Pourquoi Anvers attire les géants du commerce
Le dossier de La Libre Immo | Entre une enseigne internationale qui y construit son plus vaste espace au monde, une Boerentoren qui fait peau neuve, le dynamisme de cette artère commerciale majeure va être renforcé par un projet de revitalisation souhaité par la ville et porté par divers acteurs, dont le développeur Sweco.
- Publié le 19-06-2025 à 14h22
- Mis à jour le 19-06-2025 à 15h11

Décidément, si vous cherchez l'exemple d'une ville opulente, Anvers convient parfaitement. En cette belle journée de juin, l'arrivée à la gare d'Anvers-Central, véritable bijou mêlant architecture Fin-de-Siècle et modernité, est déjà un régal. Là où bien d'autres villes affichent des abords de gare peu réjouissants, à Anvers, les joyaux architecturaux vous sautent directement aux yeux, parfaitement rénovés, comme la salle Reine Elisabeth, l'Opéra, sans oublier le quartier des diamantaires qui longe la gare à gauche, le zoo faisant le pendant à droite. Vers la gauche de la gare, vers la ville ancienne, les terrasses ombragées de la De Keyserlei vous font de l'œil pour une petite pause-café.
Passée la Frankrijklei, on continue dans la Leys-straat. Là commence réellement la ville des Sinjoren, où rien n'a jamais été trop beau pour afficher la puissance du port et de ses habitants, commerçants dans l'âme. Parce que la Leysstraat se prolonge par le poumon commercial de la Métropole, l'une des rues les plus chères du pays, qui dispute ce titre avec la rue Neuve à Bruxelles : le Meir, véritable temple regroupant les grandes enseignes de la mode, aux immeubles rivalisant de caryatides, d'atlantes et de portails tous plus majestueux que les autres vous incitant à craquer.
Un hic
Mais il y a un hic. Certes le Meir est piéton, cependant, il y règne une certaine anarchie au niveau des aménagements devenus obsolètes avec le temps. Les vélos et trottinettes y circulent comme sur un circuit de Formule 1. Et puis, après la fermeture des commerces, le Meir devient presque morose.
Consciente du problème, la ville a lancé un concours pour faire de cette artère et ses voisines un "boulevard urbain vivant et multifonctionnel, qui ne se taira pas après la fermeture des magasins".
Le projet vainqueur est celui de l'équipe de concepteurs Sweco, conjointement à l'entreprise espagnole Bau, le spécialiste de l'éclairage Atelier Jéol, basé prêt de Lyon, et le bureau de patrimoine Erfgoed & Visie. Les Jezusstraat, Leysstraat et Twaalfmaandenstraat seront également rénovées.
En choisissant l'Atelier Jéol, la volonté est véritablement de rhabiller les immeubles du Meir pour la nuit, en mettant en lumière son patrimoine architectural monumental. Ce qui n'empêche pas aussi de vouloir créer des zones plus calmes durant la journée. Les concepteurs envisagent ainsi des parterres de plantes, des arbres apportant de l'ombre, des coins pour s'asseoir et peut-être même une fontaine ou un autre point d'eau.
Vœu peut-être pieux, en donnant au Meir une physionomie de promenade et non plus de rue, les concepteurs espèrent éloigner les vélos, du moins aux heures de plus grande affluence.
Le concours lancé par la ville comptait quatre projets et Sweco a tenu à rappeler qu'il s'agit bien d'un projet. "L'avant-projet définitif devrait être prêt à la mi-2026. Les premiers travaux commenceront au plus tôt en 2028. D'ici là, un processus de consultation sera lancé auprès des commerçants, des résidents, des acheteurs, des services municipaux et des responsables politiques", a tenu à rappeler Manu Versluys, Landscape & Public Ingenieur, chef de projet chez Sweco. "Urbanistes, architectes paysagistes, spécialistes du patrimoine, experts en mobilité, designers et exécutants – chaque équipe apporte son expertise unique. Le résultat est une vision partagée, fondée sur la collaboration avec les commerçants, les usagers, les habitants et bien d'autres acteurs, dans la confiance et le savoir-faire. Mais le Meir, surnommé 'Via Sinjoor', restera avant tout une rue commerçante !"
La crise du covid a fait mal à tout le monde, et seuls ceux qui avaient les reins solides s'en sont bien sortis. On le voit dans le prêt-à-porter avec des faillites, mais aussi de grands groupes comme Zara qui ont su saisir de nouvelles opportunités."
Avec le Meir Corner, Zara voit grand
Une enseigne internationale bien connue fait en tout cas le pari – peu risqué – du Meir. Actuellement dispersée dans divers immeubles de l'artère, Zara s'apprête à tout regrouper en un seul lieu, le Meir Corner, sur trois étages. Pour la chaîne espagnole, il s'agira ni plus ni moins, avec 14 500 m², de son plus grand magasin au monde. Un pari ambitieux alors que le commerce physique souffre de la concurrence d'Internet. Comme le soulignait Pierre-Alexandre Billiet, spécialiste de la distribution et CEO de Gondola à nos confrères de la DH, "Zara saisit une opportunité née de la crise Covid. La crise a fait mal à tout le monde, et seuls ceux qui avaient les reins solides s'en sont bien sortis. On le voit dans le prêt-à-porter avec des faillites, mais aussi de grands groupes comme Zara qui ont su saisir de nouvelles opportunités. Par ailleurs, les loyers ont baissé ces deux ou trois dernières années, surtout pour les plus grands espaces. Les emplacements prestigieux se sont libérés, et tout le monde ne peut pas se permettre d'en profiter."

