Qu'est-ce que le "nudging", ce concept qui influence notre comportement ?
Chômage et absences de longue durée : il est temps que les décideurs politiques et les employeurs envisagent sérieusement cette alternative positive aux mesures qui sanctionnent.
- Publié le 04-10-2025 à 13h17
- Mis à jour le 04-10-2025 à 15h14

Une chronique de Frank Vander Sijpe, director HR Trends & Insights Securex.
Avez-vous parfois l'impression que la société tente de plus en plus d'influencer nos choix et nos comportements à coups de réglementations excessives, d'obligations et de contraintes ? Sans oublier, bien sûr, l'imposition de sanctions inévitables si nous ne respectons pas les règles du jeu. Ce phénomène se manifeste dans de nombreux aspects de notre quotidien : chômage de longue durée, consommation excessive d'énergie, excès de vitesse, etc.
Les chiffres parlent d'eux-mêmes: le nombre de personnes inactives professionnellement continue d'augmenter et la pollution persiste, tout comme les comportements irresponsables sur les routes.
Mais cette approche est-elle réellement efficace ? Les mesures coercitives, telles que les sanctions, provoquent-elles réellement un changement de comportement durable ? Les chiffres parlent d'eux-mêmes : le nombre de personnes inactives professionnellement continue d'augmenter et la pollution persiste, tout comme les comportements irresponsables sur les routes.
Un concept introduit en 2008
Heureusement, il existe une alternative prometteuse : le nudging (littéralement : incitation, encouragement). Ce concept, introduit en 2008 par les chercheurs Richard Thaler et Cass Sunstein, repose sur une méthode douce pour influencer le comportement. Grâce à une technique de motivation issue de la psychologie comportementale, les individus sont subtilement encouragés à adopter des comportements plus bénéfiques. Résultat : ils prennent presque automatiquement de meilleures décisions.
Le succès réside dans l'encouragement de la motivation intrinsèque, sans recourir à la contrainte ni aux sanctions.
Bien qu'il n'existe pas de consensus scientifique sur l'efficacité du nudging, les résultats souffriraient d'un biais de publication, il existe des exemples de réussite évidents. Pensez aux initiatives qui motivent les gens à faire plus d'exercice, à manger plus sainement ou à arrêter de fumer et/ou de boire.
Le succès réside dans l'encouragement de la motivation intrinsèque, sans recourir à la contrainte ni aux sanctions.
"Je veux" plutôt que "je dois"
Une étude récente de Mathias Celis, affilié à l'Université de Gand (*), montre que le nudging peut également être efficace sur le lieu de travail. Au cours d'une étude d'intervention sur le comportement sédentaire dans une entreprise – en l'occurrence, la mienne -, il est apparu que le simple fait de régler les bureaux en position debout au début de la journée de travail nous incitait, mes collègues et moi-même, à travailler debout neuf fois plus souvent.
Le nudging s'inscrit également dans les réflexions modernes sur la motivation, notamment dans le cadre de la célèbre "théorie de l'autodétermination". Celle-ci démontre que la motivation autonome ("je veux") est qualitativement plus forte que la motivation contrôlée ("je dois") dans tous les contextes possibles.
Dans le contexte professionnel, la motivation autonome des employés apporte des avantages tangibles : moins d'absentéisme, une productivité accrue et un risque réduit de burn-out et de départ à court terme.
Plutôt que d'opter pour des politiques punitives, une stratégie reposant sur le nudging peut encourager un changement de comportement positif, fondé sur la motivation intrinsèque.
Alors pourquoi ne pas appliquer ces principes à plus grande échelle, par exemple pour relever des défis majeurs tels que la réintégration des chômeurs de longue durée ou le maintien en activité des travailleurs ? Plutôt que d'opter pour des politiques punitives, une stratégie reposant sur le nudging peut encourager un changement de comportement positif, fondé sur la motivation intrinsèque. Il s'agit de guider les gens vers de "meilleurs" choix, bénéfiques tant pour eux-mêmes que pour la société.
Comportements bénéfiques
Les gens n'agissent pas toujours de manière rationnelle. Ils sont cognitivement paresseux, choisissent souvent l'option la plus facile et sont prévisibles. Ce ne sont pas mes mots, mais ceux de Kahneman et Wouter Duyck. Le nudging agit sur cette tendance naturelle en rendant plus faciles et plus attrayants les "bons" choix, non pas par obligation, mais par volonté et motivation personnelle.
Il sera toujours temps de sanctionner les cas les plus récalcitrants en dernier recours...
Il est temps que les décideurs politiques et les employeurs envisagent sérieusement le nudging. En expérimentant des architectures de choix intelligentes, nous pouvons encourager les comportements bénéfiques pour l'individu et la société.
En concevant le contexte et les choix de manière plus intelligente, nous avons le pouvoir de guider les individus vers des changements durables et significatifs.
Il sera toujours temps de sanctionner les cas les plus récalcitrants en dernier recours…
(*) https://www.ugent.be/ugentatwork/nl/research-briefs/research-brief-116.htm
