Comment Boris Dilliès veut mettre fin au grand flou des logements Airbnb à Bruxelles : "On va simplifier les démarches"
L'immense majorité des propriétaires mettant leur bien en location touristique à Bruxelles sont dans l'illégalité. De lourdes amendes les attendent…

- Publié le 10-04-2026 à 17h17
- Mis à jour le 10-04-2026 à 19h31

Le chiffre est affolant. Selon une enquête du média Bruzz, neuf logements sur dix mis en location sur le site Airbnb à Bruxelles sont dans l'illégalité. Un résultat d'autant plus inquiétant que beaucoup de propriétaires louant leur bien occasionnellement pour des touristes ne sont pas au courant qu'ils enfreignent les lois. Ils encourent pourtant des amendes très lourdes, allant jusqu'à plusieurs milliers d'euros, voire davantage. Mais comment en est-on arrivé là ? Tentative de réponse.
1. Qu'est-ce qu'Airbnb et pourquoi cette plateforme dérange certains ?
Créé en 2008, Airbnb est désormais un géant du tourisme, avec des millions de logements de tout type loués dans plus de 100 000 villes à travers le monde. On est loin du matelas pneumatique proposé dans le salon californien des trois étudiants fondateurs de la plateforme. Car l'objectif était bien celui-là : permettre à des propriétaires de se faire un peu d'argent en louant, de temps en temps, une chambre à des touristes de passage. Tout en permettant à ces mêmes visiteurs de trouver une offre moins chère que les hôtels.
En 2026, la majorité des biens proposés par la plateforme sont en fait des logements entiers. Certaines entreprises gagnent des fortunes, en achetant parfois des immeubles dédiés à ce type de locations, plus rentables que les locations à long terme. Ce que dénonce, un peu partout, le secteur hôtelier, qui parle de "concurrence déloyale". Certaines villes, comme Barcelone ou Venise, regrettent, elles ; l'afflux "d'un tourisme de masse" avec cette offre Airbnb. Ce qui dénaturerait des quartiers entiers, créerait des pénuries de logements et une explosion des prix du marché immobilier.
2. Quelle est la situation à Bruxelles ?
À Bruxelles, on dénombrait, fin 2025, près de 5600 biens en location sur la plateforme, selon le site spécialisé Insideairbnb, avec une moyenne de location à 105 euros par nuitée. Ces biens se concentrent surtout dans le centre de Bruxelles, "où il y a trois ou quatre très gros acteurs". Sur le site d'Airbnb, on retrouve, par exemple, une certaine Isabel qui loue plus de 90 appartements dans la capitale belge. "C'est sans doute une société qui se cache derrière ce prénom", nous indique-t-on.
Les communes de Saint-Gilles, Ixelles, Molenbeek, Saint-Josse ou le quartier européen ont aussi une offre assez importante de logements sur Airbnb, avec des hôtes qui seraient davantage plus traditionnels, à savoir "des petits propriétaires cherchant à arrondir leurs fins de mois". Toujours d'après le site Insideairbnb, le revenu médian pour un hôte bruxellois était de 8476 euros l'année dernière. Il était d'environ 5 700 euros pour un hôte belge en 2024, selon Airbnb, également présente dans d'autres villes de notre pays. Enfin, d'après la plateforme, 75 % des annonces bruxelloises sont louées moins de 120 nuits par an.
3. Pourquoi est-ce si compliqué pour les propriétaires d'être dans la légalité ?
Sur le papier, les règles sont assez claires. Avant de proposer son bien sur la plateforme, un propriétaire doit obtenir un numéro d'enregistrement. Une fois obtenu, il peut louer son logement avec un maximum de 90 nuitées consécutives, ce qui ne l'empêche ainsi pas de louer quasiment toute l'année. La législation est donc assez souple par rapport à d'autres villes européennes où le nombre de nuitées par an est limité (120 à Paris, par exemple). Le propriétaire bruxellois doit ensuite déclarer ses revenus locatifs au fisc et payer une taxe touristique, allant de 3 à 5 euros par nuitée, en fonction du bien.

En fait, à Bruxelles, le gros problème vient de l'enregistrement : il faut pouvoir fournir jusqu'à 11 documents et l'un d'entre eux est particulièrement difficile, voire impossible à obtenir. Il s'agit d'une attestation d'urbanisme qui doit être délivrée par la commune où se trouve le bien. Or beaucoup de municipalités bruxelloises, comme la Ville de Bruxelles, sont très peu enclines à fournir ce document, ce qui "pousse" beaucoup de propriétaires à louer, même sans avoir cette attestation. Une infraction passible d'une amende de 1000 euros par unité d'hébergement non enregistrée, mais qui peut grimper jusqu'à 41 600 euros si d'autres manquements sont constatés. Sans compter les amendes prévues si les nuitées n'ont pas été déclarées.
4. Que veut faire Boris Dilliès ?
Beaucoup d'acteurs le soulignent : les règles actuelles ne sont plus viables à Bruxelles. "Lorsqu'un système rend la mise en conformité pratiquement impossible pour des familles de bonne volonté, c'est le système lui-même qui est défaillant", s'insurge d'ailleurs Clément Eulry le directeur d'Airbnb pour le Benelux et la France. L'ordonnance bruxelloise sur les logements touristiques, datant de 2016, avait pour vocation d'être modernisée récemment. Mais la paralysie politique à Bruxelles a changé la donne.
"Les règles actuelles sont complexes et lourdes pour les particuliers qui proposent un hébergement à domicile"
C'est aujourd'hui le nouveau ministre-président, Boris Dilliès (MR), qui a ce dossier en main. Il promet une réforme. "Les règles actuelles sont complexes et lourdes pour les particuliers qui proposent un hébergement à domicile", constate le cabinet du ministre-président. "Nous prévoyons de simplifier ces démarches, avec notamment la mise en place d'une procédure unique, avec un seul point de contact". Le "projet Dilliès" prévoit également de distinguer deux situations.
Pour les locations de logements entiers, les règles seront plus strictes. "Cette pratique concurrence l'offre de logements destinée aux habitants et le secteur hôtelier", justifie l'élu MR. Par contre, le ministre président prévoit "des règles plus flexibles" pour les particuliers louant une chambre.