Les araignées sont de sortie: "On peut affirmer que leur apparition est légèrement plus précoce cette année"
Frédéric Francis, professeur d'entomologie à Gembloux Agro Bio Tech – Université de Liège, explique les raisons de cette présence massive en ce moment.

- Publié le 03-09-2024 à 10h18

Minuscules ou alors un peu plus imposantes, noires, jaunes, grises ou translucides, les araignées semblent avoir envahi nos habitations plus que de raison ces derniers jours. Est-ce une simple impression ou une réalité ? Si oui, quelles sont les raisons de cette invasion ? Et alors, comment faire en sorte de les maintenir autant que possible à l'extérieur ?
Des questions que La Libre a posées à Frédéric Francis, professeur d'entomologie à Gembloux Agro Bio Tech – Université de Liège.
Peut-on affirmer que l'on observe effectivement davantage d'araignées que la normale ces derniers jours ?
Il n'existe pas véritablement de suivi quantifié par rapport à ces populations. On ne peut que se baser sur des observations de naturalistes et des chercheurs qui suivent d'autres projets. C'est donc davantage de l'empirisme. Ceci étant, on peut en tout cas affirmer que leur apparition est légèrement plus précoce cette année. Cela fait effectivement une quinzaine de jours que l'on en observe un peu plus dans les maisons. Cette apparition plus hâtive est probablement liée au climat, en l'occurrence l'humidité et les températures élevées. C'est en effet l'association de ces deux paramètres qui joue sur la biologie des aranéides.
Y a-t-il d'autres explications à cette apparente abondance d'araignées en ce moment ?
Oui, si on en voit beaucoup ces jours-ci, c'est aussi parce que nous sommes à présent en pleine période de reproduction des araignées, ce qui les fait sortir en journée de leurs caches. Elles sortent en effet non pas pour se nourrir, mais pour trouver le ou la partenaire et s'accoupler dans les meilleures conditions, à savoir au chaud dans nos intérieurs. Cela dit, elles sont toujours présentes dans les habitations – notamment ces grosses araignées noires que sont les tégénaires – mais comme leur activité est habituellement nocturne, on s'en rend moins compte. Il faut savoir que ces araignées sont plutôt lucifuges, ce qui signifie qu'elles ont tendance à fuir la lumière.
À moins d'être arachnophobe, dans quelle mesure vaut-il mieux les laisser vivre leur vie dans nos maisons ?
Il est un fait certain que les araignées sont utiles dans la mesure où elles se nourrissent d'arthropodes au sens large, c'est-à-dire d'insectes, comme les mouches de fruits ou des insectes de salles de bains, voire d'autres araignées. En ce sens, elles servent à éliminer de façon tout à fait naturelle ces insectes. C'est en quelque sorte pourquoi on dit qu'elles contribuent à assainir nos habitations.
Existe-t-il des moyens efficaces pour les maintenir au maximum à l'extérieur ?
Certains préconisent d'utiliser des huiles essentielles ou des plantes odorantes – comme la lavande, la menthe poivrée, le thym, la citronnelle, les plants de tomates, l'eucalyptus, les agrumes… – mais cela a un effet tout relatif et, comme pour les autres insectes, il y a une certaine accoutumance à l'odeur qui peut se faire après quelques jours. Je dirais plutôt qu'il n'y a pas vraiment de remède miracle pour éloigner ces bestioles. Peut-être faut-il éviter de laisser des ouvertures nocturnes qui faciliteraient leur entrée.
Une fois la morsure avérée, comment se soulager ?
Il faut avant tout rappeler que les araignées que l'on retrouve chez nous ne sont pas dangereuses. Si elles injectent bien du venin lors des morsures, celui-ci est ciblé par rapport à leurs proies. Tout comme un moustique injecte de la salive lors de la piqûre, la morsure de l'araignée peut entraîner différentes réactions chez la personne. Selon l'individu, ce sera plus ou moins allergisant. À part, les pommades et crèmes vendues en pharmacies pour soulager les démangeaisons, il n'y a pas grand-chose à faire, sinon attendre que ça passe.