La recette de Renault pour diminuer le prix de ses voitures électriques
Le constructeur plaide pour un moratoire de 10 à 15 ans des nouveaux règlements européens. La Twingo, la R4 et la R5 en bénéficieraient.

- Publié le 12-11-2025 à 10h54
- Mis à jour le 12-11-2025 à 10h57

Une voiture électrique à moins de 20 000 euros, c'est bien entendu un joli défi, qu'a relevé le constructeur Renault avec sa nouvelle Twingo, destinée à réinvestir le segment des citadines.
Une gageure en soi pour un constructeur européen, d'autant que la Twingo électrique n'est pas une "sous-voiture", comme l'indiquait Bruno Vanel, Directeur de la performance produit, lors de la présentation, jeudi dernier à Paris, du nouveau fer de lance de la marque au losange dans le segment des véhicules électriques abordables, ou à tout le moins bien plus abordables.
Le segment des citadines électriques n'est pas très riche : la Dacia Spring, la ë-C3 de Citroën, la T03 de Leapmotor ou encore la Dolphin Surf de BYD sont présentes dans cette catégorie de véhicules. Un désintérêt qui s'explique par la plus faible rentabilité de modèles de segment A.
"Comment proposer une voiture à la fois compétitive, attrayante et rentable ?", a justement évoqué Fabrice Cambolive, le directeur général de Renault. Le constructeur s'est notamment adossé à un partenaire chinois pour accélérer le processus de développement (21 mois) et en diminuer le coût de production. "Le segment A est pourtant essentiel pour rendre la mobilité électrique accessible à tous et répondre ainsi à une demande européenne croissante encore largement inexploitée".
Pour aller plus loin dans l'accessibilité des voitures électriques, les constructeurs européens plaident en faveur de plus de souplesse de la part de la Commission de Bruxelles.
Luca de Meo, l'ancien directeur général du groupe Renault, plaidait en faveur du modèle des Kei cars, ces voitures électriques abordables très appréciées au Japon. La récente présentation de la Dacia Hipster correspondait à cette approche.
Ce concept car pourrait être commercialisé à l'avenir si l'Europe est moins stricte sur la réglementation des aides à la conduite, imposables à tous les véhicules neufs quels qu'ils soient, de la petite citadine à la grosse cylindrée.
"Il y avait 49 modèles sous les 15 000 euros en 2018, il n'y en a plus qu'un seul aujourd'hui"
Des voitures destinées à la conduite en ville ou dans des environnements urbains doivent-elles dès lors embarquer des aides à la conduite essentiellement utiles sur les autoroutes ? Le groupe Stellantis (Peugeot, Citroën, Fiat…) plaide, par exemple, en faveur de l'abandon du détecteur d'endormissement sur les voitures qui ne sont pas appelées à faire de longs trajets, comme les citadines.
Des Citroën à moins de 15 000 euros
Le directeur Europe de Stellantis, Jean-Philippe Imparato, avait proposé en septembre dernier au salon de Munich de produire "des véhicules électriques ou hybrides à moins de 15 000 euros, qui puissent bénéficier de normes moins contraignantes, quitte à ce que la puissance et la vitesse soient limitées, pourquoi pas à 110 km/heure ?".
Citroën travaille sur des projets de voitures à moins de 15 000 euros afin, justement, de pouvoir proposer des véhicules que les Européens peuvent encore s'offrir. "Il y avait 49 modèles sous les 15 000 euros en 2018, il n'y en a plus qu'un seul aujourd'hui", avait encore rappelé Jean-Philippe Imparato.
Le vent a tourné
L'idée de Stellantis est donc de créer une nouvelle catégorie de voitures répondant à des normes différentes.
Le vent a, par contre, tourné chez Renault, où l'approche du nouveau directeur du groupe, François Provost, s'est passablement éloignée de celle de son prédécesseur, Luca de Meo.
Il n'est donc plus question de kei, car, ce qui peut sembler paradoxal alors même que Dacia a développé l'Hipster. "Il doit s'agir d'une vraie voiture", a expliqué François Provost à l'issue de la présentation de la nouvelle Twingo. "Je ne demande donc pas la suppression de la réglementation, mais plus simplement d'avoir une période de 10 ou 15 ans sans nouvelle réglementation".
Les nouvelles réglementations coûtent beaucoup d'argent, que ce soit en termes de développements ou d'impact direct sur le prix final du véhicule. Et de rappeler que l'Europe prévoit une nouvelle salve de 107 réglementations.
"Je demande donc simplement que cette Twingo ne soit soumise à aucune nouvelle réglementation pendant 10 ou 15 ans. Si c'est le cas, nos ingénieurs pourront consacrer leur temps à réduire les coûts, à améliorer les performances et à baisser le prix des voitures", a-t-il poursuivi, rappelant qu'un ingénieur sur 4 est mobilisé dans l'implémentation des nouvelles réglementations. La baisse des prix attendue pourrait être comprise entre 10 et 15 %.
L'Europe tranchera en décembre
Cet appel ne concerne pas toutes les voitures, mais uniquement les véhicules électriques déjà sur le marché ayant une forte valeur ajoutée européenne et dont la longueur ne devrait pas dépasser les 4,20 mètres. Cela permet justement d'inclure la Twingo, la R5 mais aussi la R4 (longueur de 4,14 m) construites en Europe dans la proposition. "Ces voitures des segments A, B et B+ sont des petits véhicules compacts et représentent 55 % du marché européen de la voiture électrique".
Le patron de Renault Groupe propose également de diminuer la TVA sur cette catégorie de voitures, ce qui serait plus efficace que les aides publiques à l'achat, qui peuvent se révéler très aléatoires. Et il plaide encore pour une uniformité des coûts des recharges en Europe.
Autant de demandes sur lesquelles l'Europe planche actuellement. La Commission européenne est prête à assouplir les règles pour favoriser une voiture électrique "propre, légère, efficace et abordable", avait déclaré, en septembre, la présidente Ursula von der Leyen, qui doit dévoiler le 10 décembre prochain le plan "e-car" européen.
