Les partis francophones en front... et en pétard

Drôle d'époque pour les partis francophones... Soucieux d'éviter un discrédit général de l'opinion pour la classe politique, engagés à remettre sur leur métier l'ouvrage Wallonie-Bruxelles, attachés en toute méfiance à parler d'une seule voix au Nord, déjà focalisés sur la campagne électorale pour les régionales de 2009. Bref, à la fois alliés et rivaux comme jamais !

paul piret, vincent rocour
Les partis francophones en front... et en pétard
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analyse

Drôle d'époque pour les partis francophones... Soucieux d'éviter un discrédit général de l'opinion pour la classe politique, engagés à remettre sur leur métier l'ouvrage Wallonie-Bruxelles, attachés en toute méfiance à parler d'une seule voix au Nord, déjà focalisés sur la campagne électorale pour les régionales de 2009. Bref, à la fois alliés et rivaux comme jamais ! Chacun avec ses grandeurs et servitudes.

1 Le MR, éperdument rivé sur un leadership à confirmer, perçoit résolument la vie en bleu au travers des nébulosités. Dame, Didier Reynders pourrait endosser quelque fonction formatrice sur les cendres du nouvel échec d'Yves Leterme, voire davantage. De là vient que le grand homme reste accommodant samedi à l'aube puis prudent le reste du week-end; et que son parti affiche sans complexe ses relations de bon cousinage avec les VLD - à comparer avec les peaux de banane entre oranges...

L'expression du Mouvement n'est pourtant pas univoque. Quand les libéraux disent "oui-pourquoi-pas" à des possibilités pour les Régions d'octroyer des incitants fiscaux aux entreprises, les apparentés FDF répondent "non-ça-va-pas-la-tête" à une régionalisation de l'impôt sur les sociétés ! Rien à voir, avait pourtant prévenu, à tort ou à raison, le président du MR...

Évidemment, il faut distinguer les vraies divergences de la simple répartition de rôles. Reste que le MR doit, vers l'extérieur, prendre garde à ne pas laisser paraître dévorer les enjeux francophones par ses tactiques et ambitions; et, en interne, gérer Olivier Maingain. Ses relations avec son homologue du MCC tournent au pathologique (Gérard Deprez est "un homme du passé", assène-t-il dimanche, sur RTL-TVI); et il ne laissera pas, s'il en est, le label de la meilleure résistance francophone à Joëlle Milquet !

De rudes querelles à la St-Polycarpe avaient amené la fédération PRL-FDF à muter en un MR plus intégrateur. Si, à son tour, le Mouvement ne suffisait plus, qu'y a-t-il d'autre en magasin ?

2 Le PS, que l'on voyait dans les cordes au soir des élections du 10 juin, reprend, à l'instar du coureur de fond qui aurait fait un mauvais départ, du terrain dans la course vers le pouvoir. À cet égard, Elio Di Rupo - comme d'ailleurs la plupart des leaders liégeois du PS - a eu le nez fin lorsqu'il s'est refusé, à l'inverse du SP.A, à "condamner" tout de suite son parti à l'opposition. Il avait au moins une bonne raison de croire que son heure pourrait sonner à nouveau, malgré les anathèmes des libéraux : les 20 sièges détenus par les socialistes francophones à la Chambre sont pour ainsi dire indispensables à la conclusion d'une réforme de l'Etat. Plus le cartel CD & V/N-VA insistait sur son importance, plus les chances de voir le PS revenir dans le jeu se sont accrues. Reste à voir ce que feront ceux qui, dans le parti, estiment que seule l'opposition permettrait au PS de retrouver la santé électorale et le leadership en Wallonie. Les premières sorties de Laurette Onkelinx - qui incarne un peu cette ligne dure - après la démission d'Yves Leterme semblent indiquer un certain assouplissement. Et puis, si le PS devait monter au fédéral et laisser en bout de course le CDH à quai, comment évolueront les relations entre ces deux-là, associés, pour rappel, aux gouvernements wallon, bruxellois et de la Communauté française ? Une question qui glace les sangs au CDH...

3 Le CDH, précisément, souffle le chaud et le froid.

Le chaud : 1° une image de cohérence, ramassée dans le mi-flatteur et mi-caricatural "Madame Non" dont on affuble sa présidente Joëlle Milquet depuis les premiers quartiers blets de l'orange bleue; 2° une parure de résistance face à tous les méchants qui voudraient dépecer ou laisser dépecer la Belgique que l'on aime; 3° une apparence de simplicité voire de désintéressement, à tout le moins difficile à voir ailleurs, puisque les humanistes disent ne plus rêver qu'à un gouvernement qui s'occupe vite des soucis des gens - "qu'importe" s'ils en sont ou non...

Grandes âmes ou prudence forcée ? Voici le froid. Quoiqu'ils s'en défendent, et sans avoir la cruauté de rappeler que Mme Milquet, à la veille des élections, tenta d'invoquer les qualités "francophiles" de M. Leterme, les humanistes souffrent et surtout pourraient souffrir demain de leur isolement, sans équivalent dans la concurrence qui peut malgré tout bénéficier voire se targuer de relations correctes sinon positives avec le parti "cousin" du Nord. Quant au "Non", il faudra bien un jour ou l'autre, si ça se présente, l'accommoder d'ouvertures à des réformes au nom même du maintien de l'Etat auquel on se dit tant attaché.

4 Ecolo est sans doute le parti qui a eu la partie la plus facile à jouer. Indispensable dans aucune des formules testées jusqu'à présent, il constitue en revanche une force d'appoint intéressante dans beaucoup de cas de figure. Les verts francophones ont d'ailleurs été appelés à rejoindre l'orange bleue en septembre.

Ils ont décliné l'invitation car ils ne voulaient pas se coltiner la N-VA ni, sans doute, embarquer dans un gouvernement de centre-droit, avec les libéraux et les démocrates-chrétiens flamands, qui les forcerait à de nombreuses concessions. Mais ils sont prêts à monter au pouvoir. Et le feraient sans doute d'autant plus volontiers si le PS devait, lui aussi, reprendre du service.

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