"Tous dehors", les cardinaux entrent en conclave
Dès ce mercredi, enfermés dans le Vatican, ils participeront à l'élection du futur Pape qui s'annonce plus incertaine que jamais.

- Publié le 06-05-2025 à 18h28

Le mobilier est sobre et classique. Un lit et un fauteuil dans une pièce, un bureau et une petite armoire dans l'autre, une salle de bains dans une troisième. Tels sont les studios que les 133 cardinaux électeurs du conclave ont investi dans la résidence Sainte-Marthe où ils logeront d'ici la fumée blanche qui annoncera l'élection d'un nouveau pape.
Après deux semaines de discussions ouvertes, ces cardinaux entreront en effet ce mercredi dans la chapelle Sixtine pour voter, et s'installeront dans cette résidence Sainte-Marthe, située dans l'État du Vatican, pour manger, se reposer (la sieste est garantie), célébrer la messe et, bien entendu, débattre de l'évolution des suffrages.
Les jours qui s'ouvrent seront donc pour eux ceux de la prière (pour mûrir leur vote) et du silence avec le vaste monde, alors que des milliers de journalistes sont amassés sur la place Saint-Pierre. Privés de téléphones, de journaux, d'ordinateur, de radios… les cardinaux seront effectivement isolés de tout pour éviter les tentatives d'ingérence sur l'élection, selon une tradition remontant au XIIIe siècle. Le Vatican a même annoncé qu'il couperait le réseau téléphonique à l'intérieur de la petite cité-État jusqu'à l'élection, et que les médecins, prêtres, chauffeurs, cuisiniers, personnel de sécurité (gardes suisses) et de nettoyage qui entoureront les cardinaux sont également tenues au secret et ont prêté serment.
Dès lors, ces cardinaux informeront le monde de l'avancée de leurs travaux en brûlant leurs bulletins de vote pour produire de la fumée – noire en l'absence de choix, blanche en cas d'élection. Ce cérémonial de la fumée qui s'échappe des toits de la chapelle Sixtine se déroulera deux fois par jour. La première fois en fin de matinée (après les deux scrutins du matin), la deuxième fois en fin de journée (après les deux de l'après-midi).
Extra omnes
Très concrètement, ce mercredi, les cardinaux assisteront à la messe "Pro eligendo pontefice" ("pour l'élection du pontife romain") à 10h, puis entreront pour un premier scrutin l'après-midi, au sein de la chapelle Sixtine. Ils y arriveront en procession, chantant le "Veni Creator" pour implorer l'Esprit saint de les éclairer dans leur choix, et en récitant la litanie des saints qui permet d'invoquer spirituellement la prière de l'ensemble de l'Église. Chacun prêtera serment sur les Évangiles, promettant de respecter les règles du conclave. Le maître des célébrations prononcera enfin l'extra omnes ("dehors tous"), demandant à tous les non-électeurs de quitter les lieux. Les portes de la chapelle Sixtine se fermeront alors sur les cardinaux. Sauf immense surprise, la fumée sera noire ce mercredi soir.
Une issue incertaine
Les jeux sont en effet très ouverts. Les discussions du "pré-conclave" ont abordé un large éventail de sujets, des finances du Vatican au scandale des violences sexuelles, en passant par l'unité de l'Église et le profil du prochain pape. De plus, avec 133 cardinaux électeurs – un record – originaires de quelque 70 pays des cinq continents, ce conclave est le plus grand et le plus international jamais organisé, rendant son issue plus incertaine que jamais. "Il y a divers profils, de nombreuses personnalités qui peuvent être élues. Au moins cinq ou six, je dirais", a affirmé au Corriere della Sera l'archevêque d'Alger, Jean-Paul Vesco. Pour l'heure, "il n'y a personne qui 'écrase' les autres, quelqu'un dont on pourrait penser : ce sera lui", a-t-il ajouté. Les pronostics annoncent néanmoins une fumée blanche d'ici la fin de la semaine.