"Les gens veulent du léger, de l'original. Mais sans clarification, les tiny houses resteront un entre-deux incertain"
Le dossier de La Libre Immo | Chaque maison repose sur un module de base en kit produit à l'avance chez un constructeur offrant une grande capacité de production tout en permettant une certaine rationalisation.

- Publié le 06-06-2025 à 09h54
- Mis à jour le 06-06-2025 à 12h16

Nicolas Pinon ne se présente pas comme spécialiste de l'habitat léger, mais la localisation de son bureau d'architecture sur les hauteurs de la très touristique Durbuy l'amène immanquablement à en faire beaucoup. Dans un rayon de 15 kilomètres autour de son bureau, il a une quarantaine d'unités en attente de permis dans trois villages de vacances ou assimilés. Les habitations, de 120 m² maximum pour trois chambres, sont souvent standardisées et montées sur dalle. "L'idée est de construire rapidement, avec des éléments que deux personnes peuvent manipuler à la main."
Un habitat modulaire et anticipé
Chaque maison repose sur un module de base en kit produit à l'avance chez un constructeur offrant une grande capacité de production tout en permettant une certaine rationalisation. "Il en faut quelques-unes d'avance pour répondre rapidement à la demande", souligne l'architecte. Non sans évoquer aussi des projets plus atypiques, comme cette cabane à construire sur poteaux autour d'un arbre, sans le blesser, comptant un niveau et une mezzanine pour 30 m² de surface totale. "C'est possible ici uniquement parce que le porteur du projet est agriculteur et qu'il s'agit d'une diversification."
Des communes les acceptent dans le cadre d'un logement kangourou pour accueillir un parent âgé ou un enfant indépendant.
Les règles… à géométrie variable
Et c'est sans doute ce qui perturbe le plus l'avenir de l'habitat léger : le cadre légal reste flou. "On est soit dans le logement, soit dans le tourisme, soit dans l'annexe, résume Nicolas Pinon. Mais à proprement parler, il n'existe pas de législation spécifique à l'habitat léger."
Certaines communes allouent des zones à ce type d'habitat, généralement semi-boisées, avec une autorisation de domiciliation, mais c'est l'exception à la règle ou plus exactement à ce qui n'est pas encore vraiment une règle. D'autres les acceptent dans le cadre d'un logement de type kangourou à côté d'une maison principale ou au fond d'un jardin pour accueillir parents âgés ou enfants indépendants. D'autres encore se réfèrent exclusivement aux zones de vacances reprises en orange au plan de secteur, mais interdisent la domiciliation. "Sauf si c'est le seul bien du propriétaire et qu'il est salubre. Et encore le font-elles pour cinq ans renouvelables, ajoute Nicolas Pinon. Mais dans la majorité des cas, si domiciliation il y a, elle est temporaire. Ce qui est logique, puisque l'habitat est léger et donc mobile."
Dans les nouveaux projets, les statuts de copropriété excluent d'ailleurs toute domiciliation, même temporaire. "Les communes se blindent", argue l'architecte, constatant par ailleurs dans leur chef une volonté de ne pas créer de précédent. "En l'absence de texte clair, la peur domine. Elles ont peur d'ouvrir une brèche et de voir se multiplier les tiny houses. Il faut absolument que l'administration wallonne s'y penche et spécifie clairement ce qui est autorisable ou pas, tout en indiquant les contraintes à respecter."
L'engouement est pourtant bien réel. "Il y a une vraie mode : les gens veulent du léger, de l'original. Mais sans clarification, les tiny houses resteront un entre-deux incertain."
