Xavier Lombard, le Français à la tête de la pépite bruxelloise Leexi: "On a tous été virés... Ça a été la chance de ma vie !"
Libre Eco | Face & profil. Ancien ingénieur chez EDF, Xavier Lombard est devenu "serial entrepreneur". Leexi, sa troisième start-up, est une affaire de famille atypique.

- Publié le 29-11-2025 à 08h00
- Mis à jour le 29-11-2025 à 09h47

Des entreprises "Père & fils", on en connaît beaucoup… Des start-up "Père, épouse & fils", c'est déjà plus rare. Chez Leexi, jeune pousse bruxelloise spécialisée en intelligence artificielle générative, c'est carrément le "Club des cinq" ! Il y a donc Xavier, le père, Carole son épouse, et trois de leurs fils (Baptiste, Matthieu et Paul, dernier à être monté à bord). "Seul mon fils Pierre, un petit génie des réseaux sociaux, ne travaille pas avec nous", indique Xavier Lombard. Pas encore, en tout cas.
Il aura suffi de deux réunions de trois heures, à l'automne 2021, pour que Baptiste et Matthieu réussissent à convaincre leurs parents de fonder Leexi. Un an avant qu'OpenAI ne fasse sensation avec son agent conversationnel ChatGPT, le quintet familial a senti qu'il y avait un bon coup à jouer. "GPT-3" – nom donné au "grand modèle de langage" développé par la société américaine – avait été ouvert aux développeurs dès 2020. Ils ont sauté sur l'occasion. "On a vu l'opportunité de résoudre une problématique que j'avais expérimentée dans mes précédentes start-up", explique Lombard père.
La chance de sa vie
Quelques mois avant la création de Leexi, Xavier Lombard occupait encore le poste de CEO de Yago (ex-Seraphin), start-up bruxelloise – premier courtier digital de Belgique – dont il a été l'un des fondateurs. Mais l'histoire s'est plutôt mal terminée. Il en est sorti mi-2021, alors même que ses fils Matthieu et Baptiste et son épouse Carole y travaillaient aussi.
Flash-back. En 1987, Xavier Lombard intègre le prestigieux lycée Sainte-Geneviève, à Versailles, pour préparer le concours d'entrée à l'École nationale supérieure de Grenoble, ville dont il est originaire. Il en sort, quatre ans plus tard, avec le titre d'ingénieur en électricité et mécanique. "Je suis entré chez EDF, qui m'a envoyé à Montréal où j'ai travaillé, durant dix-huit mois, pour Hydro-Québec." Xavier Lombard restera dix ans chez l'énergéticien français, avec des allers-retours entre l'Amérique du Nord et le centre de R & D de Clamart, en région parisienne. "Sur le plan technique, j'étais considéré comme un ovni chez EDF. J'ai déposé plusieurs brevets à l'époque."
Le très peu d'autonomie dont il bénéficie au sein du groupe le pousse à rejoindre la société américaine Honeywell, qui l'enverra, début 2001, à Bruxelles pour occuper la fonction de directeur des ventes. "Dans un petit coin de la tête, j'avais déjà l'idée de créer une entreprise, explique l'ingénieur français installé dans la capitale depuis plus de vingt ans. Ce job de directeur des ventes, je l'ai vu comme un apprentissage." Sauf que l'expérience va tourner court en raison du refus de la Commission européenne de valider la fusion entre Honeywell et General Electric. "On a tous été virés au bureau de Bruxelles. La chance de ma vie !", raconte Xavier Lombard, qui y a vu une "expérience intéressante" (sic) en tant que futur chef d'entreprise.
Chemin de croix
Alors qu'il avait l'opportunité de retourner chez EDF ou de rejoindre Tractebel, Xavier Lombard va saisir l'opportunité de son licenciement pour lancer sa première start-up, Verdesis, avec deux associés. Située à Wavre, la jeune pousse, spécialisée dans la production de biogaz, est soutenue par Nivelinvest (InvestBW, aujourd'hui) et un petit fonds de capital-risque d'EDF. "C'est rapidement devenu Games of Thrones !", se souvient-il. Victime de malversations d'un associé et d'une tentative d'extorsion de fonds d'un client, Xavier Lombard va vivre un véritable chemin de croix jusqu'à la cession de Verdesis, en 2013, à son ancien employeur (EDF).
"J'ai dû lire environ 150 livres en un an. Ca m'a permis de déconstruire pas mal de choses apprises à l'école."
Alors âgé de 45 ans, Xavier Lombard décide de prendre une année sabbatique avant d'envisager la suite de son parcours entrepreneurial. "J'ai dû lire environ 150 livres en un an ! Pas des romans, mais sur la philosophie, l'économie, l'histoire, la science… Ça m'a permis de déconstruire pas mal de choses apprises à l'école."
Succès et reconnaissance
Après l'aventure Yago (2015-2021), c'est donc avec Leexi que Xavier Lombard va connaître sa plus belle réussite entrepreneuriale. Dès la mi-2022, la start-up lance son "AI-Notetaker", un assistant capable de générer des comptes rendus et des synthèses de discussions en présentiel ou à distance via Google Meet, Teams ou Zoom (en plus de 150 langues !).
Surfant sur la vague des IA génératives, Leexi connaît un succès rapide. En 2024, le site français Journal du Net classe Leexi comme meilleur assistant IA de prise de notes. Un an plus tard, la start-up décroche le Belgium Startup Award dans la catégorie reine "intelligence artificielle".
Malgré les sollicitations de plusieurs gros fonds de capital à risque (belges et étrangers), Xavier Lombard a refusé, jusqu'ici, d'ouvrir le capital de l'entreprise (dont les parts sont réparties équitablement entre lui, son épouse et ses deux fils aînés). "Nous n'avons pas besoin d'argent, assure-t-il. Leexi compte déjà 3 000 clients payants, dont un quart de grosses entreprises (comme Randstad, NFP, Visma…). On va terminer 2025 avec un ARR (revenu annuel récurrent) de 4 millions, dont la moitié réalisée en France, et on prévoit d'au moins le doubler en 2026." Cette croissance passera, dans les prochains mois, par un plan d'action ciblant quatre nouveaux marchés (Pays-Bas, Royaume-Uni, Espagne et Allemagne).
Signe de son ambition, Leexi s'est installée en mai dans de nouveaux bureaux pouvant accueillir jusqu'à 120 personnes alors que la start-up ne comptait encore "que" 25 collaborateurs. Depuis lors, l'effectif a passé la barre des quarante personnes et les recrutements se poursuivent.
"Leexi n'est pas une boîte familiale"
Leexi a tout du cas d'école de l'entreprise familiale. Pourtant, Xavier Lombard soutient que "Leexi n'est pas une boîte familiale, mais une boîte avec des valeurs familiales". La nuance est importante, à ses yeux. Son fils Matthieu, COO de Leexi, a d'ailleurs mis par écrit les valeurs de la société afin de les communiquer à chaque nouveau collaborateur. "L'esprit d'entraide est un marqueur très fort de notre culture d'entreprise, explique Xavier Lombard. Il y a aussi le respect, l'humilité, la fidélité, ainsi que l'excellence dans le travail et le temps consacré à se former." Il n'en reste pas moins que le comité de direction de Leexi, qui se réunit chaque semaine durant 90 minutes, se fait en famille !
Xavier Lombard en quelques dates :
- 28 août 1968 : naissance de Xavier Lombard à Grenoble.
- 1991 : il entre chez EDF.
- 2002 : création de Verdesis.
- 2015 : cofondateur et CEO de Yago (ex-Seraphin).
- 2021 : cofondateur et CEO de Leexi.
