La résistance au "doomscrolling" : récupérez du temps de cerveau disponible !
Libre Eco week-end | Une chronique de Roald Sieberath, entrepreneur, investisseur pour Noshaq, professeur invité à l'UCLouvain et l'UNamur, et président de l'Agence du numérique (Digital Wallonia).
- Publié le 04-02-2024 à 10h28

Il n'est pas nécessaire d'avoir des enfants adolescents pour s'en rendre compte : les gens qui nous entourent sont souvent accros à leurs smartphones, dans une quête incessante à trouver le fond du puits de Facebook, dans une course au doomscrolling. Ce néologisme désigne l'action de scroller, de faire défiler l'écran des petites news sur les réseaux sociaux, d'une façon doom, c'est-à-dire : sans but, d'une manière qui mène à la perte. C'est devenu une épidémie : nous sommes comme ensorcelés par les miroirs magiques de nos écrans qui nous renvoient par la comptabilité des likes une image de ce qui est censé être désirable pour nous et que nous propagerons à notre tour.
On rappellera que Facebook doit son bouton like (et donc une large part de son succès) à une suggestion de Peter Thiel (premier investisseur dans la plateforme), qui avait étudié la théorie du "désir mimétique" avec René Girard, alors professeur à Stanford. Nous aimons ce que nous voyons les autres aimer…
Dans ce monde sur-saturé d'informations, de tentations et de likes, notre volonté n'est pas suffisante : nous luttons contre des armées de psychologues qui ont conçu pour les Gafam (les géants du Web) des apps et interfaces aussi addictives que possible pour maximiser leurs revenus.
La résistance doit être radicale également, et avoir un côté automatique. Tout d'abord, bien entendu, il faut cesser d'utiliser son téléphone comme réveil sur la table de nuit. Il est beaucoup trop tentant… Autant l'éteindre complètement avant d'aller au lit, voire le laisser dans une autre pièce.
Une autre pratique radicale consiste à se mettre en "mode avion", pendant des blocs de une ou deux heures d'affilée, durant la journée. On fait alors l'expérience d'une grande tranquillité, sans distractions, sans notifications et leurs "dings" incessants. Un moment quasi méditatif propice au deep work, le travail profond des grandes réflexions stratégiques, plusieurs heures d'affilée.
Enfin, un hack accessible, perturbant… mais efficace : régler l'affichage de son écran smartphone en monochrome. On a montré que cette simple étape permet de réduire l'usage de son smartphone de l'ordre de 30 %.
Récupérez du temps de cerveau disponible !
