Si je suis là pour toi, seras-tu là pour moi ?
Avant l'Atelier 210 (du 14 au 22 février), la chorégraphe Lorena Spindler a présenté sa nouvelle création "I'll be there for you (for me)" au festival En Vogue à Charleroi Danse. Une pièce pour cinq danseurs, où le collectif et l'entraide luttent pour prendre le pas sur l'individualisme de notre société occidentale.

- Publié le 31-01-2025 à 14h29

Alors que le public prend peu à peu place dans le Grand studio aux Écuries de Charleroi Danse, le plateau, tout éclairé, est déjà investi par les cinq danseurs de I'll be there for you (for me). Cette toute nouvelle création de la jeune chorégraphe bruxelloise Lorena Spindler est présentée dans le cadre de la première édition du festival En Vogue dédié aux danses urbaines et post-internet (jusqu'au 8 février).
Côté jardin, ils sont trois danseurs à s'amuser, comme dans une cour de récréation, au jeu de l'élastique. Côté cour, à l'avant de la scène, deux danseuses sont couchées, enlacées. Tout autour du plateau, organisé comme un immense damier, sont postées des caméras et un écran de télévision. L'une des danseuses vérifie son téléphone et retire ses oreillettes. Puis, une musique, aux puissantes vibrations, envahit la salle. Les corps des cinq interprètes (Brenda Boote Bidal, Mélissa Diarra, Naïm Belhaloumi, Jules Rozenwajn et Justine Theizen) se mettent en mouvement. Chacun se regarde. Le cercle domine. Vont-ils s'affronter ? L'un après l'autre, ils exécutent des pas, des figures de hip hop. La confrontation ne dure pas : complices, ils se font des accolades, se tapent dans les mains.

Pour cette première pièce chorégraphique sur une scène institutionnelle, Lorena Spindler a puisé dans son parcours d'artiste hybride (performance, théâtre, réalisation, danse contemporaine) née à l'ère des réseaux sociaux. Dans I'll be there for you (for me), tout son travail (de l'écriture à la mise en scène en passant par la chorégraphie) est imprégné de cette didactique post-internet, avec, en ligne de mire l'idée que la joie, la bienveillance, l'empathie, l'entraide, le soin, le collectif peuvent être des contrepoids subversifs à l'individualisme et au capitalisme de notre société occidentale. Ainsi, pourront peut-être émerger des nouveaux mondes, vierges des diktats de la réussite, du paraître, du superficiel et de leurs dérives, dont les réseaux sociaux sont le parfait miroir.
Hip hop, break, chant, humour….
Tout en entremêlant hip hop, krump, breakdance, danse contemporaine, récit, voix off, chant et humour, I'll be there for you (for me) parvient, par endroits, à bien épingler le ridicule et les travers des réseaux sociaux, en prenant même le public à partie, ce qui est assez drôle. Les cinq interprètes jouent le jeu à fond et se complètent plutôt bien, car, sur le plan strict de la danse, tous ne s'équivalent pas, ce qui déforce ci et là certaines scènes.

Encore un peu fragile, I'll be there for you (for me) se révèle une proposition intéressante par son regard sur notre société et son usage des nouvelles technologies sur un plateau de théâtre, sa transdisciplinarité, etc. Malheureusement, la dramaturgie est trop peu lisible, ce qui fait perdre le fil du propos défendu et noie la raison d'être du spectacle.
→ Festival En Vogue, Charleroi Danse/Les Écuries, Charleroi, jusqu'au 8 février. Programme complet et réservations au 071.20.56.40 ou sur https://charleroi-danse.be
→"I'll be there for you (for me)" se joue encore ce 31 janvier à 19h à Charleroi Danse. Puis à l'Atelier 210 (en co-présentation avec le Varia), du 14 au 22 février. Infos et rés. au 02.640.35.50 ou sur https://atelier210.be