Ce Meir Corner, dont le loyer tournera entre 20 et 30 millions d'euros par an pour Zara, sort de terre au coin de la Jezusstraat, une rue où le développeur Sweco et ses partenaires comptent, dans le projet général décrit plus haut, mettre "un accent particulier sur les espaces de séjour, adaptés à la vie étudiante, au shopping et à la culture".
En poussant le patrimoine du Meir en avant, il y a aussi l'envie pour la ville d'inviter les touristes à lever la tête sur ce que cachent – ou racontent – les façades de la riche histoire de la cité.
Les jeunes ménages cherchant à acheter un bien peuvent en trouver à, en général, un quart d'heure maximum en transport en commun ou à vélo du centre-ville."
La Boerentoren recoiffée
À propos de lever la tête, vous le faites d'office en arrivant au bout du Meir, en admirant la Boerentoren, premier gratte-ciel européen achevé en 1931. Avec ses 87,5 m de hauteur, elle est le deuxième bâtiment le plus haut d'Anvers, après la cathédrale. Une première fois rénovée et rehaussée au milieu des années 70 pour atteindre les 96 m, elle fait l'objet, à la demande de la KBC, sa propriétaire, d'une remise à neuf complète depuis 2020.
En collaboration avec le groupe Katoen Natie, sur base d'un projet architectural mené par Studio Libeskind, le promoteur ION réaménage cet emblématique phare pour en faire une "tour culturelle" unique. L'architecte américain Daniel Libeskind a imaginé une nouvelle couronne pour la tour. Un observatoire et une salle panoramique aménagés sur les trois derniers étages (du 24e au 26e) permettront aux visiteurs de profiter d'une vue exceptionnelle à 360°. Quant aux commerces, ils prendront place au rez-de-chaussée et au premier étage de la tour. ION agit en tant que développeur de projet et développera sur mesure tous les aspects de ce projet à grande échelle pour le groupe Katoen Natie, agissant quant à lui en qualité d'investisseur à long terme.
Bénéficiant de sa situation stratégique, la dynamique cité portuaire doit aussi permettre à ses habitants de pouvoir vivre et demeurer dans la ville. Comme le souligne le notaire anversois Jelle Van Hove, "plusieurs districts de la ville d'Anvers ont eux aussi bénéficié de rénovation urbaine, et les jeunes ménages cherchant à acheter un bien peuvent en trouver à, en général, un quart d'heure maximum en transport en commun ou à vélo du centre-ville. Le remaillage du réseau de tramway entamé voici une quinzaine d'années est quasiment achevé, avec des véhicules modernes et rapides. Autre coin très prisé pour ses constructions modernes et situé au nord de la ville, Eilandje a vu aussi une population jeune s'installer. Mais les appartements vue sur l'eau ont un prix" !

L'esprit Fin-de-Siècle règne à Harmonie
Situé au sud, près de la Britselei, le quartier Harmonie abrite un autre bâtiment emblématique, l'ancien palais de justice, dessiné par Louis Baeckelmans, construit de 1871 à 1879 en style éclectique à tendances néo-renaissances. Les travaux lui rendant à la fois son lustre d'origine tout et lui apportant des innovations dignes du XXIe siècle ont duré quatre ans, de 2019 à 2023. Avec la réouverture du musée des Beaux-Arts tout proche, c'est tout un quartier qui s'est développé à la fin du XIXe siècle qui a retrouvé son lustre. Des artères comme Anselmostraat bénéficient d'une remise à neuf, pour un dernier lifting à ce beau quartier où nombre d'immeubles de style éclectique ou Art Nouveau ont fleuri, dont un "commandé par la veuve Bernard en 1903 aux entrepreneurs Louis Marie Corneel Buisseret et Frans Verhoeven". Amaai !

Les atouts majeurs de la Métropole poussent toujours plus à y investir
Selon Erena (European Real Estate News Agency) qui a étudié les prix et les demandes de l'immobilier professionnel à Anvers en 2025, la ville bénéficie d'atouts majeurs, infrastructures en transport, situation stratégique, environnement d'affaires dynamique…, qui en expliquent le succès. Le tourisme et un fort besoin en bureaux et commerces sont encore des éléments qui expliquent les prix élevés de cet immobilier, présents et à venir.
En ce qui concerne les bureaux, quatre zones ont été définies, avec des prix variant du simple au double selon qu'ils sont situés dans la zone portuaire (2000 à 3500 euros/m²) ou dans le centre historique (4500 à 6500 euros/m²). Entre les deux, on trouve Anvers-Sud et le quartier des affaires, entre 3500 et 5000 euros/m². Les espaces de coworking, si possible situés dans des bâtiments écologiques, ont la cote.
Pour le commerce, on l'a vu, le Meir, reste le leader avec des prix d'achat au m² variant de 9000 à 15000 euros, suivi par la De Keiserlei (7000 à 11000 euros), le Quartier Latin (5500 à 8500 euros) et Anvers-Sud (3500 à 6000 euros). Les loyers ne cessent d'augmenter grâce à une fréquentation toujours élevée. Les formes de commerces innovantes sont en vogue avec les concept stores et les expériences d'achat immersives. La demande pour des locaux horeca est aussi forte.
Le tourisme est en plein boom à Anvers, et les hôtels de luxe et boutique-hôtels sont très demandés, tout comme les appartements avec services.
Avec le développement de nouveaux centres d'affaires dans le quartier Nieuw Zuid, la ville s'assure un avenir radieux. Diverses initiatives écologiques favorisent les bureaux et entrepôts à faible empreinte carbone.
En matière d'investissements, les espaces commerciaux situés dans des zones stratégiques offrent des rendements locatifs de 6 à 7 % par an. L'immobilier logistique assure des rendements de 4 à 5 % par an.
La conclusion d'Erena est qu'avec l'expansion et la modernisation continue de la ville, investir dans l'immobilier professionnel à Anvers en 2025 représente une opportunité rentable et durable.
