Vers un hiver froid en Belgique ? "Ce phénomène augmente la probabilité d'hivers extrêmes"
Après deux ans de calme, le phénomène climatique La Niña refait surface dans le Pacifique. Son retour pourrait influencer les conditions météorologiques de l'hiver 2025 – 2026.
- Publié le 16-10-2025 à 16h29
- Mis à jour le 16-10-2025 à 16h36

Après deux années de conditions neutres dans le Pacifique, le grand bal climatique mondial semble de nouveau s'animer. Selon les principaux centres de prévision, La Niña, cette phase froide du cycle océan-atmosphérique, est en train de reprendre le dessus. Les premières anomalies de température observées dans les eaux équatoriales du Pacifique laissent penser que le phénomène pourrait s'installer d'ici à la fin de l'automne et influencer la météo mondiale tout au long de l'hiver 2025 – 2026.
Un moteur climatique global
El Niño et La Niña fonctionnent comme deux visages opposés d'un même mécanisme. Quand El Niño réchauffe les eaux de surface et déplace les pluies vers l'est (le dernier épisode remonte à l'hiver 2023-2024), La Niña agit à l'inverse : les vents soufflant des tropiques vers l'équateur se renforcent, les eaux froides remontent vers les côtes sud-américaines, et une vaste chaîne de réactions s'enclenche dans l'atmosphère.
"On observe en ce moment une anomalie froide à la surface du Pacifique Sud, explique Xavier Fettweis, climatologue à l'université de Liège. La Niña, c'est simplement un renforcement de la circulation atmosphérique normale : les vents d'est qui soufflent de l'Amérique du Sud vers l'Australie deviennent plus forts, ce qui favorise la remontée d'eaux froides au large du Pérou et du Chili."
Ce phénomène, bien que centré sur le Pacifique, influence la météo à l'échelle mondiale. Lors d'un épisode La Niña, les précipitations s'intensifient sur l'Indonésie et l'Océanie, tandis que l'ouest de l'Amérique du Sud et certaines zones d'Afrique australe connaissent davantage de sécheresse. "Les conséquences sont nombreuses, mais c'est surtout autour du Pacifique que l'impact est le plus fort, précise pour sa part Pascal Mormal, météorologue à l'Institut royal météorologique (IRM). Pour cette année, on s'attend à un épisode modéré, pas extrême comme certains passés."
Un effet diffus sur l'Europe
En Europe, les effets de La Niña sont cependant beaucoup plus indirects. Le phénomène agirait à distance, en influençant la dynamique du jet-stream, ce ruban de vents rapides qui circule horizontalement à une dizaine de kilomètres d'altitude au-dessus du cercle polaire.

"Quand La Niña ralentit la circulation atmosphérique, le jet-stream se met à onduler, explique Xavier Fettweis. Et quand il ondule, il peut créer des descentes d'air polaire vers l'Europe ou, au contraire, des remontées d'air chaud. Cela augmente la probabilité d'hivers extrêmes : soit très froids, soit très doux."
Cette hypothèse ne fait cependant pas l'unanimité. Pour Sébastien Doutreloup, climatologue à l'Université de Liège, "aucun lien solide n'a jamais été démontré entre La Niña et le jet-stream de l'hémisphère Nord". Selon lui, la Niña influence bien le jet-stream… mais uniquement celui de l'hémisphère Sud.
"Il existe bien des études qui suggèrent une corrélation de 55 ou 60 %, mais cela revient à jouer à pile ou face, juge-t-il. En réalité, on ne dispose d'aucune preuve robuste que les phénomènes du Pacifique Sud puissent influencer directement notre météo en Europe."
Selon Sébastien Doutreloup, l'impact de La Niña se limite donc essentiellement à l'hémisphère Sud, "où les différences thermiques entre eaux chaudes et eaux froides modifient effectivement le jet-stream".
"Dans l'hémisphère Nord, les hivers européens sont davantage façonnés par d'autres phénomènes : la configuration du jet-stream au-dessus de l'Atlantique, l'enneigement de la Sibérie ou encore le comportement du vortex polaire (NdlR, ce gigantesque tourbillon de vents situé à plus de 30 kilomètres d'altitude autour du pôle Nord)", précise-t-il.
Des indices convergents… mais sans certitude
"Pour le moment, tous les signaux suggèrent des incursions d'air froid vers l'Europe, observe néanmoins Xavier Fettweis. Mais la prudence s'impose dans tous les cas. "Ce n'est pas parce qu'on observe La Niña qu'on aura forcément un hiver glacial, insiste-t-il. L'atmosphère reste imprévisible : un simple changement de circulation peut tout inverser en quelques semaines."
Sébastien Doutreloup abonde dans ce sens : "Même avec les modèles climatiques les plus sophistiqués, les prévisions saisonnières au-delà de trois semaines restent très incertaines. Pour le moment, on peut voir se dessiner de grandes tendances, mais impossible à l'heure actuelle de définir des scénarios précis."
Un refroidissement trompeur
La Niña a beau avoir tendance à rafraîchir légèrement le climat global, elle ne remet nullement en cause le processus global de réchauffement climatique. "Les années La Niña récentes figurent quand même dans le top 10 des années les plus chaudes, rappelle Pascal Mormal. Le réchauffement planétaire est aujourd'hui si marqué que l'effet 'rafraîchissant' de La Niña est devenu marginal. Ou peut-être que les températures auraient été encore plus élevées s'il n'y avait pas eu La Niña."
Xavier Fettweis renchérit : "C'est d'ailleurs assez paradoxal : le réchauffement climatique ralentit le jet-stream, ce qui peut favoriser les descentes d'air froid. Résultat : un hiver plus froid. Cela ne contredit pas le réchauffement global, au contraire c'en est l'une des nombreuses manifestations locales."