Avec la multiplication des greffes d'utérus, les femmes transgenres pourraient-elles aussi en bénéficier ?
Le comité d'éthique de la Société internationale des transplantations utérines s'est récemment penché sur la question dans ses recommandations. Dans la communauté scientifique, le débat est vif.

- Publié le 21-03-2026 à 19h00

Alors que les transplantations utérines se multiplient dans le monde avec succès et que cette option expérimentale devient petit à petit un traitement standard, surgit un nouveau questionnement : les femmes transgenres (nées hommes mais ayant transitionné vers le genre féminin) pourraient-elles, elles aussi, bénéficier de telles greffes et donc donner la vie ?
Pour le Pr Jean-Marc Ayoubi, auteur de la première greffe d'utérus en France, cela serait en effet techniquement possible, bien qu'il se montre très défavorable à l'idée. "Sur le plan technique chirurgical, ce n'est pas difficile, affirme-t-il. Il suffit de brancher l'artère et la veine et ça marche… Sur le plan théorique, la personne pourrait également avoir un bébé. Car un bébé a besoin d'un utérus et que celui-ci soit irrigué et fonctionnel. Mais je n'ai pas fait 15 ans de recherche avec 20 chercheurs pour mener une telle transplantation."
À ses yeux, l'ensemble de la procédure de transplantation d'un utérus chez une femme transgenre serait en effet "artificiel, au sens large du terme". "Il n'y aurait rien de naturel. D'abord, la personne ne disposerait pas d'ovocytes (cellules ovariennes précurseurs de l'ovule, NdlR). Il faudrait donc lui procurer les ovocytes d'une donneuse, qu'il faudrait ensuite traiter hormonalement."
La personne greffée devrait aussi se voir administrer des hormones sexuelles féminines comme les œstrogènes et la progestérone qui agit aussi sur la muqueuse de l'utérus pour le préparer à recevoir un embryon, poursuit le gynécologue. "Or, lorsque j'ai transplanté chez la première femme greffée un utérus provenant de sa mère, il s'agissait d'un utérus ménopausé. Ce qui signifie qu'il ne contenait plus d'endomètre. Lorsqu'on a posé l'utérus dans son environnement hormonal normal, chez cette femme, au bout d'une semaine, l'endomètre a poussé sans aucun traitement hormonal. Et cette femme a eu ses premières règles – les premières de sa vie ! – 25 jours après. Elle a ensuite connu un cycle normal pendant un an. On peut donc toujours aller dans l'artificiel. Mais commençons par faire face au défaut de la nature et essayer de le corriger avant d'aller faire des choses qui sont techniquement possibles. Je peux être critiqué pour cette position, mais je ne ferai pas de recherche pour aller dans ce sens-là."
"Vifs débats" et non-discrimination
Actuellement, les critères de Montréal, établis en 2013, qui régissent internationalement la transplantation utérine, exigent à ce stade que les receveuses soient "génétiquement des femmes". Mais la communauté scientifique est divisée. Ainsi, le comité d'éthique de la Société internationale de la greffe d'utérus vient-il de publier ses nouvelles recommandations. Le comité, regroupant des médecins pratiquant ces greffes, indique qu'à ce jour, la transplantation utérine "n'a été pratiquée que chez des femmes cisgenres mais son application aux femmes transgenres fait l'objet de vifs débats".
Via diverses études, "on sait qu'au moins certaines femmes transgenres désirent vivre une grossesse, un accouchement et la parentalité, et sont susceptibles de recourir à une transplantation utérine en utilisant leurs propres gamètes, des gamètes de donneuse ou des embryons de donneuse".
Pour ces scientifiques, des recherches supplémentaires et spécifiques sont néanmoins nécessaires afin d'établir la sécurité et la faisabilité de telles greffes chez les femmes transgenres. Mais si sécurité et faisabilité sont prouvées, les femmes transgenres pourraient être receveuses : "Les principes de non-discrimination justifient que les receveurs et les donneurs potentiels ne soient pas automatiquement exclus de la greffe d'utérus pour des raisons non médicales liées à l'identité de genre", conclut-il.