Un jeune homme a dérapé sur une route verglacée : "La prochaine fois, prenez un taxi, ça ne vous coûtera jamais 300 euros "
La présidente du tribunal de police est plutôt conciliante, mais n'aime vraiment pas l'alcool au volant. Peut-on lui donner tort ?
- Publié le 09-02-2025 à 10h00
- Mis à jour le 09-02-2025 à 12h58

Ce matin-là, on se retrouve devant un tribunal de police. Ce n'est pas comme dans un tribunal classique. Les avocats ne viennent pas plaider en toge. Environ la moitié des justiciables fait d'ailleurs l'économie d'un homme (ou d'une femme) de loi. Ensuite, il y a beaucoup de dossiers sur la table, égrenés par la voix quelque peu monocorde de l'huissier d'audience, et le temps consacré à chacun d'entre eux est assez limité. Enfin, la présidente du tribunal et le ministère public se tutoient ouvertement.
La plupart des justiciables sont là, soit pour un excès de vitesse trop élevé pour faire l'objet d'une transaction, soit pour avoir justement omis de payer cette transaction.
En défaut de contrôle technique depuis deux ans et demi
Notre premier client n'est plus en ordre de contrôle technique depuis… deux ans et demi. Seulement voilà, il est en sévère dépression depuis lors, selon son avocat. Le tribunal fusionne les peines et se contente de 40 euros, "le minimum légal" relève la présidente. À multiplier par huit et avec une indemnité de procédure en plus, ça fait quand même cher payé.
Au suivant. Un excès de vitesse peu banal (145 km/h au lieu de 90) commis par un délégué commercial, sans doute en retard pour l'un de ses rendez-vous. Il a un antécédent de roulage… qui remonte à 2014. C'est loin, pour quelqu'un qui passe sa vie sur la route. "Pas grand-chose à dire quant au montant de l'infraction, concède son avocat. Mais bien pour ce qui est de la suspension de permis. Comme il a besoin de sa voiture, il demande à pouvoir la purger le week-end." Bon prince, le tribunal acquiesce : 60 euros, un mois de déchéance dont 16 jours ont déjà été prestés, le reste se fera sur 7 week-ends.
Une écrasante majorité d'hommes
Se présente alors une dame, qui semble s'être assoupie au volant et a terminé dans le fossé. Elle était en état d'intoxication alcoolique manifeste. Et la juge n'aime pas ça. "Le seul point positif dans votre dossier, c'est l'absence d'antécédents. Vous faites quoi dans la vie ?" "Serveuse dans un resto. Je ne sais pas ce qui m'a pris, j'avais pris mes dispositions pour dormir sur place. Je mesure l'ampleur de ce que j'ai fait." "C'est déjà bien. Vous auriez pu tuer des gens, y compris vous-même !" Madame s'en tire avec une suspension probatoire et une formation antialcoolique chez Vias. Pas d'amende et pas de retrait. "C'est une faveur que vous ne recevrez qu'une fois dans votre vie", pointe la présidente. "Une fois, pas deux !", conclut-elle en levant un index menaçant.
À nouveau, un homme – ils sont en écrasante majorité dans cette audience – pour le cas suivant. Encore un qui a joué l'autruche plutôt que de payer une amende pour défaut de contrôle technique. "Vous auriez mieux fait de payer une transaction, signale d'emblée la juge. En plus, c'est la 7e fois que ça vous arrive et vous ne vous souvenez pas ! Vous allez payer plus aujourd'hui, désolée." Rien de terrible, 20 euros (x8) et 100 euros d'indemnité de procédure. "Vous recevrez la facture à la maison."
Le suivant a moins de chance : là aussi, le véhicule n'est plus en ordre de contrôle technique. "Mais je ne l'utilise plus", proteste le propriétaire. "Oui, mais en attendant il est garé sur la voie publique", réplique la présidente. Aujourd'hui, ce n'est plus le cas, elle est à la casse, mais la facture se monte à 30 euros (x8) et 300 euros d'indemnité.
Plus épineux, le cas suivant : délit de fuite avec alcool. "Mon client estime qu'il n'y avait pas délit de fuite, avance l'avocat du prévenu, car il habitait juste à côté et est juste allé garer son véhicule." En outre, il est en dépression avec suivi psychologique, ce qui fait qu'il est à la mutuelle de longue date. Le tarif sera cette fois de 200 euros avec sursis pour 150 et obligation de suivre une formation avant de reprendre le volant.
Un cas pathétique
De plus en plus fort. Bris de clôture, vitesse excessive et intoxication alcoolique avec récidive. "Vous allez devoir repasser votre permis, Monsieur. Pour l'instant, vous bénéficiez d'un sursis, mais si vous remettez les mains sur un volant avant la fin de vos trois mois de déchéance, c'est la case prison directement !" Comme au Monopoly. "Un homme averti en vaut deux ! "
Le cas suivant est un peu pathétique. Monsieur avait oublié son permis, qu'il possédait pourtant, mais n'a rien trouvé de mieux que d'insulter les policiers qui faisaient le constat. La présidente hausse les épaules. "Vous auriez dû faire profil bas, il n'y aurait même pas eu de PV." En attendant, ça fera 20 euros (x8 toujours) et une indemnité de procédure.
Enfin, en guise de bouquet final, voici un jeune homme qui a dérapé sur une route verglacée et a terminé sur le toit. Problème : ses 0,86 g d'alcool. "Vous n'avez pas d'antécédent mais vous êtes jeune ! Il ne faut plus jamais recommencer. On vous propose 20 heures de formation Vias. Suivez-la bien, sinon ce sera devant un autre tribunal que vous vous retrouverez. La prochaine fois, prenez un taxi, ça vous coûtera toujours moins cher ! Dès que vous mettez vos fesses dans ma salle d'audience, c'est d'office 300 euros de frais. Jamais un taxi ne vous coûtera 300 euros !"