"Timber", un cri brûlant sur le réchauffement climatique
La compagnie Still Life revient avec une nouvelle création visuelle et sans paroles, qui investit le lieu de la forêt au fil de quatre tableaux drôles et incisifs sur la déliquescence de notre planète. Un spectacle à l'inventivité géniale et aux décors époustouflants à voir de toute urgence. Aux Tanneurs jusqu'au 22 mars.

- Publié le 13-03-2025 à 17h43
- Mis à jour le 14-03-2025 à 13h59

Surpris, décontenancé, le public peut l'être dès l'entame de Timber, la nouvelle création de la compagnie Still Life, puisque les quatre interprètes (Sophie Linsmaux et Aurelio Mergola, co-fondateurs de la compagnie, ainsi que Muriel Legrand et Sophie Leso) n'expriment aucune parole. Tout se joue dans leur gestuelle, leurs expressions, leur énergie, leur complicité. Cueilli, le public l'est ensuite rapidement, par l'atmosphère sylvestre créée sur le plateau avec ces hauts arbres, ces feuillages, ces mousses et fougères, qui bourdonnent des bruits d'oiseaux, de singes, d'insectes et autres animaux. Impressionné et remué, le public l'est définitivement à la fin du spectacle, tant il s'est retrouvé confronté à un objet théâtral à l'inventivité géniale, au propos drôle et incisif, aux effets visuels éblouissants et aux décors époustouflants. Un vrai travail d'orfèvre.
Après Flesh (repris aux Tanneurs du 15 au 19 avril), qui questionnait notre besoin de relation à l'autre à la suite du Covid, Timber (bois en anglais) – qui fait référence au cri d'alerte poussé par les bûcherons avant que l'arbre ne tombe – sonde notre rapport à la nature, notre besoin de se reconnecter à la terre nourricière et notre manière de nous comporter "dans un monde où tout va formidablement mal", décrivent Sophie Linsmaux et Aurelio Mergola. Timber se déploie ainsi au cœur d'une forêt, en quatre tableaux : quatre courtes histoires qui, telle une loupe grossissante, révèlent tout l'absurde, le ridicule, le pitoyable et le pathétique de certains de nos comportements alors que notre planète se meurt, notamment sous les effets du réchauffement climatique.
Un sens aigu du détail
Depuis ses débuts, en 2011, la compagnie Still Life a fait du théâtre non-verbal sa marque de fabrique, affinant toujours plus son langage scénique singulier et son sens aigu de l'observation et du détail. Le premier tableau nous met ainsi en présence de trois soigneurs (Aurelio Mergola, Sophie Linsmaux et Muriel Legrand) qui tentent de réintroduire un orang-outan dans son habitat naturel. On est, tout simplement, scié par l'interprétation prodigieuse de cet animal sauvage, au point que l'on pourrait douter qu'il s'agit d'une comédienne (Sophie Leso) sous le masque.

Les 2e et 3e tableaux emmènent les spectateurs dans deux petits coins de forêt investis par des individus, que l'on imagine de bonne foi, mais pris dans l'étau de leurs contradictions. Les premiers se sont inscrits à un stage de reconnexion à la nature, avec tous les sacrifices et paradoxes que cela implique ; les seconds, un couple, mettent en scène, pour les réseaux sociaux, leur relation alors que tombent du ciel des oiseaux morts et que la forêt s'embrase derrière eux. On ne peut s'empêcher de rire jaune. Pour clore le spectacle, une vieille dame tente d'enterrer son chien, mais la terre s'y refuse et se dérobe sous ses pieds.

Chaque tableau est distinct, mais ils sont tous reliés entre eux par de splendides transitions opérées en sons et lumières. Une touche poétique au milieu du chaos. Si Timber nous plonge dans la fiction d'une planète en déliquescence, c'est aussi un appel, un cri brûlant pour réfléchir sur nous-même et prendre nos responsabilités, avant que la réalité ne rattrape la fiction.
→ Bruxelles, Les Tanneurs, 1h15, à partir de 12 ans, jusqu'au 22 mars. Infos et rés. au 02.512.17.84 ou sur https://lestanneurs.be