Donald Trump prêt à tout pour ne pas perdre les élections de mi-mandat
Redécoupage des circonscriptions, révision des listes électorales, dénonciation du vote par correspondance, condamnation des machines à voter, mesures d'intimidation, discours complotiste… Le Président est prêt à tout pour conserver sa majorité au Congrès en novembre.

- Publié le 07-02-2026 à 21h06
- Mis à jour le 07-02-2026 à 21h24

Donald Trump redoute le résultat des élections législatives de la mi-mandat. Comme tous les présidents en exercice, il sait que ce scrutin s'apparente le plus souvent à un vote sanction. Il craint d'autant plus de se retrouver sans majorité parlementaire au lendemain du 3 novembre prochain que le contrôle des Républicains sur le Congrès est ténu : le basculement de seulement quatre sièges à la Chambre des représentants comme au Sénat suffirait pour y inverser le rapport de force.
Pour Donald Trump, il ne s'agirait pas uniquement d'un revers politique, qui compliquerait, voire paralyserait la seconde moitié de son mandat. Ce serait surtout une humiliation personnelle, parce qu'il est inconcevable, à ses yeux, que "le plus grand président de l'histoire américaine" soit battu – c'est déjà la raison pour laquelle il n'a jamais pu admettre sa défaite face à Joe Biden en 2020 et n'a cessé de dénoncer des fraudes qui l'auraient privé de son "évidente victoire". À cela s'ajouterait le risque, réel selon lui, de voir les Démocrates tenter une nouvelle fois de le destituer.
De Charybde en Scylla
Toujours est-il que, pour contrer la menace d'une déroute électorale, qu'aussi bien les sondages que les récentes élections partielles paraissent annoncer, le Président ne tente pas de regagner les faveurs de ses compatriotes – il est vrai que, de ses velléités d'annexer le Groenland aux dérapages de sa politique anti-immigration au Minnesota, il va de Charybde en Scylla. Il cherche plutôt à peser sur l'issue du scrutin en tentant d'en changer l'organisation, non sans prévenir d'ores et déjà que, si son parti devait perdre malgré tout, cela signifierait que les Démocrates ont, une fois de plus, triché.
Que Donald Trump crie à la fraude avant même que le vote ait eu lieu n'est pas inquiétant en soi – il l'avait déjà fait dans les mois qui ont précédé l'élection présidentielle de 2020. Ce qui l'est, en revanche, c'est qu'il est aujourd'hui en bien meilleure position pour imposer sa "vérité alternative". Il n'est plus un candidat battu, mais le Président, et il a installé aux commandes de tous les rouages de la machine politique, du ministère de la Justice au FBI et à la Sécurité intérieure, des gens qui non seulement sont voués à sa cause (et lui doivent tout), mais qui souscrivent également sans réserve au mythe de "l'élection volée" en 2020 – ce fut au demeurant une condition de leur recrutement.
Nationaliser les élections
Dans un entretien accordé lundi dernier à Don Bongino, l'ex-directeur adjoint du FBI qui se verrait bien en "podfather" du mouvement Maga (Make America Great Again) avec le "show" conservateur qu'il anime en ligne, Donald Trump n'a pas fait mystère de son souhait le plus cher. Les Républicains, a-t-il confié, devraient "prendre le contrôle du vote dans au moins une quinzaine d'endroits" – sous-entendu les "swing states" où l'issue du scrutin est traditionnellement incertaine, ou, si l'on préfère, selon l'analyse qu'en fait le Président, ces États "si corrompus" qu'ils prétendent que "je n'ai pas gagné quand j'ai gagné". Pour y parvenir, "les Républicains devraient nationaliser le vote".
Ce faisant, Donald Trump voudrait remettre en cause les dispositions de la Constitution américaine qui, dans son tout premier article, investit les États de la responsabilité exclusive d'organiser les élections, en ménageant seulement la possibilité pour le Congrès d'apporter des modifications par voie législative.
Il ne serait, certes, pas absurde d'uniformiser les procédures, au moins pour les scrutins nationaux, alors que l'élection du président, des députés et des sénateurs obéit à des modalités différentes selon les États. Ceux-ci sont, cependant, jaloux de leurs prérogatives et c'est précisément pour éviter l'intrusion excessive du pouvoir fédéral dans l'exercice démocratique que la Constitution a institué ce garde-fou.
Le spectre du président Newsom
Les Républicains ne sont eux-mêmes guère enthousiastes à l'idée d'un pouvoir exécutif qui aurait la haute main sur le processus électoral. "La dernière chose que j'ai envie de faire, c'est de permettre au président Newsom d'établir la loi électorale par décret exécutif", ne craint pas de déclarer Trey Grayson, l'ancien secrétaire d'État républicain du Kentucky, en imaginant l'avenir à plus long terme avec, par exemple, l'actuel gouverneur démocrate de la Californie, Gavin Newsom, à la Maison-Blanche.
Paradoxalement, Donald Trump s'était fait jusqu'ici le champion du pouvoir renforcé des États. C'est ainsi qu'il avait justifié sa position sur l'avortement et la révocation de l'arrêt de la Cour suprême qui en garantissait le droit au niveau national, considérant qu'il appartenait aux États, et à eux seuls, d'autoriser ou non l'IVG. Aussi se peut-il qu'il n'envisage pas plus sérieusement une réforme constitutionnelle qu'il n'évoque l'inutilité des élections, alors que "nous faisons tout ce que les Américains attendent et devrions peut-être tout simplement continuer sur notre lancée".
