Les voitures électriques ne font plus recette en Europe, avec une forte dégringolade en Allemagne
Les ventes avaient bondi de 37 % en 2023. Elles ont baissé de près de 6 % l'an dernier. L'Europe doit aider le secteur si elle veut être cohérente avec elle-même.

- Publié le 16-01-2025 à 11h37
- Mis à jour le 19-01-2025 à 09h23

Les voitures sont là : "il n'y a jamais eu autant de véhicules électriques sur le marché", a rappelé le nouveau président de l'Association des constructeurs européens (ACEA), Ola Källenius CEO de Mercedes-Benz. Les acheteurs par contre ne sont pas, ou plutôt ne sont plus au rendez-vous : "les ventes ont baissé de 5,9 % en 2024, pour une part de marché de 13,6 %, soit 1 % de moins que l'année dernière", a pour sa part souligné Sigrid de Vries, directrice générale de l'ACEA, qui n'anticipe pas un retournement de tendance en 2025. Le bond avait été de 37 % en 2023.
L'une des raisons, c'est la fin depuis décembre 2023 des subsides accordés en Allemagne à l'achat de voitures électriques. La dégringolade a été de 27,4 %. "L'Allemagne est le premier marché européen. Cette chute est la principale raison pour laquelle les ventes en Europe ont baissé", remarque Ola Källenius, présent sur le stand de Mercedes-Benz au Salon de l'Auto. Pas de quoi, sans doute, réitérer les performances du passé. Les consommateurs allemands se sont plutôt tournés vers les hybrides rechargeables. "Mercedes est le leader du marché, et de loin".
Le marché global, quant à lui, a enregistré une légère hausse de 0,8 %, contre + 13,9 % en 2023. "Les analystes anticipent une légère hausse en 2025", selon Sigrid de Vries.
S'adapter à la réalité
Cette baisse de l'attrait des véhicules électriques ne pouvait pas plus mal tomber. Voilà cinq ans, décideurs politiques et secteur automobile tablaient sur une hausse continue des ventes des voitures sans émission. La norme d'émission moyenne de 95 grammes de CO2 par kilomètre pour l'ensemble des voitures neuves vendues à partir du 1er janvier semblait donc jouable.
Mais voilà, les acheteurs en ont décidé autrement. Le président de l'ACEA a répété ce que son prédécesseur Luca de Meo martelait tant et plus : il faut adapter le calcul de ces normes sous peine de mettre l'industrie automobile européenne à genoux, un secteur qui représente quelque 13 millions d'emplois dans l'Union européenne. Il a donc plaidé pour que l'approche soit axée sur les chiffres actuels. "La nouvelle norme a été basée sur des prévisions de vente. Il faut la changer pour s'adapter à la réalité".
L'ACEA qui représente la plupart des constructeurs européens depuis le retour fin 2024 du groupe Stellantis en son sein, plaide donc en faveur d'une révision des modalités de calcul des normes. Ce n'est pas pour autant un pas en arrière sur la voie de l'électrification : "le secteur a déjà investi des dizaines de milliards d'euros et il va en investir encore plus. Nous ne remettons absolument pas en cause l'objectif de voitures sans émission de CO2 en 2035". Mercedes va par exemple multiplier les sorties de véhicules électriques au cours des prochaines années, le but étant toujours d'avoir une version électrique pour chaque modèle.
Les amendes, qui se chiffreraient en milliards d'euros, pourraient détourner ces sommes de la recherche et développement et des investissements. Ce n'est pas une bonne chose. Ola Källenius demande donc à l'Europe d'être à l'écoute du secteur. "Nous avons pas mal d'idées à soumettre". L'espoir est d'arriver à un compromis qui atténue les contraintes actuelles, sans dévier du but final, donc. Quoi qu'il en soit, "les cinq prochaines années seront les plus difficiles pour tout le secteur", estime-t-il encore.
Un bonus à l'échelle européenne?
L'Europe doit aussi endosser un rôle plus proactif pour soutenir le développement des voitures avec 0 % émission. "Il faut aborder tout le système dans son ensemble et ne pas simplement prendre en compte les ventes de voitures électriques", plaide Sigrid de Vries.
L'ACEA se déclare favorable à une politique de bonus à l'échelle européenne. Ce n'est pas gagné d'avance. Ola Källenius estime que l'Europe doit être cohérente avec son objectif de 0 % d'émission à l'horizon de 2035. L'ACEA suggère aussi de ne pas multiplier les contraintes, notamment en matière de sécurité, pour les constructeurs. "Cela demande parfois de lourds investissements pour un bénéfice marginal". Le CEO de Mercedes évoque les efforts continus depuis… 30 ans de sa marque pour améliorer la sécurité des passagers grâce aux aides à la conduite.
L'ACEA demande également de trouver "une solution mutuellement acceptable aussi vite que possible" dans le bras de fer entre l'Europe et la Chine sur l'importation de véhicules électriques. "Les guerres commerciales n'ont jamais de vainqueur". Pas de commentaire précis, par contre, sur l'arrivée de Donald Trump à la Maison-Blanche. L'ACEA attend de voir.
Mercedes continue en tout cas à aller de l'avant. "Attendez-vous à de très bonnes voitures dans les années à venir", assure le CEO du constructeur. Et pas question de quitter le segment d'entrée de gammes, aux prix Mercedes, s'entend. "C'est le marchepied vers la marque".
