En marche avec Bernard Massuir, troubadour contemporain
Comme nos ancêtres, Bernard Massuir parcourt la Gaume à pied, de village en village, pour jouer chez les gens. Magnifique expérience. Une marche des philosophes… Suivre les pas de Bernard Massuir, auteur, interprète et metteur en scène qui sillonne le pays gaumais, de village en village, pour y jouer chaque soir, en salon, en salle polyvalente ou à la belle étoile, Via Vocis, Camina Voilà !, une polyphonie multiforme enchanteresse, une suite de son et musiques plus vraies qu'une suite de Bach ou qu'un jazz afro-américain. L'affaire est tentante… En fin de soirée, à l'issue de chaque représentation, l'artiste convie ceux qui le souhaitent à le rejoindre le lendemain matin, sur le seuil de l'église, pour parcourir les cinq, dix ou quinze kilomètres qui les séparent du bourg suivant.
- Publié le 13-09-2019 à 09h06
- Mis à jour le 13-09-2019 à 09h13

Comme nos ancêtres, Bernard Massuir parcourt la Gaume à pied, de village en village, pour jouer chez les gens. Magnifique expérience.Une marche des philosophes… Suivre les pas de Bernard Massuir, auteur, interprète et metteur en scène qui sillonne le pays gaumais, de village en village, pour y jouer chaque soir, en salon, en salle polyvalente ou à la belle étoile, Via Vocis, Camina Voilà !, une polyphonie multiforme enchanteresse, une suite de son et musiques plus vraies qu'une suite de Bach ou qu'un jazz afro-américain. L'affaire est tentante…
En fin de soirée, à l'issue de chaque représentation, l'artiste convie ceux qui le souhaitent à le rejoindre le lendemain matin, sur le seuil de l'église, pour parcourir les cinq, dix ou quinze kilomètres qui les séparent du bourg suivant.
Rendez-vous donc, mercredi 11 septembre, devant la basilique d'Avioth pour rejoindre Villers-devant-Orval, à un jet de pierres de l'abbaye. Pour y arriver, il faudra, en cette matinée ensoleillée, alors que la pluie embrume Bruxelles, traverser le Bois des vieilles voies, passer par les fontaines du loup et de blanche oreille. Carte topographique en main, Jean, géographe, nous indique le chemin. Il connaît la région comme sa poche depuis qu'il fréquente, une semaine sur deux, la maison de partage d'Avioth où jouait le comédien, la veille au soir. Ce lieu improbable accueille ceux qui souhaitent poser leur sac quelques instants, se ressourcer, se retirer du monde. En échange d'un toit et d'un couvert dans la maison communautaire, ils contribuent aux frais selon leurs possibilités et participent aux travaux ménagers, à la préparation du repas, à l'entretien du potager… "J'ai vu ces gens, ces bras cassés, ces cerveaux fêlés. Quand j'ai commencé à jouer, j'avais les larmes aux yeux car cela avait tellement de sens pour eux. Ils ont été transportés. Leurs yeux brillaient deux fois plus qu'ailleurs", confie l'artiste, qui s'est produit dans le monde entier, du Japon au Brésil en passant par le Cap-Vert, Israël, la Finlande, l'Espagne, le Portugal, le Canada, etc.
Au pas lent de l'artiste
Touchés, plusieurs d'entre eux se sont joints à la marche du lendemain. Et les liens, au détour des chemins, se créent le plus naturellement du monde. Surtout après une pause méditative durant laquelle Bernard Massuir invite à se centrer sur notre respiration, à prêter une oreille attentive au chant des oiseaux qui résonne de toutes parts.
Après ce premier intermède, la promenade se poursuit au pas lent de l'artiste qui porte toutes ses affaires dans son sac à dos, deux costumes de scène, une tenue de rechange, son décor, son ukulélé et son strumstick, ancêtres de la boîte à cigares et du manche à balai inventés par les Afro-Américains dans le Mississippi. Soit un poids total de seize kilos et demi.
Sur le sentier, chacun se raconte. Anne, enseignante en burn-out, Damien, hors emploi…
Herbeuville, son église blanchie, sa place rectangulaire et sa table de bois accueillante s'imposent pour la pause apéritive. Chacun vide sa besace. Des raisins et des tomates du jardin de Nathalie, des petites pommes, souvent visitées par les vers, du Centre de partage, des carottes, des fruits secs…
Minimaliste
Une demi-heure plus tard, nous sonnons deux fois, comme indiqué, chez Bob Cantraine et Sophie Carlier, les maraîchers qui organisent la représentation du soir, offrent le gîte, magnifique roulotte au fond du jardin, et le couvert au troubadour. Bob tarde à répondre, puis arrive bonhomme, nous annonce fièrement avoir mis une pancarte au coin de la rue : "Spectacle de clown à vingt heures". "Bon, je vais mettre un nez rouge et une perruque de cheveux jaunes", sourit le poète Massuir. Des surprises, il en rencontrera d'autres dans cette aventure, qui l'aura mené de Lamorteau à Saint-Léger, en passant par des villages aussi beaux que Chiny ou Chassepierre, en cette Gaume méridionale, à ne surtout pas confondre avec l'Ardenne.
"Dès que le festival de Chassepierre et l'ASBL Tribal Souk m'ont proposé l'aventure, dans la lignée de la première marche des philosophes, initiée par Stéphane Georis, de la Cie des Chemins de Terre, voici deux ans, j'ai été séduit. J'aime l'aspect minimaliste de l'aventure. Il est magnifique d'incarner un troubadour contemporain, de passer dans des villages perdus et d'amener la culture au public. Chaque jour, je rencontre des gens très différents. C'est une véritable fresque humaine. Et le soir, j'entre véritablement en communication avec le public. Il y a un mois, à Strasbourg, je jouais devant 1800 spectateurs. Ce soir, nous serons peut-être quinze. J'adore les deux formules."
Le salon bourré massacre
Ils ne sont pas quinze, mais vingt, puis vingt-cinq, trente, chez Bob et Sophie dont le salon est bourré massacre. Il faut sortir des coussins de méditation, d'autres pour le radiateur afin que chacun trouve une place. Tout le monde est venu, même celui qu'avant on appelait "l'idiot du village", ravi d'être là, très agité avant la représentation, mais fasciné par les chants et sonorités de Bernard Massuir, lorsqu'il se faufile littéralement dans son public, le plateau étant réduit à sa plus simple expression.
Il a troqué son pantalon de randonnée, sa polaire, son bonnet rouge et blanc pour une chemise beige, un pantalon et un bonnet blanc, d'élégantes chaussures…
Grâce à ses improbables improvisations, à son imagination fertile, il entame ses vocalises, joue un air de swing à l'aide d'un sac de plastique, interprète la Suite pour violoncelle seul de Jean-Sébastien Bach, sans violoncelle, invite Irène à tenir l'ancêtre du porte-voix pour déambuler, avec lui, dans le public et susurrer un peu de jazz à l'oreille de chacun, après avoir sollicité le public pour l'un ou l'autre chant. Petit moment hors du temps.
La marche des philosophes, de Lamorteau à Saint-Léger, Jusqu'au 19 septembre. Infos : www.chassepierre.be
Plus d'infos sur la page Facebook de Bernard Massuir.
