Comment endiguer le réchauffement climatique par la migration assistée des arbres ?"Des réponses trop simples à un problème complexe"
Marc Bussers, directeur de Forêt et Nature, émet "une série de signaux d'alerte" sur les projets de migration assistée.
- Publié le 01-09-2024 à 08h07
- Mis à jour le 01-09-2024 à 10h01

Aider les arbres à migrer plus vite que le réchauffement climatique, oui. Mais pas n'importe comment. S'il soutient le projet Trees For Future, Marc Bussers, directeur de l'association Forêt et Nature invite à la prudence face aux risques. "Mener des recherches sur la migration est intéressant. Mais on a toute une série de signaux d'alerte sur ces projets. La question de l'avenir forestier ne peut pas se résumer à 'quelle essence planter pour s'assurer d'avoir toujours un couvert forestier'", estime-t-il.
"Le problème de ce genre de recherches, c'est qu'on va vite avoir tendance à affirmer que telle essence fonctionne et telle autre ne fonctionne pas, alors que ce sont des réponses beaucoup trop simples à un problème complexe", précise Marc Bussers.
Selon le directeur de cette ASBL, il faut aussi se garder de "tout effet d'annonce trop rapide". "Si un hêtre originaire de Provence va a priori être capable de résister aux sécheresses qu'on peut connaître en Wallonie, peut-on affirmer qu'il va résister aux gelées précoces et tardives qui ont tendance à s'accentuer et qui sont beaucoup moins fréquentes en Provence ? De plus, cette année, on rencontre le phénomène contraire : un trop-plein d'eau. Et il n'est pas dit que ces hêtres habitués à la sécheresse puissent survivre à un tel surplus d'eau. Ces questions sont infiniment complexes. Il faut bien évidemment faire des expériences et nous sommes supporters d'essais les plus cadrés possibles mais il faut rester prudent", juge notre interlocuteur.
Le danger des bactéries
Le directeur de Forêt et Nature s'inquiète par ailleurs des répercussions possibles liées à l'importation de nouvelles bactéries via les arbres. "N'importe quelle essence est toujours rattachée à un cortège de bactéries. On ne sait pas toujours quelles interactions ces bactéries vont avoir avec l'écosystème. Une bactérie, ce n'est pas toujours négatif, mais cela peut l'être. Une bactérie peut aussi ne pas être négative pour une essence et très dangereuse pour une autre… Donc oui, il faut aller plus vite que la migration naturelle, mais ce n'est pas une raison pour partir la fleur au fusil. L'homme est-il capable de se maîtriser pour faire les choses le mieux possible sans se précipiter ? Je n'ai pas la réponse."
