Les grands massifs forestiers français peuvent dépasser 20 000 euros l'hectare
Libre Immo | Dans un marché du bois ralenti, les grandes forêts s'imposent comme des actifs recherchés.

- Publié le 21-06-2025 à 18h07

Pour l'énorme majorité des Belges, le foncier rural français, ce sont avant tout les paysages magnifiques qu'ils sillonnent, les forêts denses qu'ils parcourent, les vignes qu'ils arpentent. Pour un petit nombre, ce même foncier rural, se déclinant en terres de culture, prairies, massifs forestiers, bois ou vignobles, est un patrimoine immobilier qui, outre du plaisir, génère des revenus. Pour lesquels la brochure annuelle "L'investissement en foncier rural" d'Agrifrance, la filiale de BNP Paribas Wealth Management spécialisée dans le foncier rural, représente une lecture intéressante.
C'est si vrai que son directeur, Benoît Léchenault, se déplace désormais à Bruxelles pour la présenter à la presse. Ce qu'il a fait récemment pour l'édition 2025. D'autant que l'heure est aux changements : après de fortes hausses des prix ces dix à quinze dernières années, les marchés repassent en mode stabilité, voire baisse. "En France, et plus globalement en Europe, l'agriculture, la viticulture et la forêt sont aujourd'hui à la croisée des chemins, indique-t-il d'emblée. Entre un contexte économique chahuté, une conjoncture internationale incertaine et la question de la transmission des exploitations agricoles ou viticoles, beaucoup de clignotants sont au rouge. Et les investisseurs en quête de placements alternatifs ont tout intérêt à suivre l'évolution de ces marchés."
Sur lesquels les Belges, comme tous les étrangers d'ailleurs, pèsent peu. "Les produits s'exportent, tant les céréales que les bois ou le vin, ajoute le directeur d'Agrifrance. Par contre, seulement 10 % du foncier rural sont aux mains d'une clientèle étrangère." Et compte tenu de la protection des terres de cultures via les Safer (Sociétés d'aménagement foncier et d'établissement rural), ces investisseurs étrangers se retrouvent surtout dans les vignobles, et plus encore, pour les Belges très certainement, dans les massifs forestiers. Dans un objectif de chasse, certes, mais aussi parce qu'il s'agit d'une classe d'actifs facile à gérer de loin ou à déléguer.
Les rendements courants nets se sont érodés, avoue-t-il. C'est indéniable. Par rapport au prix de vente, on est à moins de 1 %."
4 850 euros par hectare…
Ces cinq dernières années, la hausse du prix du bois, tant les feuillus que les résineux – et davantage les premiers que les seconds –, a impacté positivement la valorisation du foncier qui a fortement progressé durant la dernière décennie (de 3 à 5 % l'an en moyenne).
Mais cette année 2024 a marqué un tournant avec un ralentissement des prix. "Le marché du bois est international – le bois français est exporté vers les États-Unis, la Chine, le Vietnam – et subit le ralentissement de l'activité économique, ajoute Benoît Léchenault. De plus, en France comme en Europe, le secteur de la construction est à la traîne, impactant celui du bois." L'évolution sur le marché du foncier n'en a pas moins continué sur sa lancée, mais moins fortement. "Selon la Safer, 148 700 hectares de forêts ont été vendus l'an dernier (+ 4,8 % par rapport à 2023), représentant une valeur totale de 2,02 milliards d'euros, répartie sur 21 862 transactions, poursuit l'expert. Le prix moyen d'une forêt s'établit à 4 850 euros par hectare, enregistrant une hausse de 2,1 % par rapport à 2023, et de 2,7 % par an sur 5 ans en moyenne."
… jusqu'à plus de 25 000 pour les grands massifs
Si ce prix moyen est à la hausse, ce n'est pas tiré par les ventes de petites parcelles, dont la clientèle est locale, mais par celles des gros massifs forestiers qui attirent grandes fortunes et institutionnels désireux de satisfaire leurs porteurs de parts. "C'est ce marché en haut de la fourchette qui est le plus actif, tant en termes de volume que de prix. Il représente plus de 25 % de la valeur totale des transactions (en hausse de 20 % par rapport à 2023) et 25 % des surfaces échangées (+13,8 %)", confirme l'expert, qui évoque un prix moyen de 14 750 euros l'hectare mais reconnaît que, rareté oblige, certaines transactions ont été conclues à un prix dépassant les 20 000 euros, voire les 25 000 euros ! Tout en restant rentables ? "Les rendements courants nets se sont érodés, avoue-t-il. C'est indéniable. Par rapport au prix de vente, on est à moins de 1 %."
Un tarif qui pourrait en rebuter plus d'un. Des Belges notamment... "Quand bien même le prix des forêts a plus que sensiblement augmenté en France, il reste bien moins cher qu'en Belgique", sourit Benoît Léchenault pour expliquer l'intérêt que ces derniers leur portent, même si le différentiel est moindre que sur l'hectare de foncier agricole qui se négocie autour des 7 000 euros outre-Quiévrain et s'échange à plus de 60 000 dans le plat pays.
Des marchés qui demeurent stables
De quoi contribuer à l'attrait transfrontalier des actifs français. "En forêt, on constate néanmoins, ces derniers mois, davantage de vendeurs belges – dont des héritiers en indivision – que d'acquéreurs", observe le directeur d'Agrifrance.
Le ralentissement conjoncturel observé sur certains segments du foncier rural ne remet toutefois pas en cause sa solidité fondamentale. L'ensemble des marchés agricoles, forestiers ou viticoles demeurent stables. Dans des niches spécifiques (maraîchage, production haut de gamme de pommes de terre ou d'oignons, parcelles viticoles d'exception en Bourgogne, etc.), il est toujours à la hausse.
À moyen terme, le sujet majeur sera moins celui de la valorisation que celui de la transmission : "Un agriculteur ou un viticulteur sur deux partira à la retraite dans les prochaines années", indique Benoît Léchenault. En Belgique comme en France, la question du renouvellement générationnel devient stratégique. "La taille des exploitations ne pouvant plus s'agrandir indéfiniment, l'enjeu sera de fluidifier les transmissions – notamment via des dispositifs fiscaux adaptés – pour assurer la continuité et la valorisation de ce patrimoine productif."
