Les grands travaux de Donald Trump
La diplomatie pour les nuls.

- Publié le 04-02-2026 à 06h38

Les voyages ne forment pas que la jeunesse, ils inspirent aussi les plus âgés. Donald Trump avait été très impressionné, au début de son premier mandat, en 2017, par sa visite à Paris, quand Emmanuel Macron avait fait de lui l'invité d'honneur des célébrations du 14 Juillet. Il avait tellement goûté le défilé militaire qu'il n'eut de cesse d'en organiser un lui aussi. Mais il avait visiblement beaucoup aimé l'Arc de triomphe également puisqu'il a l'intention d'en ériger un à Washington. Le modèle sera le monument parisien, mais "en beaucoup plus grand", parce que, a expliqué le Président, "nous sommes la plus grande puissance". Aux quelque 50 mètres de hauteur de l'édifice achevé en 1836 sous Louis-Philippe, il veut opposer une structure de 76 mètres de haut – deux fois plus déjà que ce que le projet initial prévoyait.
Toutes les grandes capitales ont leur arc de triomphe, a fait valoir Donald Trump pour se justifier. C'est vrai. Même Pyongyang en a un, copié lui aussi sur Paris, et les dirigeants nord-coréens n'en sont pas peu fiers. Sa découverte fut pour nous le moment peut-être le plus extravagant de toute notre carrière. Une guide officielle nous expliqua en détail la symbolique du monument, associé à l'existence trépidante du "grand leader" Kim Il-sung. Puis elle s'empressa de vérifier si nous avions bien tout compris et tout retenu, en nous posant dix mille questions – auxquelles il valait mieux (bien) répondre.
L'arc que Trump veut élever, pour marquer le 250e anniversaire des États-Unis, serait situé près du Potomac, sur l'avenue qui va du Lincoln Memorial au cimetière national d'Arlington. C'est ce qui fait polémique car, par ses dimensions, il modifierait radicalement les perspectives et l'atmosphère du lieu. Tout le monde n'est pas non plus emballé par l'idée de placer au sommet une énorme réplique de la statue de la Liberté. Donald Trump fait pourtant preuve de modestie. Dans le genre, feu le président du Turkménistan Saparmyrat Nyazov avait préféré, pour sa part, une gigantesque statue de lui-même en pied, couverte d'or, et pivotant pour toujours faire face au soleil.
L'affaire n'est pas gagnée et le Congrès devra sans doute se prononcer. Pour patienter, le Président souhaite refaire de fond en comble l'ex-Kennedy Center, rebaptisé comme l'on sait Trump-Kennedy Center, à Washington. Il n'entend pas raser l'iconique salle de spectacle, a-t-il précisé, mais seulement détruire ce qu'il faut pour en "récupérer" (sic) l'acier et le marbre. À ceux qui saluent une rénovation bienvenue, voire indispensable, les opposants au chantier, qui entraînera deux ans de fermeture catastrophiques, répondent qu'il s'agit d'une manœuvre de diversion pour faire oublier les artistes qui boycottent l'institution depuis que Donald Trump s'en est arrogé la direction.
C'est faire peu de cas, nous semble-t-il, d'une ambition résolument en phase avec son temps. Le Président n'a-t-il pas ordonné la construction d'une immense salle de bal appelée à remplacer le Bureau ovale comme centre de gravité de la Maison-Blanche ?