La Belgique s'apprête à faire un grand pas vers un meilleur marché du travail : "On va enfin respecter un principe vieux de trois quarts de siècle"
Cet été, une meilleure transparence salariale sera imposée aux entreprises. De quoi enfin réduire les inégalités de genre.

- Publié le 16-04-2026 à 18h52

Dès le 7 juin prochain, la directive européenne visant à imposer davantage de transparence salariale aux entreprises doit être mise en application en Belgique. Dans les faits, les entreprises seront tenues de partager des informations concernant les salaires et de prendre des mesures en cas d'écart de rémunération entre les femmes et les hommes supérieur à 5 %.
L'objectif est donc clair : renforcer l'application du principe de l'égalité des rémunérations entre les femmes et les hommes pour un même travail ou un travail de même valeur. Filip Dorssemont, professeur de droit du travail à l'UClouvain, nous éclaire sur les tenants et aboutissants de cette avancée majeure pour le marché de l'emploi belge.
Qu'apportera une meilleure transparence salariale ?
Le principe d'égalité de rémunération entre hommes et femmes pour un travail égal ou de valeur égale a été instauré il y a déjà plus de trois quart de siècle, en 1957 avec le Traité de Rome. Le problème de notre pays, c'est que la pudeur qui règne autour des rétributions salariales ne permet actuellement pas aux femmes – et même dans certains cas aux hommes – de faire valoir pleinement leurs droits. Imposer une certaine transparence est donc essentiel.
Les principes de la directive devront strictement s'appliquer aux entreprises de plus de 250 employés. Les plus petites entreprises recevront, pour leur part, assistance technique et formation de la part de l'État. Est-ce une bonne solution d'imposer cette directive sans exception ?
Rendre cette pratique obligatoire aux entreprises permettra d'éviter d'accorder un avantage compétitif aux sociétés qui ne voudraient pas de cette transparence. Il est nécessaire de créer un socle, des règles communes qui régissent le marché. Cette directive est donc aussi un bon pas vers un meilleur marché des entreprises, avec une compétitivité loyale.
Il ne faut pas faire comme si une entreprise ayant 250 travailleurs n'était pas capable de remplir ses obligations."
Cela risque-t-il de pénaliser certaines sociétés ?
On parle d'entreprises qui disposent déjà d'un conseil d'entreprise, d'une certaine tradition dans le domaine des droits sociaux ou encore de gestionnaires de ressources humaines. Il ne faut pas faire comme si une entreprise ayant 250 travailleurs n'était pas capable de remplir ses obligations. Ils ont largement les ressources pour répondre aux exigences de cette directive.
Demandons-nous quel est le prix de la non-discrimination. Pour le personnel féminin, il s'agit de démotivation, qui est le prix à payer si on n'a pas ce genre de mesures. Les entreprises jouiront donc d'une meilleure cohésion entre les collaborateurs et les collaboratrices.