Moteur défectueux : Stellantis va enfin se bouger en Belgique
Le processus d'indemnisation pour le moteur PureTech qui a pourri la vie de milliers de propriétaires débutera en mai.

- Publié le 04-04-2025 à 10h25
- Mis à jour le 04-04-2025 à 13h26

Et dire qu'il avait été élu moteur de l'année dans sa catégorie en 2015, 2016, 2017 et 2018 par un jury de journalistes internationaux. Le PureTech a toutefois pourri la vie de plus d'un automobiliste. L'innovation développée par le groupe PSA (Peugeot, Citroën et Opel à partir de 2017) s'est révélée être une véritable catastrophe, tant les problèmes ont soufflé sur de nombreux modèles tel un fléau. D'où le surnom parfois donné de PureToc.
Sur le papier, le PureTech 1,2 litre était une petite merveille technique avec son bloc trois cylindres turbocompressé. L'intérêt ? Proposer de la performance tout en étant plus économe en consommation. C'est le compromis idéal pour les voitures de petite taille ou moyenne. Il se retrouve donc sous le capot de quinze modèles Peugeot, de douze modèles Citroën, de cinq modèles de la marque Premium DS (dont la DS 7 Crossback) et de quatre modèles Opel, construits entre 2014 et 2022.
Où est le problème ? L'explication est à nouveau technique. PSA a opté pour des courroies en caoutchouc immergées dans l'huile du moteur. Soit. Reste que la courroie s'use prématurément et forme des micro-copeaux de caoutchouc. Et c'est là que les ennuis commencent : surconsommation d'huile, baisse de pression d'huile, perte de puissance, durcissement de la pédale de frein voire même la casse moteur.
Ratés au démarrage
L'ampleur du problème est tel que la Commission européenne lance une alerte en bonne et due forme en novembre 2020, conduisant au rappel de centaines de milliers de véhicules. Pourtant, quatre ans et demi plus tard, des conducteurs lésés sont toujours en attente d'une réponse adéquate de la part du groupe Stellantis, né de la fusion entre PSA et Fiat Chrysler, qui ne s'est guère empressé à régler le problème. Au contraire, ses interventions sont arrivées face à la montée en puissance de la contestation et des plaintes.
C'est le cas de la plateforme de compensation, lancée en janvier dernier, qui a connu des ratés au démarrage. "Après la première phase de déploiement en France et en Espagne, nous avons acquis des connaissances importantes sur la nouvelle plateforme et avons décidé d'en tirer parti pour améliorer le système grâce à de nouvelles mises à jour", explique Anouk Van Vliet, porte-parole chez Stellantis Belux. "Celles-ci visent principalement à simplifier le processus d'évaluation et à réduire les délais de réponse afin de servir tous les clients plus efficacement. Une fois ces mises à jour finalisées, la plateforme sera ouverte à d'autres clients en Europe en mai, y compris pour les clients belges".
Indemnisation aux conditions drastiques
Une indemnisation est prévue pour les propriétaires d'un véhicule s'ils ont engagé des frais de réparation entre le 1er janvier 2022 et le 18 mars 2024 en raison d'une consommation excessive d'huile et/ou d'une usure prématurée de la courroie de distribution. Stellantis avait justifié le démarrage de ce processus au 1er janvier 2022 car les cas antérieurs à cette date avaient déjà été traités avec une prise en charge partielle, totale voire par l'absence de participation du constructeur. Combien de Belges sont concernés ? "Nous ne communiquons pas ce chiffre."
La polémique n'est pas forcément close. Certes, Stellantis a posé un geste en étendant la garantie sur ses moteurs PureTech à dix ans ou 175 000 km (contre 6,5 ans et 100 000 km auparavant). "C'est une mesure exceptionnelle qui démontre que la satisfaction des clients est une de nos priorités", assure Anouk Van Vliet. Mais le propriétaire doit avoir largement respecté le calendrier des entretiens dans le réseau agréé du constructeur, à l'exclusion d'un garage indépendant au-delà de la limite de la garantie. De quoi laisser potentiellement de nombreux propriétaires sur le bord de la route.
Test-Achats égratigne aussi Stellantis pour son défaut d'information. Les clients "ne semblent pas avoir été informés de l'existence d'une garantie prolongée ou de la possibilité de demander une indemnisation", relevait encore l'organisation de défense des consommateurs, à la pointe du combat. Il y a aussi le problème de la revente de ces véhicules, qui subissent une décote car nul ne sait si le moteur connaîtra ou non un problème à l'avenir. Beaucoup de propriétaires lésés l'ont assuré : on ne les y reprendrait plus.
Achetez un PureTech !
Cela n'empêche pas Peugeot de connaître de beaux jours en ce début d'année. La marque au Lion a renforcé son leadership en France avec 16,6 % de parts de marché au premier trimestre, malgré une baisse de 6,7 % par rapport à une contraction globale de 7,8 %. Le constructeur a aussi repris du poil de la bête en Belgique : ses immatriculations de voitures neuves ont bondi de 65,29 % en mars mais d'un plus modeste 4 % sur le premier trimestre de l'année (- 10,51 % pour l'ensemble du marché). C'est aussi une hausse de 23 % en Espagne sur le mois de mars.
"Cette crise peut renforcer la marque. Depuis juin 2022, les moteurs ont été fiabilisés. La crise existe mais elle va passer grâce aux efforts déployés par la marque", a même assuré le nouveau directeur général de la marque, Alain Favey. "Si vous avez une voiture à acheter, précipitez-vous sur le PureTech !", s'est-il aventuré, arguant que ces moteurs, qui n'ont plus pour la plupart de courroie de distribution fautive mais une chaîne de distribution, bénéficient d'une garantie de dix ans.
Il entend bien, en tout cas, huiler la mécanique pour redonner à Peugeot "le charisme et le panache à la française" qui sont sa ligne de conduite.
