ChatGPT a-t-il ringardisé les assistants vocaux ?
Quand les avancées de l'intelligence artificielle remettent en question le rôle traditionnel des assistants vocaux. Une chronique d'Aurélie Vachaudez, doctorante en marketing à la Faculré Warocqué économie et gestion (UMons).
- Publié le 27-11-2023 à 08h30

Au sein du paysage technologique, l'évolution se mesure non en décennies mais en mises à jour et en innovations. ChatGPT, le dernier-né des modèles linguistiques développés par OpenAI, en est un bon exemple. Avec ses capacités de compréhension et de génération de texte, ChatGPT nous amène à nous interroger : les assistants vocaux classiques ont-ils été relégués au rang de reliques d'un ancien monde numérique ?
Jusqu'à récemment, prononcer "OK Google", "Dis Siri" ou "Alexa" suffisait à nous connecter à des formes primitives d'intelligence artificielle. Lorsqu'Apple, le premier, a lancé son assistant vocal intégré à l'IPhone en 2011, le monde s'est extasié et les attentes étaient immenses. Ensuite, Microsoft, Amazon et Google lui ont emboîté le pas avec notamment le développement d'enceintes domestiques. Souvent limités à des tâches simples comme la météo, la musique ou la gestion de la domotique, ces assistants vocaux ont laissé les utilisateurs sur leur faim et n'ont pas su prouver d'une grande utilité ni au sein des foyers, ni dans les poches.
Pauvreté des interactions
L'une des raisons qui explique leur faible taux d'adoption concerne notamment la pauvreté des interactions. En effet, si vous avez déjà testé l'un de ces appareils, vous avez rapidement pu constater, qu'avec leurs échanges brefs et leur compréhension limitée, ils ne présentent pas de capacité de dialogue de niveau humain.
Mais, avec l'avènement de ChatGPT, nous assistons à une évolution significative de l'interaction avec les machines. En effet, les assistants vocaux et les chatbots tels que ChatGPT sont basés sur différents types d'IA. ChatGPT possède une capacité d'analyse contextuelle qui outrepasse de loin les fonctionnalités des assistants vocaux traditionnels. Il ne se contente pas de répondre à des requêtes ; il dialogue, il argumente, il compose et il crée. Sa flexibilité d'adaptation lui permet d'aborder des sujets plus complexes allant de l'écriture d'un roman au codage informatique, un terrain sur lequel Siri et compagnie semblent rester à la traîne.
Pas sans défaut
Cependant, ChatGPT n'est pas sans défaut. Son déploiement massif dans la sphère numérique soulève de nombreuses questions éthiques et pratiques. La dépendance accrue à des systèmes toujours plus intelligents pose la question de l'obsolescence des compétences humaines dans certains domaines, voire du développement d'une certaine forme de paresse chez l'être humain. De plus, les informations fournies par ChatGPT doivent être utilisées avec une vigilance constante et un regard critique.
Ensuite, là où les assistants vocaux traditionnels offrent une interface utilisateur relativement intuitive et une intégration homogène avec les appareils connectés, ChatGPT requiert une interaction plus active et réfléchie de la part de l'utilisateur. Il ne s'agit plus de donner un ordre mais de participer à une conversation. Cette dynamique est à double tranchant : elle offre des possibilités infinies, tout en exigeant une implication plus importante de notre part.
Par ailleurs, il serait prématuré de sonner le glas des assistants vocaux tels que nous les connaissons. Ils continuent de jouer un rôle dans l'écosystème des dispositifs intelligents, surtout pour ceux qui privilégient la simplicité et le confort d'un ordre rapide et sans les mains. Leur intégration dans les appareils du quotidien - de nos smartphones à nos réfrigérateurs - témoigne de leur adaptabilité et de leur résilience face à l'innovation.
Ce n'est pas tant une question de remplacement que de révolution dans la manière dont nous envisageons la collaboration homme-machine.
Une synergie plutôt qu'une obsolescence
À cet égard, pourrait-on envisager une synergie plutôt qu'une obsolescence ? L'intégration de ChatGPT dans des systèmes d'exploitation et des réseaux d'appareils connectés pourrait augmenter considérablement l'intelligence et l'utilité des assistants vocaux, en les transformant en véritables partenaires conversationnels. C'est en tout cas le parti pris par Google. En octobre dernier, lors de sa conférence de rentrée, la firme a annoncé avoir intégré Bard, son intelligence artificielle générative, dans Google assistant. Appelé Assistant with Bard, il sera prochainement mis en test avant d'être dévoilé au grand public.
En conclusion, plutôt que de ringardiser, ChatGPT semble plutôt redéfinir le paysage de l'assistance numérique. Il s'impose comme un complément et un enrichissement potentiel des systèmes existants plutôt que comme un substitut absolu. Ce n'est pas tant une question de remplacement que de révolution dans la manière dont nous envisageons la collaboration homme-machine. L'assistant vocal du futur sera un hybride, alliant la commodité des commandes vocales simples à la profondeur et à la richesse d'une interaction basée sur l'intelligence artificielle avancée. ChatGPT n'a pas ringardisé les assistants vocaux ; il les a définitivement propulsés dans une nouvelle dimension, ouvrant la voie à une aventure technologique sans précédent dans notre quotidien numérique.
