IA 2025 : fin de la hype, début des travaux pratiques

En 2025, la vraie question n'est plus : "Faut-il faire quelque chose en IA ?", mais : "Sur quels 3 à 5 processus concrets allons-nous engager un vrai chantier de transformation, avec budget, sponsor et indicateurs clairs ?"

Dans ce monde, la souplesse est maximale. Le développeur devient plutôt un coach, guidant l’IA plutôt que d’écrire chaque ligne lui-même.
environ 6 % d’organisations qui ne se contentent pas d’expérimenter, mais “recâblent” leurs processus pour intégrer l’IA partout où cela a du sens. ©Copyright (c) 2025 Sorapop Udomsri/Shutterstock. No use without permission.

Une chronique de Roald Sieberath, entrepreneur (Accelerate. AI), investisseur pour Noshaq, professeur invité à l'UCLouvain et l'UNamur.

En 2023, on découvrait ChatGPT. En 2024, on s'amusait au prompt engineering et aux démos épatantes en réunion. En 2025, normalement, l'IA devrait enfin se voir… dans les comptes de résultats.

Le dernier rapport de McKinsey sur "l'état de l'IA en 2025" donne une image assez claire : 90 % des entreprises déclarent "utiliser l'IA", mais deux tiers restent coincées au stade pilote. Autrement dit, beaucoup de POC, peu de productions, encore moins de gains mesurables.

Tout le monde en fait… en théorie

Dans les chiffres, l'IA est partout. Le "AI Index" 2025 de Stanford confirme une croissance record du nombre de modèles, de publications scientifiques, d'investissements privés et publics.

Techniquement, on n'a jamais eu autant de briques disponibles.

Les coûts d'inférence baissent, les performances des modèles explosent, les régulateurs se réveillent. Techniquement, on n'a jamais eu autant de briques disponibles.

Mais dans les entreprises "normales" – pas les Gafam ni les licornes de la Bay Area –, la réalité est plus prosaïque : on a fait quelques pilotes de chatbot interne, un ou deux use cases de génération de textes, un projet de RAG avec les documents RH.

Gartner prévoit que, d'ici 2030, 40 % des entreprises subiront des incidents de sécurité ou de conformité liés à l'usage non autorisé d'outils d'IA par les employés.

Et puis… ça cale. Parce que les données sont éparpillées, mal gouvernées, que l'architecture cloud n'est pas prête, ou que personne n'a vraiment le temps de "sponsoriser" le passage à l'échelle. McKinsey note que moins d'un tiers des organisations appliquent la majorité des bonnes pratiques nécessaires pour industrialiser l'IA (gouvernance, MLOps, sécurité, change management…).

En parallèle, les collaborateurs n'attendent pas les comités de pilotage : le phénomène de shadow AI explose. Gartner prévoit que, d'ici 2030, 40 % des entreprises subiront des incidents de sécurité ou de conformité liés à l'usage non autorisé d'outils d'IA par les employés.

IA en entreprise : l'angle mort de la gouvernance

Les 6 % qui réécrivent vraiment leur entreprise

Dans ce paysage un peu brouillon, McKinsey pointe dans son rapport une minorité intéressante : environ 6 % d'organisations qui ne se contentent pas d'expérimenter, mais "recâblent" leurs processus pour intégrer l'IA partout où cela a du sens.

Leur nouvelle marotte : les AI agents. Ce ne sont plus de simples assistants conversationnels, mais des systèmes capables de planifier et exécuter plusieurs étapes d'un workflow dans le monde réel : traiter une demande client de bout en bout, orchestrer une campagne marketing ou piloter une partie de la supply chain. Environ 23 % des entreprises interrogées par McKinsey disent déjà être en train de "scaler" au moins un système de ce type.

La valeur n'est plus dans "une app IA de plus", mais dans la capacité à repenser des chaînes de travail complètes autour de ces nouveaux exosquelettes mentaux pour travailleurs du savoir.

