"Ils cherchaient de l'adrénaline en rackettant des ados plus jeunes qu'eux"
Le parquet réclame des peines de prison ferme pour deux jeunes majeurs qui ont commis un nombre impressionnant d'extorsions avec violence et menaces.

- Publié le 23-02-2025 à 10h08
- Mis à jour le 23-02-2025 à 12h15

Mais qu'est-ce qui leur est passé par la tête ? Qu'est-ce qui leur a pris ? Sam* (20 ans) et Idriss* (19 ans), qui doivent répondre d'un nombre impressionnant de préventions devant le tribunal correctionnel de Bruxelles, n'en mènent pas large à l'audience. Assis dans le public en attendant leur comparution, les deux jeunes n'ont pas un regard l'un pour l'autre. On dirait deux étudiants stressés avant un examen. Sam, chemise bleu ciel, pantalon clair et baskets, est accompagné de son papa. Idriss, vêtements noirs cintrés, est seul.
Le juge s'empare du volumineux dossier. Il égrène les faits reprochés à l'un et à l'autre – et très souvent aux deux – qui se sont produits entre décembre 2023 et février 2024 aux abords de la gare de Boondael, à Ixelles. Il s'agit, quasi chaque fois, d'extorsions avec violence et menaces, commises la nuit et à plusieurs, avec la circonstance aggravante que les victimes sont mineures.
Des iPhones, des AirPods, un bracelet Vuitton…
Sam et Idriss, qui traînaient avec une bande d'adolescents encore mineurs, rackettaient d'autres jeunes dans les quartiers huppés d'Auderghem, de Boitsfort et d'Ixelles. La majorité de leurs victimes avaient 16 ou 17 ans. Ils leur ont extorqué des iPhones dernier cri, des écouteurs AirPods, des GSM Samsung, des PC portables, un baffle, des écouteurs, un sac Carhartt, un bracelet Vuitton, une montre Tissot…
Le lieu précis des faits, le nom et l'âge des victimes sont rappelés pour toutes les préventions. À chaque fois, le président interroge les prévenus : "Avez-vous fait ce que je viens de décrire ?" Sam et Idriss peinent à déglutir. Leurs voix sont à peine audibles, mais la réponse est invariablement "oui". Ils reconnaissent tous les faits. Y compris les traitements dégradants. Plusieurs ados ont été forcés de se déshabiller. Les voyous les filmaient avec un GSM et les menaçaient ensuite de diffuser les images sur les réseaux sociaux.
"De base, on est des enfants éduqués. On n'est pas nés comme ça"
Les deux majeurs de la bande ont été arrêtés le 2 mars 2024. Après sept mois de prison, Idriss a été placé en détention préventive à domicile, sous bracelet électronique. "Je fais des études en informatique. J'ai envoyé mon CV pour travailler pendant les vacances de Pâques. Je participe à un groupe thérapeutique et je fais un travail sur moi-même avec un psy en privé", énumère Idriss devant le tribunal. Sam, qui a été libéré sous conditions, a passé le jury central. C'est à l'école qu'ils ont fait connaissance.
Ils évoquent une période où ils étaient influençables ; ils sont entrés en contact avec des mineurs qui s'amusaient à commettre des vols. Ils se sont joints à eux. "De base, on est des enfants éduqués. On n'est pas nés comme ça. On était irresponsables et inconscients. Je l'ai compris en passant par la prison. Mais on a pris nos responsabilités. On est devenu de nouvelles personnes. On a complètement changé", assure Idriss, profil bas. Rien dans le ton n'est fanfaron.
Les objets étaient revendus dans des "Cash Converters"
Aymeric* avait 16 ans, en février 2024, quand il a croisé la méchante bande. "Son quotidien a changé depuis son agression qui a été très violente. Il reste traumatisé. Il n'ose plus prendre le tram quand il fait noir. Quand il sort de chez lui, il a peur", décrit l'avocate des parents, qui se sont constitués partie civile au nom de leur fils mineur.
La substitute n'y va pas par quatre chemins en parcourant la liste interminable d'extorsions commises en trois mois. La bande choisissait les victimes au hasard et se partageait ensuite le butin. Plusieurs agressions ont eu lieu le même jour. Pour contraindre les ados de ne pas résister à se faire vider les poches, ils montraient les vidéos des victimes précédentes : une fille ensanglantée attachée à une chaise, deux jeunes nus dans un bois… Les objets de valeur étaient ensuite revendus dans deux magasins "Cash Converters", à Etterbeek et à Ixelles.
Le parquet s'oppose à toute mesure de faveur
Sam et Idriss baissent la tête. On les sent au bord des larmes. "Ils ne faisaient même pas ça pour de l'argent. Ils n'en avaient pas besoin. Certains jeunes cherchent du kick et de l'adrénaline en faisant des figures dans un skatepark ; les prévenus le faisaient en rackettant des mineurs toujours plus petits qu'eux", assène la substitute.
Les faits "épouvantables" parlent d'eux-mêmes, enfonce-t-elle. "Je n'ose pas imaginer la boule au ventre des victimes qui doivent prendre les transports en commun à la nuit tombée." Le parquet réclame 5 ans d'emprisonnement pour Idriss, dont au minimum 3 ferme, et 4 ans pour Sam, dont 2 ferme. La substitute s'oppose aussi à toute mesure de faveur du tribunal : pas question de peines alternatives à l'emprisonnement.
Sur leur banc, les deux prévenus se décomposent. Leurs avocats plaideront dans deux semaines.
* Prénom d'emprunt