Que fait le Pape dans les minutes qui suivent son élection ?
Dans le secret de la Sixtine, de premiers gestes très précis inaugurent sa nouvelle vie.

- Publié le 08-05-2025 à 18h12
- Mis à jour le 08-05-2025 à 20h01

Une sonnette retentit, tous les regards se tournent vers l'élu, et une salve d'applaudissements résonne dans la Sixtine. Ca y est : un cardinal a rassemblé les deux tiers des suffrages et est élu.
Pape pour autant, il ne l'est pas encore tout à fait. S'approche vers lui le doyen des cardinaux ou son remplaçant pour lui poser, en latin, la question qui sera fatidique : "Acceptas ne electionem de te canonice factam in Summum Pontificem ?" ("Acceptes-tu ton élection canonique comme souverain pontife"). "Accepto !" doit répondre distinctement l'élu. Alors seulement est franchi le Rubicon : cet homme "devient pape et le pontificat commence à ce moment précis", souligne Christophe Dickès dans le Dictionnaire du Vatican et du Saint-Siège (Robert Laffont).
"Quomodo vis vocari ?"
À cet instant précis, sur la place Saint-Pierre, personne ne sait rien de ce qui se joue. Pas davantage que les 6 000 journalistes, issus de 90 pays, accrédités cette année pour suivre le conclave. La fumée blanche ne s'est pas encore élevée dans le ciel et, sous les fresques de la Sixtine, une deuxième question est adressée au jeune pape : "Quomodo vis vocari ?" ("Comment veux-tu être appelé ?").
Cette tradition du choix d'un nom spécifique pour le pontificat n'est pas de tout temps. Les historiens divergent d'ailleurs au sujet de son origine. Certains la font remonter au VIe siècle. À son élection en 533, Mercure aurait été le premier à abandonner le sien, celui du dieu romain (et surtout païen) du commerce, pour celui plus approprié de Jean, l'un des apôtres du Christ. Christophe Dickès évoque plutôt une tradition établie dès 995 avec le pape Octavien qui prit le nom de Jean XII afin de signifier son souhait de s'inscrire dans la continuité de ses prédécesseurs. Quoi qu'il en soit, au fil des siècles, le choix du nom est souvent devenu le premier acte symbolique annonçant la tonalité du pontificat. Ainsi en 2013, Jorge Bergoglio créa la surprise en étant le premier à se faire appeler François, en hommage au défenseur des pauvres du XIIIe siècle qu'était François d'Assise. Le choix du nom du prochain Pape sera donc rapidement décortiqué et analysé dans la presse.
La chambre des larmes
Le jeune pontife se lève alors et rejoint à l'angle de la chapelle Sixtine une petite sacristie surnommée pour l'occasion "la chambre des larmes" : c'est là, certainement saisi par l'émotion, qu'il revêt pour la première fois sa soutane blanche. Le pape reçoit alors l'obédience des cardinaux et lui est lu l'Évangile de Matthieu qui relate la profession de foi de l'apôtre Pierre, premier pape.
Sur la place Saint-Pierre, la foule est fébrile : elle a vu s'élever la fumée blanche du toit de la Sixtine, et entendu le bourdon de la basilique Saint-Pierre confirmant une élection. De partout, les Romains accourent pour découvrir la tête de leur nouvel évêque. Pour autant, cette foule ne connaît pas encore le nom de l'élu. Ce n'est qu'une question de minutes. Alors que s'avancent au pied de la basilique la garde suisse et une fanfare qui s'apprêtent à rendre les honneurs au nouveau pape, le cardinal "protodiacre" (c'est-à-dire le doyen d'ancienneté de l'ordre des cardinaux-diacres – le français Mamberti cette année) s'avance et annonce "une grande joie" : "nous avons un pape". Celui-ci est le cardinal untel, précise-t-il, toujours en latin. Et portera pour nom de règne…
Le minibus de François
Sur le balcon de la basilique, un "porte-croix" s'avance, suivi par le nouveau pape auquel il laisse la place pour qu'il prononce une première bénédiction urbi et orbi, "à la ville et au monde". Un bref discours est alors prononcé. On se souvient des premiers mots du pape François demandant à la foule, dans un geste inédit, de prier pour lui.
Après la bénédiction, ajoute Christophe Dickès, les cardinaux se retrouvent pour dîner avec le nouveau pape. Il a longtemps été de tradition que le domestique apporte une bouteille de champagne, que le nouveau pape en boive une coupe et que le reste soit emporté par le domestique à sa convenance." On se souvient aussi en 2013 que le jeune pape François, encore dans un geste inédit, reprit le minibus avec les autres cardinaux pour retourner à la Résidence Sainte-Marthe dans laquelle ils logent tous à l'occasion du conclave. Le Pape y élira d'ailleurs son domicile et y restera tout au long de son pontificat.