vétérans surdoués -, il y avait aussi la qualité des solistes vocaux, mêlés aux pupitres du chœur. Quatre talents typés, dont le premier à se présenter, le Britannique Alex Potter, alto (haute-contre ou contreténor, c'est selon) campa d'emblée le cadre du concert, tout à la fois intimiste, sensuel et céleste. La Reine Anne devait ronronner dans sa tombe.
À partir de là, chaque nouveau soliste introduisit sa vision de l'affaire avec une liberté et une maîtrise électrisantes. Brillance des aigus, fascinante stabilité vocale (mais vocalises fragiles) chez la soprano française Manon Lamaison, férocité jouissive et sens du théâtre chez le baryton-basse allemand Florian Störz, naturel et engagement chez le ténor britannique Guy Cutting, il se dégageait des chanteurs une modernité exemplaire – et bienvenue pour libérer le texte des rets de la convention.
Titré Alceste dans la communication de Bozar, le concert recyclait en effet l'Ode for St Cecilia's Day, l'Ode for the Birthday of Queen Anne et les airs d'Alceste, un mask dont la partie théâtrale est perdue. C'est donc au chef (et claveciniste) Sébastien Daucé que revenait de donner sens et cohérence au luxueux patchwork. Mission pleinement réussie, ce dont on ne s'étonnera pas, venant d'un fin continuiste, proche de Philippe Herreweghe depuis toujours, fondateur de l'ensemble Correspondances (le bien nommé) et devenu spécialiste des arcanes plus ou moins métaphysiques de l'opéra baroque français. Un agent double, et visionnaire, qui récolta une ovation.