En exigeant le poste de Premier ministre, Bart De Wever ne facilite pas les futures négociations fédérales
Le président de la N-VA a fait de l'obtention du poste de Premier ministre une condition sine qua non à la participation des nationalistes flamands au prochain gouvernement. Ira-t-il jusqu'au bout après le 9 juin ?

- Publié le 30-05-2024 à 20h08

Il avait déjà évoqué son souhait de devenir Premier ministre dans le cadre d'un "gouvernement d'affaires" chargé de gérer les urgences socio-économiques et budgétaires tout en préparant une future réforme de l'État. Les sceptiques qui avaient accueilli cette information avec ironie avaient tort : Bart De Wever ne plaisantait pas. Le président de la N-VA exige désormais d'obtenir le poste de Premier ministre et il s'agit d'une condition sine qua non. Sans le "16", pas de participation des nationalistes flamands à une future coalition fédérale.
"Je suis le seul en qui j'ai confiance pour être Premier ministre", avait déjà laissé entendre le président des nationalistes. Dans un entretien publié dans la Gazet van Antwerpen, il persévère avec ce ton un brin arrogant. Obtenir le 16, rue de la Loi, est-il une condition pour que la N-VA entre dans le prochain gouvernement fédéral ? "Pour moi, personnellement, oui, a répondu Bart De Wever à nos confrères. Car si l'on a quelqu'un d'autre – regardez l'actuel Premier ministre – on ne trouvera plus de chausse-pied pour l'en sortir."
Comment analyser ce positionnement ? Tout d'abord, un problème pourrait se poser dans les prochaines semaines. En Belgique, la négociation pour la formation d'un gouvernement est un art délicat qui réclame de la souplesse et des compromis. Cristalliser les positions de la sorte, avant même les résultats des élections, ne permettra aucun accommodement. Associer des partis à l'idéologie différente nécessite d'obtenir un délicat équilibre construit sur des mesures tirées du programme de chacun mais aussi sur l'attribution des portefeuilles ministériels. Par les déclarations du président nationaliste, le "16" ne pourra pas faire partie de la discussion… On se souviendra qu'en 2014, le poste de Premier ministre avait été obtenu par Charles Michel dans les derniers instants d'une terrible nuit de négociations entre la N-VA, l'Open VLD, le CD&V et le MR.
Exclusions réciproques
Dans le débat qui l'a opposé mardi soir à Paul Magnette sur RTL et VTM, Bart De Wever insistait à nouveau sur un autre point : jamais il n'acceptera que le président du PS occupe le 16 rue de la Loi, comme pourtant il le souhaite. À son tour, le socialiste avait rejeté la possibilité qu'un nationaliste flamand devienne le prochain Premier ministre d'une majorité où se trouverait le PS. On est loin de l'euphorie de l'annonce de la constitution de la majorité Vivaldi, le 1er octobre 2020, lorsqu'Alexander De Croo, tout sourire, avait pris le "16" avec la bénédiction du patron du PS.
Cette crispation autour de positions de principe ouvre peut-être la porte à une nouvelle crise politique… Toutefois, il convient aussi de relativiser les choses. Nous sommes au plus dur de la campagne électorale et, en exigeant le "16", Bart De Wever envoie surtout un message subliminal aux électeurs flamands : voter N-VA plutôt que Vlaams Belang, c'est faire le choix d'un parti prêt à prendre ses responsabilités et à chercher un accord réaliste avec les francophones.
Une attaque contre le Belang ?
Dans ses interventions médiatiques, Bart De Wever ne se prive pas d'insister sur le "vote utile" que représente, selon lui, le choix de la N-VA plutôt que celui de l'extrême droite. Le parti de Tom Van Grieken est de toute manière condamné à rester dans l'opposition au fédéral en raison du "cordon sanitaire" politique qui lui est appliqué.
Enfin, aux lendemains des élections, les propos de campagne, certaines promesses faites aux électeurs, peuvent être rapidement enterrés. Il n'est pas exclu que Bart De Wever, si les circonstances l'exigeaient, accepte finalement le retour de sa formation au fédéral sans prendre la tête de la future coalition.