"C'est triste ce qui est arrivé au quartier que l'on surnommait la petite rue Neuve. La situation ne fait qu'empirer"
Rue Marie-Christine à Laeken, rares sont ceux à faire des soldes. Un constat : l'engouement commercial a disparu de cette "petite rue Neuve". Reportage.

- Publié le 24-01-2025 à 12h01
- Mis à jour le 24-01-2025 à 12h06

"Non, on ne met même pas d'affiche, les soldes ça ne fonctionne plus." Ouadie a le moral dans les chaussettes. Comme bien d'autres commerçants de la rue Marie-Christine. Dans cette artère, poumon commerçant de Laeken, les "-20 %, -30 %, -50 %" aux vitrines se font rares. "On ne peut pas solder quand on a encore toute la marchandise. Il reste trop", soupire ce marchand de vêtements, fustigeant "Zalando, qui a tué le commerce".

"Faire les soldes : ça change zéro", abonde Anis. Le commerçant a toutefois mis une pancarte. "Mais c'est surtout pour le moral." L'indépendant, qui déplore un "abandon" de Laeken de la part de la Ville au profit du centre-ville, constate un appauvrissement de la clientèle. "Les gens n'ont plus d'argent. Même pour des vêtements à 15 €, certains paient en plusieurs fois."

Même constat chez Mohamed, dans une boutique de téléphonie. "Dès le 15 du mois, on le voit, les gens se serrent la ceinture. Des gens viennent même vendre leur téléphone", raconte-t-il, pointant la responsabilité des grandes enseignes et du commerce en ligne. "On se spécialise donc dans ce qu'on ne peut pas trouver en ligne : les services, comme la réparation."

"Tout a fort changé"
Si le moral est aujourd'hui en berne rue Marie-Christine, cela n'a pas toujours été cas. Avec nostalgie, beaucoup regrettent le dynamisme commercial d'autrefois. "On l'appelait 'la petite rue Neuve'", sourit encore Wendy, fleuriste dont la boutique existe depuis les années 70. "Personnellement, je n'ai pas à me plaindre car j'ai ma clientèle qui vient pour moi. Mais tout a fort changé. Avant, les gens venaient le week-end ici faire les boutiques."

Derrière les comptoirs des boutiques, le manque de diversité commerciale de l'artère est pointé, à savoir une prolifération de petits commerces alimentaires. "Depuis 2000, le quartier a changé. Les anciens ont pris leur pension et ils ont été remplacés par des snacks, des fruits-et-légumes, des coiffeurs, des boulangeries… Que de l'alimentaire. Or avant, il y avait de tout et des commerces de luxe. Des vêtements, des meubles, trois cinémas", se souvient avec sourire Philippe de la torréfaction bien connue.
"Emblématique ? La rue ne l'est hélas plus", pointe à son tour Sumeyya, d'une boutique de vêtements. Elle évoque les disparitions des grandes enseignes comme Di, Planet Parfum et Bristol. "Cela ramenait du monde. Maintenant, il manque de diversité. C'est dommage car ce quartier a vraiment du potentiel, j'y crois."
Mais tout le monde n'a pas cet optimisme." C'est de pire en pire", soupire, sur le trottoir, Célia. "Pourtant, j'ai habité ici. Je venais me promener avec mon fils, tout le temps. C'était une merveille, un très beau quartier. Maintenant, je viens uniquement quand je dois déposer une lettre puis je pars aussitôt", déplore-t-elle. "C'est triste ce qui est arrivé à ce quartier."
De son côté, Wendy regrette "la mauvaise réputation" dont souffre la rue Marie-Christine, notamment en termes de sécurité. "J'ai grandi ici. Il n'y a pas plus de problème ici qu'ailleurs."
Une zone "prioritaire"
Contacté, le nouvel échevin bruxellois des Affaires économiques fait savoir que "le quartier Bockstael-Marie-Christine fait partie des zones prioritaires, de ces artères dont on s'est trop peu occupé". Didier Wauters (Les Engagés) évoque "une identité commerciale à redéfinir avec les habitants, commerçants et utilisateurs".
À cette heure, pas de mesures forte à annoncer : le collège échevinal vient d'être instauré et le premier budget est en cours de confection. "Mais on ne va pas se lancer dans des études de tous les côtés. On veut du résultat", promet le nouvel échevin.