Expats à la carte: leurs missions sont de plus en plus variées
On les appelle expats, employés détachés, employés internationaux, international assignees… Mais l'idée générale est la même : il s'agit de travailleurs qui sont envoyés par leur employeur dans un autre pays que le leur. Eclairage.
- Publié le 16-01-2016 à 05h11
- Mis à jour le 16-01-2016 à 12h19
On les appelle expats, employés détachés, employés internationaux, international assignees… Mais l'idée générale est la même : il s'agit de travailleurs qui sont envoyés par leur employeur dans un autre pays que le leur. "Auparavant, traditionnellement, quand on parlait d'expats, cela impliquait des missions de longue durée. Mais aujourd'hui, les missions sont de plus en plus variées et ne concernent plus seulement le long terme mais aussi le court terme", explique Anne Rosier-Renaud, senior mobility consultant chez Mercer en Suisse.
Cette société de consultance en ressources humaines vient d'ailleurs de réaliser une enquête mondiale sur les expats (1). On y apprend notamment que plus de la moitié (56 %) des multinationales prévoit pour 2016 une augmentation des missions à court terme. Elles s'attendent également à une augmentation des déplacements permanents (54 %), des missions de développement et de formation (50 %) et de l'engagement local d'étrangers (47 %).
"La mobilité internationale augmente", constate Anne Rosier-Renaud. "Et depuis plusieurs années, on voit que les missions de courte durée - soit entre 3 et 12 mois - sont de plus en plus fréquentes, par rapport aux missions plus longues. Pour des questions de flexibilité notamment. Il faut pouvoir mobiliser des gens rapidement sur des projets. Les missions plus courtes permettent aussi de contourner l'un des principaux obstacles à la mobilité : le déménagement d'une famille." En effet, l'enquête révèle que 35 % des répondants affirment que les conditions familiales et la carrière du partenaire constituent un (très) gros obstacle à la mobilité internationale. "Une mission courte coûte moins cher… Mais cela impose une bonne gestion du temps. Il ne faut pas que la mission dépasse le délai fixé au départ, au risque de rencontrer pour l'expat des problèmes de permis de séjour, d'imposition…", précise Anne Rosier-Renaud qui constate cependant que "toutes les missions ne peuvent pas être de courte durée. Pour certaines, il est indispensable de pouvoir bien s'intégrer dans le pays afin d'apporter quelque chose."
Partir à l'étranger pour son employeur peut se justifier pour plusieurs raisons. On en distingue trois principales : un développement stratégique de l'entreprise - une nouvelle usine, un développement du marché… -, une expertise à apporter et un développement de carrière. "Avant, on avait beaucoup de missions de type gestion. Par exemple, on envoyait un directeur pour représenter la maison-mère. Aujourd'hui, on voit de plus en plus de missions destinées au développement d'une expérience internationale. Dans de nombreuses entreprises, cette expérience est nécessaire pour accéder à des postes de direction."
Selon l'enquête de Mercer, dans le top 5 des principales raisons qui justifient des missions internationales, on trouve : le manque de compétences techniques spécifiques sur place (47 %), la stimulation du transfert des connaissances (43 %), l'apport d'aptitudes managériales spécifiques (41 %), le fait de faciliter la gestion de carrière et le développement du leadership (41 %) et une réponse à des besoins spécifiques de projets (40 %).
L'enquête montre également que les missions à court terme concernent surtout les moins de 35 ans, tandis que celles à long terme sont plus souvent le fait des 36-55 ans. Les plus de 55 ans sont sous-représentées dans la mobilité internationale. L'étude révèle également que 57 % des multinationales s'attendent à une hausse du nombre de missions importantes ou stratégiques. Quelque 51 % envisagent plus de places pour les jeunes travailleurs et 41 % s'attendent une augmentation des missions dans des pays lointains.
Quant aux femmes, elles restent minoritaires. La proportion de femmes expats a cependant légèrement augmentée dans le monde, à 15 %. En 2010, on était à 9 % et en 2012 à 12 %.
Autre tendance révélée par l'étude : 85 % des entreprises disposent d'une politique pour les missions internationales (contre 81 % en 2012). De plus en plus d'entreprises ont une politique multiple (64 %, contre 57 % en 2012). "Quand une entreprise commence à avoir quelques expats, elle gère cela au cas par cas. Quand elle en a beaucoup, elle doit avoir une politique en la matière. Plus la population mobile se diversifie (experts, développement…), plus l'employeur va devoir différencier les termes qu'il applique à chacun de ces profils différents." Cette différence se fera notamment au niveau des salaires. "Si l'entreprise a une politique généreuse - ce qui est de moins en moins le cas -, elle doit différencier les situations, sinon cela lui coûte beaucoup trop cher. Par exemple, la compensation financière pour un jeune qui est envoyé pour son développement personnel pourra être moindre que celle d'un expert plus âgé. L'accent est mis sur le développement et non sur l'avantage financier. Mais il faut trouver un juste équilibre entre le retour sur investissement et le risque de voir son employé débauché sur place…"
La compensation offerte dépend aussi des entreprises et des secteurs. "Certaines organisations n'ont aucune difficulté à trouver des employés prêts à partir, d'autres ont plus de mal et doivent donc mieux les payer pour attirer les volontaires", explique la consultante, qui précise : "Un expat reste de toute façon plus cher qu'un employé local."
L'attrait dépend aussi des pays où l'employé est envoyé. L'enquête révèle que la majorité des missions sont attendues aux Etats-Unis, en Chine, au Royaume-Uni, à Singapour et au Brésil. "On envoie de plus en plus d'expats dans les pays émergents", note la consultante. "Dans certains pays, dangereux, on n'envoie pratiquement plus personne, même s'il reste sans doute toujours quelques expats. Mais il faut assurer leur sécurité. Et cela coûte très, très cher."
(1) Pour cette enquête, "Wordlwide Survey of International Assignment Policies and Practices", Mercer a sondé quelque 831 multinationales employant 29 millions de collaborateurs
Culture d'entreprise
Expérience. Cela fait un an et demi que Pieter (nom d'emprunt) est à Bruxelles. Il est Allemand et a été envoyé par son employeur pour s'occuper entre autres de l'IT et de la comptabilité au sein de la filiale belge. "Pour ce poste, il faut quelqu'un qui connaît bien les gens qui travaillent à la maison-mère et les processus qui y sont appliqués. Ce contact avec Francfort est essentiel pour trouver des solutions", explique Pieter qui précise : "Une mission d'expat fait aussi partie d'un programme de développement de carrière."
Son contrat initial est de trois ans. "Mais il pourrait être prolongé de deux. Je ne sais pas encore. J'aimerais peut-être aussi partir dans un autre pays après, mais devrai d'abord rentrer en Allemagne. Nos contrats d'expat prévoient un retour au pays pour s'imprégner à nouveau de la culture de la maison-mère." Son adaptation à la Belgique s'est faite facilement. "Pour les Européens, vivre à Bruxelles ne pose pas de problème. C'est une ville internationale."
Sa femme et ses deux enfants s'y sont faits aussi. "Ma femme a trouvé un travail ici. Pour elle, c'était important. Nos enfants vont à l'école allemande. C'est un peu dommage pour l'intégration à la culture locale, mais c'est important qu'ils connaissent l'Allemand et sa culture car nous savons bien que nous retournerons prochainement dans notre pays."
