Le bourgmestre de Saint-Gilles dénonce l'objectif caché de la fusion des six zones de police bruxelloise

Le nouveau gouvernement veut faire démonstration de l'incapacité de la Région bruxelloise. Le Brabant flamand compte 27 zones de police pour 1,2 million d'habitants. Les bourgmestres bruxellois demandent une égalité de traitement et une norme de financement équivalente.

Le bourgmestre de Saint-Gilles dénonce l'objectif caché de la fusion des six zones de police bruxelloise

Une carte blanche de Jean Spinette, bourgmestre de la commune de Saint-Gilles

Dans le débat sur la fusion des six zones de Police à Bruxelles, remettons les choses en perspective. La réforme des polices visait l'efficience à la suite des guerres de polices. Il a fallu une longue période pour mettre en place cette réforme des polices, pour créer une police intégrée à deux niveaux afin, notamment, de professionnaliser les canaux de circulation de l'information.

Bernard Quintin veut persuader chaque bourgmestre de la nécessité de fusionner les zones de police

Les zones de police de la Région bruxelloise, c'est le moins que l'on puisse dire, ont joué le jeu. Elles ont toutes aujourd'hui développé leur structuration avec des services spécialisés (police judiciaire, police de la route, unité d'élite d'intervention etc.)

À la suite des attentats, de la crise du Covid et des nombreuses manifestations, elles ont développé leurs collaborations : dispatching centralisé de caméras, désignation d'un commandant unique pour les grands évènements, protocole d'accord, actions sur le terrain comme récemment entre la Zone Bruxelles Ixelles et la zone midi pour la Porte de Hal.

Les lignes ont bougé.

Un point d'équilibre avait été trouvé, avec une Conférence des 6 chefs de corps, le Conseil de sécurité régional (CORES) et une conférence des Bourgmestres très réactive.

En Belgique, on n'a toujours pas pris la mesure de l'énorme tâche qui incombe à la police fédérale, à la police judiciaire fédérale (PJF) et sa section bruxelloise, qui ont besoin de moyens supplémentaires pour fonctionner véritablement à la hauteur des enjeux.

Sous-financée, la PJF fait mener des enquêtes de son ressort par la police locale qui supplée de facto la police fédérale.

Violence liée à la drogue: "La situation est assez désastreuse, pour ne pas vous mentir" Le procureur du Roi de Bruxelles, Julien Moinil, signale qu'il en a "assez des effets d'annonce".

Les polices locales s'en acquittent avec professionnalisme et fierté mais, à un moment, la coupe est pleine et elles sont au bord de la rupture. Au risque d'abandonner leur mission première de police de proximité.

Cette situation crée des tensions permanentes entre le besoin d'une police de proximité dans les quartiers et une police chargée d'enquêtes judiciaires.

Il est fort à parier que si tout devient centralisé dans une fusion des zones, ce phénomène va s'étendre au détriment de la proximité.

guillement

On en serait presque à un refinancement de la police fédérale par les zones locales. Or nous ne sommes pas dans nos rôles respectifs.

Tout le monde conviendra qu'une zone de police locale a pour tâche de régler les problèmes du quotidien : la circulation, la police administrative, les nuisances, la lutte contre le vol et les agressions.

On en serait presque à un refinancement de la police fédérale par les zones locales. Or nous ne sommes pas dans nos rôles respectifs.

Le projet de fusion, qui n'a pas encore été détaillé, devra prévoir un financement enfin juste de la sécurité des Bruxellois qui sont par ailleurs les plus grands contributeurs par habitant entre les trois Régions. C'est un poids énorme et inéquitable par rapport à leurs consœurs wallonnes et flamandes.

Il démantèle les pouvoirs locaux bruxellois au nom de l'efficience

Nous espérons que les partis du gouvernement De Wever ont pensé à trouver les financements nécessaires pour compenser l'intervention des communes en cas de fusion. Il eut fallu plutôt qu'une fusion, un véritable financement de la PJF et un financement équitable des zones de police bruxelloises. Le gouvernement a annoncé la révision de la loi de financement mais il faudra être vigilant à ce sujet.

