Le MR de Georges-Louis Bouchez navigue entre les macronistes et les Républicains français
Gabriel Attal, l'ancien Premier ministre français, ouvrira le congrès du 1er mai libéral à Charleroi. Cette invitation met en évidence l'inspiration que trouve le MR dans l'arène politique française, du centre macroniste à la droite républicaine.

- Publié le 24-04-2025 à 06h40
- Mis à jour le 24-04-2025 à 09h41

Le MR accueillera Gabriel Attal lors du 1er mai libéral à Charleroi. L'ancien Premier ministre français et désormais patron de Renaissance, le parti créé par Emmanuel Macron en 2016 (sous l'appellation "En Marche"), ouvrira le congrès. Les liens entre le MR et les "macronistes" sont anciens et les deux formations siègent ensemble au sein du groupe Renew Europe au parlement européen, qui rassemble des tendances plutôt centristes et europhiles. La venue de Gabriel Attal n'est pas neutre car la politique française est un miroir dans lequel les Belges aiment se jauger. Comment l'analyser ? Dis-moi qui tu soutiens en France, et je te dirai qui tu es…
Le MR envoie un message politique : les préférences de la formation libérale pour le macronisme ne sont pas mortes. La présidence de Georges-Louis Bouchez a pourtant aussi montré des accents plus conservateurs. Le jeune président puise son inspiration dans l'itinéraire fulgurant de Nicolas Sarkozy, une personnalité bien ancrée à droite. Comme lui, il estime que le meilleur rempart face à l'extrême droite est de promouvoir une droite qui assume ses positions.
"Sarko", le modèle
Georges-Louis Bouchez vient, par ailleurs, de se livrer à un entretien avec le fils de l'ancien président, l'essayiste de droite Louis Sarkozy, pour le nouveau média 21News. Dans ce dialogue, le président du MR reconnaît entre autres que la grande victoire des libéraux francophones aux élections de juin 2024 a emprunté largement aux recettes qui avaient conduit Nicolas Sarkozy à l'Élysée. "On me fait les mêmes procès que ceux que Nicolas Sarkozy a connus en 2007 lorsque la gauche le présentait comme quelqu'un d'extrême droite", explique Georges-Louis Bouchez dans ce podcast.

Macron, mais…
Lors des élections présidentielles françaises de 2022, le même Georges-Louis Bouchez avait suscité la polémique par ses prises de position à l'encontre des personnalités en lice. Critiquant la versatilité de la candidate de la droite, Valérie Pécresse (Les Républicains), il reconnaissait, par contre, une certaine cohérence au candidat d'extrême droite Eric Zemmour. "J'ai plus de respect pour Zemmour que pour Pécresse. Je préfère quelqu'un dont je combats les idées, mais qui a au moins une cohérence dans ses idées que quelqu'un qui, selon la courbe du sondage, change d'avis tout le temps", avait-il lancé, avant de préciser : "Je voterais Macron, même s'il m'a beaucoup déçu".
Cette ambivalence libérale à l'égard du paysage politique français n'est pas neuve. En 2007, en vue du scrutin fédéral du 10 juin, Didier Reynders, alors président du MR, s'était inscrit dans le sillage de son ami Nicolas Sarkozy. Après une campagne polarisante, les libéraux francophones avaient remporté une grande victoire. Toutefois, dix ans plus tard, en 2017, c'est au meeting du second tour des présidentielles d'un jeune centriste, Emmanuel Macron, que le MR avait envoyé une délégation afin de manifester son soutien…

Macron ou Les Républicains ? La modération libérale ou une droite plus conservatrice ? Le MR n'a pas définitivement tranché et oscille, selon les époques, entre ces deux pôles de la politique française. Une valse-hésitation qui reflète l'éventail des tendances que l'on retrouve au sein même du parti. Depuis le XIXe siècle, la famille libérale belge accueille à la fois des progressistes et des conservateurs. À la tête du MR ou, avant lui, du PRL, des accents plus à droite ont pu être exprimés (sous Jean Gol, notamment). Parfois, c'était la sensibilité centriste qui s'imposait (citons le "libéralisme social" de Louis Michel).
Stratégiquement, le MR, même placé sous la férule de "GLB", a vocation à rayonner du centre politique jusqu'à la droite. Les positionnements libéraux tentent par conséquent d'établir une synthèse entre ces deux sensibilités. Le MR conservateur se montrera dur avec l'immigration illégale, le "wokisme" ou encore le communautarisme, tandis que le MR progressiste veillera à se placer toujours du côté de l'antiracisme, des droits des minorités sexuelles, des possibilités d'ascension sociale…
Faire connaître le MR en France
"Lisez les positions de Gabriel Attal sur le travail, la sécurité, la laïcité, etc. Et vous verrez qu'il est même plus à droite que nous, nuance toutefois Corentin de Salle, directeur du centre Jean Gol, le centre d'études du MR. On invite une personnalité qui a occupé de hautes responsabilités et qui sera candidat aux présidentielles. Cette invitation s'inscrit aussi dans une stratégie de développement de liens du MR avec les différentes composantes de droite et centre-droit en France – mais pas avec le Rassemblement national évidemment – et qui se double de liens qui s'intensifient avec le monde intellectuel et médiatique. Nous entendons faire connaître davantage la marque "MR" en France et créer des synergies."