Trump peut-il encore éviter une intervention militaire au Venezuela ?
La diplomatie coercitive de la Maison-Blanche est une partie de poker compliquée.

- Publié le 21-11-2025 à 06h35

Le Venezuela du président Nicolas Maduro reste une des cibles privilégiées de Donald Trump. Depuis des semaines, le torchon brûle entre Washington et Caracas. Les États-Unis, au nom de la lutte contre les narcotrafiquants, menacent d'intervenir militairement dans ce pays d'Amérique latine, clairement inscrit à gauche, proche de la Chine et de la Russie.
Un pays qui intéresse aussi particulièrement les États-Unis pour ses immenses réserves de pétrole qui culminent à plus de 300 milliards de barils prouvés. Une statistique qui le place devant l'Arabie saoudite en termes de réserves. Mais l'essentiel de ces stocks est constitué de sables bitumineux dont l'exploitation est plus complexe et donc coûteuse, mais aussi très polluante.
Ces derniers jours, le président américain a en outre également ciblé, une nouvelle fois, la présidente mexicaine Claudia Sheinbaum. Ici aussi, Donald Trump évoque les narcotrafiquants et l'immigration pour justifier ses critiques à l'égard de son voisin du Sud et laisse planer le risque d'une action militaire en territoire mexicain.
Tanguy struye de Swielande, professeur en relations internationales à l'UCLouvain et chercheur associé senior à l'Institut Egmont, analyse la situation.
Peut-on dire que l'Administration Trump se positionne de la même manière à l'égard du Venezuela que du Mexique ?
Je dirais non. La situation est assez différente. Sur le fond, il y a dans les deux cas les problèmes de trafics de drogue et de migration. Mais sur le plan du trafic de drogue, le Mexique, qui ne parvient pas à juguler ses narcotrafiquants, est un enjeu très, très important pour les États-Unis. Il faut se souvenir que c'est le pays par lequel le Fentanyl, cet opioïde qui a fait plus de 100 000 morts aux États-Unis, entre sur le territoire américain. Il y a aussi clairement un vrai problème lié à la question de l'immigration.
C'est moins le cas pour le Venezuela ?
Ici, ce n'est pas la production de cocaïne qui pose problème, le problème ce sont les routes qui permettent aux narcotrafiquants d'acheminer leurs drogues aux États-Unis où sévissent aussi des cartels ou des groupes mafieux vénézuéliens. L'approche américaine à l'égard des deux pays est quand même assez différente. Pour le Venezuela, il y a clairement une volonté de mettre la pression sur le président. Et cet enjeu dépasse de loin la question du narcotrafic.
Trump veut la chute du président Maduro ?
Oui et ce n'est pas neuf. En 2020, déjà, Donald Trump avait mis à prix la tête de Maduro qu'il présentait comme un chef de cartel. Cette année, la mise à prix atteint 50 millions de dollars. Sans résultat jusqu'à présent.
Pourquoi cibler particulièrement Maduro ?
Le régime vénézuélien est considéré comme antiaméricain et sous influence de la Chine dans une région qui est regardée comme le pré carré des Américains, en vertu de la fameuse doctrine Monroe 2.0. Et Maduro est à la tête de ce régime. Il y a aussi l'enjeu du pétrole qui est loin d'être négligeable et pour lequel il y aurait actuellement des négociations assez secrètes qui seraient en cours. Le pays dispose de réserves énormes mais l'exploitation de cette richesse est très mal gérée. Depuis 20 ans, tout le secteur a été sous-investi. Il faut se rendre compte qu'avec ce potentiel bien exploité, le Venezuela devrait être l'un des pays les plus riches au monde. Clairement, les Américains sont intéressés pour avoir accès à du pétrole pas trop cher. En plus, ils ont les raffineries capables de traiter ce pétrole vénézuélien.
Y a-t-il aussi des velléités américaines de se débarrasser de la présidente mexicaine Claudia Sheinbaum ?
Non. Malgré la rhétorique guerrière de Trump. Le problème ici, c'est vraiment la question des cartels que le Mexique ne parvient pas à gérer et l'immigration. Comme d'habitude, le tout est amalgamé, et on fait de tous les migrants mexicains des narcotrafiquants.
Les menaces proférées par Donald Trump à l'égard de Nicolas Maduro peuvent-elles porter leurs fruits ? Peut-on envisager un changement de régime sans passer par une action militaire ?
C'est tout le danger de ce qu'on appelle la diplomatie coercitive. C'est une notion que je connais bien pour l'avoir beaucoup étudiée. Il s'agit d'utiliser la menace pour obtenir un changement de comportement. Mais il faut être sûr de sa politique. Si Maduro ne cède pas aux menaces, il faudra lever une des deux options : faire un pas en arrière ou frapper.
Le déploiement militaire américain actuel dans les Caraïbes peut-il permettre d'envahir le Venezuela ?
Non. Je pense aussi qu'une intervention américaine au Venezuela serait très difficile à vendre aux MAGA qui sont généralement isolationnistes. Si des soldats américains devaient tomber dans une telle opération, ce serait une crise majeure dans le camp Trump.
À quoi faut-il s'attendre si Maduro ne cède pas ou ne fait pas une courbe rentrante ?
Je pense à des frappes ciblées, dans l'esprit de ce qu'on a vécu dernièrement en Iran. On pourrait imaginer des attaques sur des routes utilisées par les narcotrafiquants.
Cette menace ne risque-t-elle pas de renforcer la position de Maduro ?
La diplomatie coercitive est très difficile à mettre en place. On dépend toujours de la réaction de celui qui est en face. Il faut donc bien maîtriser tous les paramètres si on se lance dans ce type d'opération. Pour le cas présent, au Venezuela, même si le pays est très divisé, il peut en effet y avoir un réflexe nationaliste. Même si on n'aime pas Maduro, on peut être tenté de se ranger derrière lui face à la menace américaine. D'autant que Washington n'a pas une image irréprochable dans le pays.
Une marche arrière semble compliquée tant pour Trump que pour Maduro, est-on dès lors condamné à la guerre ?
Il reste des portes de sortie diplomatiques. Les ponts ne sont pas coupés. On voit pas mal de diplomatie secrète. Tout espoir n'est pas perdu.
Qui négocie ? Les diplomates professionnels semblent tenus à l'écart par l'Administration Trump…
En effet, sous Trump, le Département d'État est mis sur le côté pour les grandes négociations. L'utilisation d'envoyés spéciaux en cas de crise est assez habituelle aux États-Unis. Ce qui est assez nouveau, c'est, qu'auparavant, on faisait appel à des ex-diplomates. Sous Trump, ce sont généralement des hommes issus du monde de l'économie. Ils ont un avantage : ils savent négocier. Ils ne s'encombrent pas, comme le font les diplomates, de l'histoire ou des enjeux du pays ou de la région. Jusqu'ici, les résultats sont limités. Mais il faut du temps pour mener des négociations. C'est à la fin du mandat de Trump qu'on pourra vraiment juger.