Au sein de l'Arizona, le CD&V se montre offensif sur la taxe sur les plus-values : "La réforme fiscale était vraiment le dada de ce parti"
Les chrétiens-démocrates flamands, au sein du gouvernement De Wever, ont fait comprendre qu'il fallait compter avec eux dans les dossiers fiscaux. Sammy Mahdi, le président du parti, multiplie les sorties sur ce thème.

- Publié le 03-06-2025 à 06h57
- Mis à jour le 03-06-2025 à 06h58

En passant de la Vivaldi à l'Arizona, le ministre Vincent Van Peteghem a troqué les Finances contre le Budget. À la tête de ce dernier département, il a gagné en transversalité : il peut désormais mettre son nez dans tous les dossiers de ses collègues qui engagent une dépense. Par contre, s'il est resté le vice-Premier ministre CD&V, il a perdu en force de frappe politique et en visibilité. Lui qui n'avait pas pu mettre en œuvre la grande réforme fiscale qu'il avait proposée sous l'ère De Croo est condamné à regarder agir Jan Jambon (N-VA), qui lui a succédé comme argentier fédéral. Les nationalistes flamands, rivaux directs du CD&V, vont pouvoir associer leur nom à la modernisation du grand mikado fiscal et à la baisse des impôts sur le travail. Cette situation a de quoi frustrer…
Alors, les chrétiens-démocrates flamands ne se laissent pas oublier. Lors de la formation du gouvernement De Wever, ils avaient déjà mis tout leur poids dans la balance. Jusqu'à un clash retentissant entre "Van Pet" et Georges-Louis Bouchez. Ce dernier, excédé par l'intransigeance du négociateur CD&V sur certaines mesures fiscales du futur accord de majorité, lui avait même lancé : "Avec moi, tu ne seras plus jamais ministre des Finances !". Surpris par la violence de cette confrontation, Bart De Wever avait dû interrompre les discussions. Le ton était donné : le CD&V considère la fiscalité comme un enjeu central qu'il compte influencer.
Le symbole : la taxe sur les plus-values
Au plus haut échelon du parti, même esprit combatif. Le président Sammy Mahdi multiplie les interviews dans lesquelles il fixe ses exigences dans le très emblématique projet de taxation des plus-values. Ce dossier avait fortement compliqué les huit mois de gestation de l'Arizona et, comme pressenti, il continue de tendre les relations entre les cinq partis du gouvernement De Wever. Dans La Libre, le jeune président chrétien-démocrate avait fixé un cap très clair quelques jours à peine après la prestation de serment des ministres "arizoniens" au Palais : "Pour nous, le plus important, c'est que le montant estimé des recettes fiscales qui viendront de la taxe sur les plus-values soit garanti (500 millions, NdlR). Si ces moyens n'arrivent pas, on n'ira pas les chercher dans les pensions, ni chez des personnes fragilisées, ni chez les travailleurs", expliquait-il.
Ce souci d'équité fiscale et de solidarité avait cependant été nuancé lors d'entretiens ultérieurs. En mars, dans le Tijd, Sammy Mahdi avait appelé à exonérer de cette fameuse taxe les 20 000 premiers euros de plus-value. Son idée est de préserver les petits investisseurs. Il doublait ainsi la hauteur du plafond de revenus exonérés, qui avait été évoqué jusque-là dans les coulisses de la coalition fédérale.
Ce dimanche, le président du CD&V est repassé à l'offensive en égratignant Vooruit au passage. Il a pointé du doigt les socialistes flamands qui, selon lui, seraient prêts à appliquer la future ponction sur le capital à l'épargne-pension également. Alors que ce mécanisme, qui concerne des millions de personnes, est déjà taxé en Belgique.
Pas de prise de risques
Comment analyser cette volonté d'exister dans les dossiers fiscaux ? Pour le politologue Dave Sinardet (VUB et UCLouvain Bruxelles), "le CD&V est parfois proche de la N-VA, parfois proche de Vooruit selon les dossiers" et donc, "c'est important pour ce parti de faire parler de ses positions". "Bon, il n'est pas le seul à le faire, naturellement… La réforme fiscale était vraiment le dada du CD&V durant la législature précédente. C'était le grand projet de Vincent Van Peteghem et c'était également, durant la campagne électorale, l'un des points fondamentaux du programme du CD&V. Le CD&V ne veut donc pas laisser ce dossier aux autres partis dans la majorité."
Au-delà des positionnements tactiques, les chrétiens-démocrates défendent également leurs convictions centristes, qui mêlent défense des classes moyennes et justice fiscale. "En prônant un tax shift, il n'y a pas beaucoup de risque pour le CD&V, ajoute Dave Sinardet. Il se montre favorable à la taxe sur les plus-values et, en cela, satisfait sa ligne plus progressiste et, en même temps, le CD&V défend les épargnants et les petits investisseurs."