Gartner arrive à la même conclusion : dans son Hype Cycle 2025, les deux innovations qui progressent le plus vite sont précisément… les AI agents et les AI-ready data, ces infrastructures de données enfin nettoyées et organisées pour nourrir les modèles. Bain, de son côté, consacre son rapport technologique 2025 à une idée simple : à plein potentiel, ces agents peuvent prendre en charge des processus entiers, pas seulement des tâches isolées.

Dit autrement : la valeur n'est plus dans "une app IA de plus", mais dans la capacité à repenser des chaînes de travail complètes autour de ces nouveaux exosquelettes mentaux pour travailleurs du savoir.

Comment l'IA passe des simples réponses aux véritables actions

La techno fonce, la gouvernance souffle

Pendant que les consultants nous parlent d'agentic AI, les DPO et les juristes, eux, lisent d'autres rapports. Ceux qui rappellent qu'un modèle performant nourri avec des données bancales reste… bancal.

Sans politique claire sur la qualité, la traçabilité, le consentement et l'usage des données, les projets d'IA échouent ou, pire, créent des risques juridiques et réputationnels.

Les articles récents sur la gouvernance des données sont unanimes : sans politique claire sur la qualité, la traçabilité, le consentement et l'usage des données, les projets d'IA échouent ou, pire, créent des risques juridiques et réputationnels.

On n'est plus très loin d'un "chef d'orchestre des IA" dans l'organigramme.

Ajoutez à cela l'EU AI Act, les contraintes sectorielles (santé, finance, assurance…) et les exigences internes (comités d'éthique, syndicats, climat social) : l'IA devient autant un sujet de gouvernance et de culture qu'un sujet de GPU.

Conséquence : de nouveaux métiers émergent. EY parle d'AI orchestrators, de designers de processus pour agents, d'architectes de gouvernance, de responsables AgentOps. On n'est plus très loin d'un "chef d'orchestre des IA" dans l'organigramme.

Et nous, en Europe (et en Belgique) ?

Vu d'un comité de direction européen, l'image peut sembler paradoxale : la technologie est de plus en plus accessible (open source, modèles plus petits, hébergement local) ; les gens utilisent déjà l'IA individuellement, parfois avec beaucoup de créativité ; mais l'organisation, elle, n'a pas encore vraiment décidé où l'IA doit faire gagner du temps, de l'argent ou de la qualité.

L'IA et la "parenthèse Gutenberg"

En 2025, la vraie question n'est plus : "Faut-il faire quelque chose en IA ?", mais : "Sur quels 3 à 5 processus concrets allons-nous engager un vrai chantier de transformation, avec budget, sponsor et indicateurs clairs ?"

Par exemple : le traitement des emails clients, la préparation d'offres commerciales, la génération de rapports réglementaires, le support aux équipes RH, la maintenance prédictive d'équipements industriels… Chaque secteur a ses "gisements de tâches répétitives mais cognitives" où l'IA peut encaisser une bonne partie de l'effort.

2025, l'année des adultes dans la salle

Si l'on devait résumer l'état de l'IA en 2025 en une phrase : la lune de miel est terminée, place aux travaux pratiques.

Les rapports McKinsey, Gartner, Bain ou Stanford ne disent pas autre chose :

  • les capacités techniques progressent plus vite que jamais,
  • une petite avant-garde d'entreprises se réorganise en profondeur autour de l'IA,
  • la majorité est encore au stade : "On a quelques projets",
  • les risques de gouvernance et de sécurité montent en flèche.

Pour une entreprise belge ou européenne moyenne, être "à jour" en 2025, ce n'est pas avoir un chatbot sur son site web. C'est :

  • avoir identifié quelques processus où l'IA peut vraiment changer la donne,
  • avoir mis de l'ordre dans ses données (au moins pour ces domaines),
  • avoir posé un cadre clair d'usage pour les collaborateurs, plutôt que de subir le shadow AI.

Le reste – les agents autonomes, les super-modèles multimodaux, les Keynotes spectaculaires – viendra presque tout seul… si les fondations sont là.

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