Une bonne blague
"Le Président parlait sur le ton de la plaisanterie", a dédramatisé sa porte-parole, Karoline Leavitt. Il n'empêche que Donald Trump multiplie les initiatives pour s'assurer une mainmise sur le vote, tant pour les midterms de novembre que dans la perspective de la présidentielle en 2028. Il s'agit essentiellement, pour lui, de contrôler qui vote et comment.
Depuis l'été dernier, le Président a exhorté les Républicains, dans les États où ils ont la majorité, à y redessiner la carte électorale pour créer plus de circonscriptions homogènes de manière à consolider ou accroître leur avantage. La pratique, appelée "gerrymandering", est habituelle, mais pas entre deux recensements démographiques décennaux (le prochain est prévu en 2030). Le redécoupage devrait faire gagner cinq sièges aux Républicains au Texas, mais les Démocrates leur ont rendu la pareille en Californie pour un gain identique. La Cour suprême a validé l'un et l'autre tripatouillage, alors que des efforts similaires sont menés par les deux partis dans une dizaine d'États, avec des recours en justice à la clé.
Triple victoire dans le Minnesota
La Maison-Blanche a également exigé d'une quarantaine d'États qu'ils lui remettent leurs listes électorales, officiellement pour s'assurer que n'y votent que ceux qui en ont le droit. Certains se sont exécutés, mais la plupart ont jusqu'ici refusé. Parmi eux, le Minnesota, sur lequel Donald Trump semble faire une fixation – il aime répéter qu'il a remporté cet État du Midwest "les trois fois", alors qu'il a systématiquement perdu, de peu en 2016, mais plus largement en 2020 et 2024.
Le retrait de la police de l'immigration (ICE), responsable de la mort de deux citoyens américains, aurait été conditionné à la remise de ces listes par les autorités du Minnesota, au nom d'une logique qui voudrait qu'à leurs nombreux méfaits, les clandestins ajouteraient une participation abusive aux élections. Les enquêtes ont montré que de telles fraudes sont minimes et ne sauraient en aucun cas déterminer l'issue d'un scrutin, même dans les swing states.
Des théories complotistes assurent, au contraire, que ce sont les millions d'électeurs inscrits illégalement qui expliquent les victoires démocrates. Il est vrai que, d'un point de vue européen, fournir une preuve de sa citoyenneté semble une exigence raisonnable pour pouvoir voter. Donald Trump la réclame non sans raison, mais le fait est que les Républicains au Congrès n'ont rien fait en ce sens.
Ce damné vote par correspondance…
Le Président est, par ailleurs, contrarié par certaines modalités du vote. Après l'avoir fustigé en 2016 et 2020, puis encouragé en 2024, il est de nouveau hostile au vote par correspondance, qui serait davantage propice aux fraudes, à l'en croire. Dans un monde où de plus en plus d'activités se font à distance, du télétravail aux achats en ligne, cette croisade a peu de chances de convaincre.
Le vote par correspondance (et plus largement le vote anticipé) a connu, ces dernières années, une croissance exponentielle, y compris auprès des électeurs républicains, en particulier les plus âgés qui sont aussi les plus engagés. Y renoncer est d'autant moins vraisemblable que, dans près d'une dizaine d'États, le vote se fait principalement par correspondance.
… et ces foutues machines à voter
Donald Trump aimerait aussi se débarrasser des fameuses machines à voter, dont le monde a découvert les performances aléatoires en Floride lors de la mémorable élection présidentielle de l'an 2000. Elles sont, a-t-il dit sans craindre le pléonasme, "un désastre total et complet". Il les a accusées d'être piratées tantôt par les Démocrates tantôt par des puissances ennemies (il avait incriminé jadis le Venezuela…).
Cependant, les répudier pour, dans l'immédiat, en revenir au bon vieux bulletin de vote, entraînerait l'engagement de dizaines de milliers de personnes pour le dépouillement, lequel risquerait de s'éterniser. La volonté du camp Maga de recompter manuellement les suffrages de 2020 en Arizona, où Trump avait contre toute attente été battu, en a donné un aperçu rocambolesque.
Enfin, il reste l'intimidation. Le Président pourrait déployer des troupes fédérales (l'ICE ou la Garde nationale) sous prétexte de garantir l'intégrité du scrutin. Il a donné un avant-goût de ces méthodes musclées en ordonnant récemment une descente du FBI sur le comté de Fulton, en Géorgie, pour saisir les archives électorales de 2020 – là où il avait vainement cherché à infléchir les résultats qui lui étaient défavorables. À la stupéfaction générale, la directrice du Renseignement national, Tulsi Gabbard, était de la partie, alors que les élections n'entrent pas dans ses attributions. Les motifs de cette opération sont, à tout le moins, curieux.
La disgrâce de l'ange exterminateur
Donald Trump a montré combien il aimait jouer de la carotte et du bâton, graciant ceux qui l'avaient défendu dans la fable de l'élection volée (des émeutiers du Capitole à Rudy Giuliani, l'ex-maire de New York qui fut son avocat), mais pourchassant impitoyablement ses ennemis politiques. Celui qui était à la manœuvre dans cette campagne punitive, au ministère de la Justice, Ed Martin, vient d'en être discrètement écarté. Peut-être cet ange exterminateur paie-t-il le prix du fiasco des poursuites vainement intentées contre l'ancien patron du FBI James Comey, la procureure de New York Letitia James, et le sénateur démocrate Adam Schiff.
La sanction sonne aussi comme un avertissement, donnant à penser que le Président ne tolérera aucun revers pour son parti et pour lui-même dans un scrutin législatif qui, dès lors, devra être remporté, ou discrédité.