Un "petit effort", vraiment ? Le coût caché du double saut d'index
"C'est un effort considérable", estime Bruno Colmant, professeur de Finances et membre de l'Académie royale de Belgique.
- Publié le 27-11-2025 à 12h49
- Mis à jour le 27-11-2025 à 15h52
"Ceux qui ont la chance d'avoir un bon salaire recevraient un peu moins." Ce sont les mots de Bart De Wever, alors que le Premier ministre justifiait le double saut d'index partiel prévu par le gouvernement dans son budget.
Concrètement, alors que le système d'indexation automatique des salaires vise à préserver le pouvoir d'achat lors des périodes d'inflation, le gouvernement a validé un budget introduisant un double saut d'index pour les salaires dépassant 4 000 euros bruts. En 2026 et en 2028, les rémunérations supérieures à ce seuil ne seraient donc pas indexées, contrairement aux années précédentes. Résultat : un travailleur gagnant jusqu'à 4 000 euros bruts par mois continuerait d'être indexé intégralement, tandis qu'un salarié à 5 000 euros bruts ne le serait que sur les 4 000 premiers euros.
Selon l'exécutif, cette mesure permettrait de réduire fortement les dépenses publiques, tout en ne pénalisant que "un peu moins" les salariés concernés. Vraiment ? Nos confrères de la DH se sont penchés sur le manque à gagner qu'engendrerait la perte de ces deux indexations sur l'ensemble d'une carrière professionnelle. Et après 10, 20, 30 ou 40 ans, les effets du double saut d'index partiel apparaissent… considérables pour le portefeuille des travailleurs.
Un effet sur le reste de la carrière
Pour nos calculs, nous avons retenu une inflation annuelle moyenne de 2 %. Toutes choses égales par ailleurs, un travailleur qui gagne aujourd'hui 4 100 euros bruts par mois perdrait 473 euros bruts après 10 ans et 2 823 euros après 40 ans. Pour un salaire actuel de 5 000 euros bruts, la perte atteindrait 4 729 euros après 10 ans, et 28 233 euros bruts après 40 ans.
Un montant difficile à qualifier d'"un peu moins", contrairement à ce que suggère le Premier ministre. "On pourrait de prime abord penser que le double saut d'index est un effort relativement modeste, confie Bruno Colmant, professeur de Finances et membre de l'Académie royale de Belgique. Mais cela aura un effet perpétuel sur le reste de la carrière. Avec au final, une différence qui serait un effort considérable après 40 ans de travail."
D'autant plus que le calcul ci-dessus ne prend pas en compte l'impact de cette non-indexation sur le pécule de vacances et le treizième mois. "Or si l'on prend cela en compte, la perte financière serait en réalité de 32 586 euros bruts pour un travailleur qui gagnerait, aujourd'hui, 5 000 euros bruts."
Pour un travailleur gagnant 6 000 euros par mois, le manque à gagner serait dès lors de 65 172 euros bruts. Soit le prix d'une belle voiture.
Ces projections reposent sur une inflation moyenne de 2 %. Mais si 2027 devait connaître une poussée inflationniste comparable à celle liée à la crise énergétique en 2022, l'absence d'indexation en 2028 aurait un impact encore plus sévère après 40 ans de carrière. "Pour une personne gagnant 5 000 euros bruts, on serait alors à 97 273 euros bruts (NdlR : 9 727 euros pour un salaire brut actuel de 4 100 euros ; 195 000 euros pour ceux qui gagnent aujourd'hui 6 000 euros par mois) de manque à gagner."
L'espoir, dès lors, serait presque… une inflation très modérée en 2027, voire aucune inflation du tout.