David Clarinval, isolé dans la Vivaldi, est désormais au cœur du réacteur fédéral
Le vice-Premier ministre MR respire : de "tampon" qui prend les coups sous le gouvernement De Croo, il a obtenu dans l'Arizona un rôle moins ingrat.

- Publié le 22-05-2025 à 19h20

Été 2023. Au fédéral, c'est alors un autre monde. Composée de sept partis, la majorité Vivaldi s'agite : Vincent Van Peteghem (CD & V), le ministre des Finances, rêve de mener une grande réforme fiscale. Au sein du gouvernement De Croo, il reçoit l'appui des écologistes et des socialistes. David Clarinval, qui est vice-Premier MR, se retrouve seul face à ses partenaires de gouvernement. Poussé dans le dos par son président de parti Georges-Louis Bouchez et jugeant le projet défavorable aux travailleurs et aux entreprises, il va contrarier les ambitions de Van Peteghem. Soumis à un stress intense et de fortes pressions politiques, David Clarinval faillira y laisser sa santé.
Tout cela semble fort loin, désormais. Dans l'Arizona, le placide libéral de Bièvre revit. Après huit mois passés aux côtés de Georges-Louis Bouchez durant la formation gouvernementale, il a obtenu le super-portefeuille qu'il souhaitait : l'emploi et l'économie, des matières dans lesquelles cet entrepreneur est à l'aise. C'est également un ministère de rupture pour ce mandataire associé à l'aile droite du MR. David Clarinval sera le ministre qui aura mis fin à cette singularité belge : le chômage à vie.
Une position avantageuse
La position qu'il occupe est, pour lui, nettement plus avantageuse que sous le gouvernement De Croo. Sous la législature précédente, David Clarinval avait hérité de compétences moins imposantes dans lesquelles il restait peu de choses à accomplir : les Classes moyennes et les Indépendants, un département contrôlé par les bleus depuis… 1999.
Dans la dynamique politique du conseil des ministres et du kern (le comité ministériel restreint), David Clarinval se sent beaucoup plus soutenu. Ou, en tout cas, il doit affronter moins d'adversaires directs sur le plan idéologique dans la mise en œuvre d'un accord de gouvernement de centre-droit. Bart De Wever, comme Premier ministre, l'appuie à l'occasion. "Une grande différence entre l'Arizona et la Vivaldi, pour David, c'est que Bart est plus à droite et plus proche de ses positions que ne l'était Alexander De Croo, qui travaillait à mort avec la gauche", confie une source.
Autre facteur qui renforce la position de David Clarinval : avec Frank Vandenbroucke (Vooruit) et Jan Jambon (N-VA), il fait partie des ministres les plus expérimentés de l'équipe actuelle. En fonction depuis six ans, il a connu trois Premiers ministres (Wilmès, De Croo, De Wever). Le président du MR l'a en outre reconduit comme vice-Premier ministre, c'est-à-dire comme chef de file MR dans l'exécutif fédéral. Cette expérience l'auréole d'une réputation de sagesse et de sens du compromis.
Un accord Arizona plus précis
L'accord de gouvernement Arizona étant plus à droite et plus précis que ne l'était le pacte de la coalition Vivaldi, David Clarinval doit donc moins batailler au jour le jour pour faire respecter la ligne libérale. Lors de la formation du gouvernement, Georges-Louis Bouchez avait d'ailleurs assumé un certain niveau de conflit afin de crever le plus d'abcès politiques possible au préalable. Certes, les contours de la future taxe sur les plus-values restent encore flous et conflictuels mais tout indique qu'un consensus pourra être dégagé au sein de la coalition.
Du "tampon" au sage
Il en était tout autrement dans la Vivaldi. Georges-Louis Bouchez avait opté pour une "particip-opposition" et tirait à vue sur le PS et Ecolo. Il n'épargnait pas non plus Alexander De Croo, à qui il reprochait un manque de convictions libérales. Pris entre ces multiples feux, David Clarinval jouait le rôle de tampon et prenait des coups. À l'égard du gouvernement De Wever, pour le moment en tout cas, le président du MR semble plus prudent et fait confiance à son vice-Premier. Il apprécie sa loyauté et ses convictions "bleu foncé".
À ce terreau politique favorable, s'ajoute la personnalité de David Clarinval. Il se fâche rarement et cherche plutôt les compromis en cas de tension. L'étalement dans le temps de la réforme des allocations de chômage a pu passer en kern mercredi soir parce qu'il estimait que ces adaptations à la marge étaient raisonnables.