Le nombre de permis de construction et de rénovation chahuté par les statistiques

- Publié le 23-01-2020 à 06h32
- Mis à jour le 07-02-2020 à 14h40

LIBRE IMMO
Sans bouleverser les tendances qui perdurent depuis dix ans.
Les derniers chiffres de l'office belge de statistique Stabel en matière de permis de bâtir octroyés pour des logements neufs de part et d'autre du pays viennent d'être publiés. Portant sur les neuf premiers mois de l'année écoulée et comparés à la même période en 2018, ils sont le reflet d'une évolution à plusieurs vitesses selon les Régions. Évolution que l'administrateur délégué de la Confédération Construction, Robert de Mûelenaere, qualifiait même de "paradoxale" lors de la présentation qu'il en a faite à l'occasion du lancement presse du salon Batibouw (27 févier-8 mars, Brussels Expo). "La Région wallonne se démarque par une remarquable stabilité, tandis que la Flandre enregistre une baisse notoire du nombre de permis octroyés", a-t-il commenté.
De janvier à septembre 2019, à l'échelle de la Belgique, le nombre de permis de bâtir octroyés pour la construction de bâtiments résidentiels a reculé de 7,6 % par rapport à la même période en 2018, à 20 661 bâtiments. Une baisse qui est, comme l'a souligné Robert de Mûelenaere, surtout le fait du nord du pays, la Flandre accusant un recul de 10,4 % à 15 449 permis octroyés. À l'inverse, la tendance est à la (relative) hausse en Wallonie (+2,5 %, à 5 113 permis). Dans la capitale, la chute est fort marquée mais l'échantillon est trop confidentiel pour être relevé (101 permis octroyés contre 120 un an plus tôt).
Avec ceci que, quand on remonte quelques années en arrière dans les statistiques de Statbel, le phénomène devient plus étrange encore : en Flandre toujours, la courbe des permis octroyés oscille d'année en année, enchaînant les pics puis les chutes : -24,8 % en 2015, +14,9 % en 2016, -19,7 % en 2017, +57,9 % (!) en 2018.

Des pics qui n'en sont pas
Ces va-et-vient n'inquiètent pas outre mesure Jean-Pierre Libaert, directeur du service économique de la Confédération Construction. "L'explication de ces grands écarts statistiques du nombre de permis octroyés en Flandre est double, et assez simple", rassure-t-il. De un, au nord du pays, et contrairement à la Wallonie, les exigences en matière de performance énergétique des bâtiments sont renforcées tous les deux ans depuis 2014. "Du coup, les candidats-bâtisseurs se dépêchent de rentrer leurs dossiers de demandes de permis avant le 31 décembre précédant le cadenassement PEB du 1er janvier de l'année suivante, en l'occurrence 2016, 2018, 2020. Cette manne de dossiers est traitée dans la foulée, ce qui explique les pics de permis octroyés ces années-là. Et, en comparaison, les baisses des années précédentes", détaille-t-il. "Les normes PEB viennent d'être une fois de plus cadenassées pour la période 2020-2022, on devrait donc s'attendre à un nouveau pic pour 2020."
La seconde piste de réponse tient à la méthode de collecte des données. "Courant de l'année 2017, la Flandre a changé son système de collecte des informations liées aux octrois de permis", reprend Jean-Pierre Libaert. "Le nouveau système est plus exhaustif que le précédent. En gros, auparavant, les communes devaient transmettre les formulaires à Statbel. Autant dire que certains… se perdaient en cours de route. Depuis 2018, ces formulaires sont transmis directement de façon électronique. Cela explique la rupture claire dans la série puisque l'année 2018 voit un pic extraordinaire du nombre de permis octroyés, doublé par rapport aux autres années haussières."
Quid du sud du pays ? "En Wallonie, on ne retrouve pas ces éléments perturbateurs de statistiques", pointe le directeur du service économique de la Confédération Construction. "L'évolution du nombre de permis octroyés pour des bâtiments résidentiels est, dès lors, soumise aux seules tendances du marché."
Le boom des rénovations
Statbel fournit encore deux autres types de statistiques, comparant d'une part les courbes des permis de bâtir octroyés pour la rénovation de bâtiments résidentiels et pour de nouvelles constructions résidentielles, de l'autre, les courbes des permis octroyés pour les maisons unifamiliales et pour les appartements. "Où l'on voit que la rénovation l'emporte sur la construction depuis 2007", observe Jean-Pierre Libaert. Cela change brièvement à partir du deuxième trimestre 2018 avant de repartir de plus belle en janvier 2019. "Il faut savoir que les rénovations sont sujettes à permis lorsqu'il y a un changement d'affectation du bien, une division ou une transformation apportée à l'enveloppe du bâtiment. Cela multiplie le nombre de permis et influe donc les statistiques en la matière."
Quant à la préséance des appartements sur les maisons, elle tient tout simplement à la densification du territoire.