"On ne prend pas ça à la légère" : Syensqo va supprimer jusqu'à 350 emplois, dont une partie en Belgique
Trente-six emplois sont concernés en Belgique. Les investisseurs se montrent néanmoins confiants. Probablement grâce au programme de rachat d'actions de 300 millions d'euros également annoncé et la fin de la grève chez Boeing, important client de Syensqo.

- Publié le 05-11-2024 à 08h16
- Mis à jour le 05-11-2024 à 18h24

"On ne prend jamais la suppression d'emploi à la légère, même pour un seul poste." Ilham Kadri, la CEO de Syensqo, a dû annoncer ce mardi matin une suppression de 300 à 350 emplois dans le monde, dont 36 en Belgique. Pourquoi ? "Afin de mieux répondre à la demande de nos clients", a-t-elle justifié. Les postes sur la sellette sont majoritairement en France, aux États-Unis, en Italie et en Belgique. Rappelons que Syensqo, active dans la "chimie de spécialité", est issue de la scission de Solvay fin 2023 et crée, par exemple, des polymères et matériaux très résistants et très légers, entre autres.
"L'année 2024 a été un challenge pour toute l'industrie. Cette suppression d'emplois n'est en tout cas pas une mesure d'économie mais bien d'adaptation aux besoins", a-t-elle justifié lors d'une conférence de presse en ligne. Quoi qu'il en soit, les investisseurs étaient rassurés et le titre bondissait de plus de 6 % ce mardi matin à la Bourse de Bruxelles. "On discute avec nos partenaires sociaux pour minimiser l'impact de cela", ajoute-t-elle. Elle en profite pour affirmer que le groupe créera des centaines d'emplois au niveau informatique à la suite de l'abandon, d'ici fin 2025, des systèmes IT de Solvay.
Grève chez Boeing et industrie automobile
L'annonce en parallèle ce mardi de la fin de la grève de sept semaines chez Boeing, le constructeur américain en crise depuis des mois, est une bonne chose pour Syensqo. Une bulle d'air. "C'est une excellente nouvelle pour notre client. C'est trop tôt pour parler d'un effet sur le dernier trimestre 2024 aujourd'hui", précise la dirigeante, en restant confiante pour le début d'année 2025. Par ailleurs, si le marché de l'aviation civile a été challengé, Syensqo récupère quelques billes sur l'aviation militaire et travaille sur plusieurs programmes, dont le F-35 américain ou certains hélicoptères.
"La défense est en forte croissance et c'est une source d'innovation qui se décline dans l'aviation civile. Nous sommes confiants sur le long terme"
"La défense est en forte croissance et c'est une source d'innovation qui se décline dans l'aviation civile", ajoute-t-elle. "Nous sommes confiants sur le long terme au niveau de l'aviation civile et militaire", renchérit-elle.
Du côté de l'industrie automobile, qui traverse une crise sans précédent (en particulier Volkswagen et sa filiale Audi Brussels), et qui est un important client de Syensqo, elle rassure à nouveau.
"Certains vont gagner, certains vont perdre. Les constructeurs travaillent sur des terrains de jeu différents. Nous sommes agnostiques. On croit en la technologie, plus sûre, plus compétitive, et des batteries plus petites. Nous sommes un grand acteur sur le marché hybride mais nous croyons à l'électrification", poursuit-elle.
Les résultats en un coup d'Œil
Syensqo a donc fait état mardi d'un chiffre d'affaires net de 1,633 milliard d'euros, stable par rapport au troisième trimestre 2023 qui affichait un chiffre d'affaires de 1,629 milliard d'euros. Les deux principaux segments d'activités ont connu une évolution contrastée : "Specialty Polymers" a vu son chiffre d'affaires reculer de 7,6 % sur un an, à 649 millions d'euros au troisième trimestre, alors que "Composite Materials" est en progression de 13 % par rapport au troisième trimestre 2023, à 292 millions d'euros.
L'ebidta (résultat avant intérêts, dépréciations, impôts et amortissements) de Syensqo au troisième trimestre s'élève à 374 millions d'euros, en recul de 10,5 % par rapport à la même période de 2023.
Sur les neuf premiers mois de l'année, le chimiste de spécialité fait état d'un chiffre d'affaires de 4,965 milliards d'euros (- 5,6 % en glissement annuel) et d'un ebitda de 1,114 milliard d'euros (- 15,8 %).
300 millions d'euros de rachat d'actions
"Le recentrage renforcé depuis la séparation nous a permis d'accélérer notre stratégie de création de valeur pour les actionnaires. Cela s'est traduit par une plus grande flexibilité dans l'allocation de notre capital, la priorisation de nos investissements vers les opportunités de croissance les plus attractives et l'examen continu de nos coûts", a précisé la dirigeante. "Maintenant que nous voyons plus clairement nos besoins et la manière dont nous pouvons mieux servir nos clients, nous prévoyons de mettre en place des mesures d'efficacité afin d'améliorer davantage notre levier opérationnel et soutenir ainsi notre plan à moyen terme", a encore commenté Ilham Kadri.
"Encouragé par une solide position financière, notre conseil d'administration a également approuvé, à la fin du trimestre, un nouveau programme de rachat d'actions de 300 millions d'euros, que nous prévoyons de lancer immédiatement", a-t-elle encore annoncé. De quoi renforcer la confiance en l'avenir, améliorer la structure du capital ainsi que de couvrir les obligations actuelles et futures des plans d'incitation de la société pour les employés de Syensqo.