La démocratie en Belgique est née des communes plus que dans d'autres pays. Aujourd'hui on s'emploie à démanteler les pouvoirs locaux bruxellois au nom de l'efficience au risque de concentrer tous les pouvoirs à un niveau supérieur sans y faire monter le même contrôle démocratique.

En effet, la taille d'une zone de police est aussi le garant de son contrôle démocratique par son Conseil de police qui a un lien direct avec les quartiers. La sécurité des habitants est en jeu mais aussi l'état de droit quand toute la filière de la justice est affaiblie : la police locale et fédérale sous-financées, le Parquet sous doté en greffiers, les cours et tribunaux surchargés, les juges d'instruction sous-financés, les prisons surpeuplées et la prison de Saint-Gilles qui n'en finit pas de fermer.

Violence liée à la drogue - Le procureur général de Bruxelles met en garde contre une fusion des zones de police

Il n'y a pas de zone de non-droit place Bethléem, mais il y a des individus qui peuvent s'approprier l'espace public en y faisant régner la loi du plus fort pour vendre de la m… ort parce que, en grande majorité, lorsqu'ils sont arrêtés, ils reviennent chaque fois sans qu'il y ait de suites tangibles. Autant dire que cela crée dans leur chef un sentiment d'impunité et c'est surtout difficile à admettre pour le citoyen. Le nouveau Procureur du Roi annonce un changement. On ne peut que le saluer.

Politique de l'accueil à la baisse, personnes dans la rue à la hausse

Si le fédéral annonce plus de moyens pour la police, on apprend aussi la suppression de pans entiers de la politique de l'accueil ce qui signifie purement et simplement l'envoi dans les rues de centaines de personnes, candidates idéales pour les réseaux de drogue que ce soit en tant que dealer ou consommateurs. À croire qu'on veille délibérément à y concentrer le plus possible de problèmes.

Sans doute y a-t-il un objectif caché, celui de vouloir vider l'État belge, en le rendant impuissant, pour en recréer un autre en en récupérant les restes. Au mieux une Belgique au seul bénéfice de la Flandre. Anvers et l'aéroport de Zaventem ont une police dédiée mais pour Bruxelles c'est évidemment une autre histoire, si on peut faire la démonstration de l'incapacité de Bruxelles.

L'accord de majorité fédéral donne sans surprise des moyens supplémentaires à la politique portuaire. Le bourgmestre d'Anvers a tenu la plume de l'accord de majorité.

guillement

Les études des universités flamandes KU Leuven – UGent sont claires. Les zones de police efficientes comptent entre 300 000 et 500 000 habitants.

Les études des universités flamandes KU Leuven – UGent sont claires. Les zones de police efficientes comptent entre 300 000 et 500 000 habitants. (1) Et ce n'est pas dans l'étude de la boîte d'audit BDO commandée par la ministre de l'Intérieur précédente qui va nous aider… puisqu'elle ne tient pas compte des données bruxelloises ! Une Belgique sans Bruxelles. Tout est dit.

Oui de nombreuses zones devraient être fusionnées pour faire des économies d'échelle, libérer les financements en solidarité en sens inverse et libérer les moyens pour Bruxelles mais là bizarrement silence radio. Quid des 27 zones de police du Brabant flamand pour 1,2 million d'habitants, soit la même population que Bruxelles ?

Nous demandons une égalité de traitement et une norme de financement équivalente.

Ni plus ni moins.

=> Titre et chapô sont de la rédaction. Titre original : "La sécurité à Bruxelles : le point de fusion ?"

(1) On parle de la taille optimale des zones de police dans les annexes de l'étude de l'université de Gand de 2018 au sein de la note de M. Clerfayt, et qui évoque la taille des zones bruxelloises, environ chacune 200 000 habitants et celle d'Anvers, environ 500 000. (P.12)

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