Le thème du climat a disparu de la campagne électorale, mais les écologistes allemands ne s'avouent pas vaincus
Le parti de Robert Habeck et Annalena Baerbock vise le maintien, dimanche dans les urnes, et – pourquoi pas ? – une nouvelle participation au gouvernement. Mais l'élan écologiste d'il y a trois ans est retombé.
- Publié le 23-02-2025 à 08h17
- Mis à jour le 23-02-2025 à 10h24

Mais où est passé le thème du climat ? À deux jours des législatives en Allemagne, ce 23 février, la lutte contre le changement climatique et la transformation écologique de l'économie sont quasiment absentes de la campagne électorale.
Quel contraste avec les législatives de 2021 où les divers partis se concurrençaient pour proposer les meilleures solutions en la matière. À l'issue de ce scrutin, les Verts faisaient leur grand retour au gouvernement, 20 ans après leur première expérience en la matière. L'alliance tripartite avec les sociaux-démocrates (SPD) et les libéraux (FDP) allait même se surnommer la "coalition du progrès".
Trois ans et demi plus tard, c'est la déconfiture : ce gouvernement a éclaté en plein vol et les écologistes sont accusés par la droite d'avoir mené le pays à la désindustrialisation par des mesures trop rapides et radicales. Face à la crise économique, le changement climatique n'intéresse plus autant, et un seul sujet prédomine les débats électoraux : la lutte contre l'immigration illégale. Et si la crise économique inquiète, les solutions apportées par les divers partis incluent rarement des accents écologiques. "Ce thème ne trouve pas du tout sa place dans la campagne car il est relayé très loin dernière ceux que la droite et l'extrême droite mettent malheureusement en avant", regrette Felix Müllmann, un étudiant en droit rencontré dans un meeting électoral social-démocrate. "Le sujet est pourtant central car si l'on ne fait rien contre le changement climatique, il y aura toujours plus de réfugiés", prédit-il.
L'Alliance90/Les Verts, de l'actuel vice-chancelier Robert Habeck, est le seul à mettre ce sujet en avant, mais peine à se faire entendre. Exemple lors d'une soirée électorale, en présence de plusieurs partis, dans un quartier de Berlin, pourtant bastion des Verts. "Aucune question n'a été posée sur ce thème par le public", constate, peu surprise, la candidate écolo Julia Schneider. "J'essaie systématiquement d'aborder le sujet mais c'est difficile."
Le nombre de membres grimpe
Privés de leur thème de prédilection et accusés d'être responsables de l'échec de la coalition tripartite, la plus mal aimée de l'histoire du pays, les écologistes allemands doivent-ils s'attendre à une claque électorale dimanche ? Pas forcément, répond Julia Schneider. "Nous devrions conserver notre noyau traditionnel d'électeurs, autour des 14 %. Ce n'est pas si mal, vu le contexte." Les enquêtes d'opinion vont en effet, depuis des mois, dans ce sens. Si cela devait se confirmer dans les urnes, les Verts resteraient au niveau de 2021, lorsqu'ils avaient obtenu 14,8 % des suffrages.
Je sens une envie d'agir.
Même optimisme de la part de Stefan Gidijek, membre des Verts dans la région de Francfort. "Le parti est en ébullition. Nous comptons beaucoup de nouveaux membres et nous recevons même de l'aide de personnes non encartées pour distribuer des tracts et faire du porte à porte. Je sens une envie d'agir", constate ce militant. Au niveau national, le parti a en effet enregistré une hausse "historique" du nombre de ses membres : +42 000 depuis que le gouvernement tripartite s'est désintégré en novembre et que l'extrême droite progresse. "Avant je suivais l'actualité politique sur Instagram, mais avec la montée de l'AfD je veux agir", nous explique une jeune recrue berlinoise.
"Nous voulons gouverner"
Les écologistes allemands jouent en effet à fond la carte du rempart contre l'extrême droite. Ils ne sont toutefois pas les seuls et pourraient perdre des points face à la gauche radicale, en progression dans les sondages. "La différence avec Die Linke, c'est que nous, les Verts, voulons prendre des responsabilités et gouverner", commentait cette semaine le candidat à la chancellerie Robert Habeck. "Il ne suffit pas de tenir de beaux discours. On ne peut changer les choses qu'en participant au gouvernement. Après ces trois dernières années, nous savons que c'est difficile, mais rester en marge n'est pas une solution", ajoute-t-il en listant quelques avancées réalisées en trois ans de pouvoir, comme le développement des énergies renouvelables et la facilitation des naturalisations.
Gouverner et accepter des compromis est ainsi plus que jamais la ligne du duo écolo allemand mené par Robert Habeck, ministre de l'Économie, de l'Énergie et du Climat, et sa consœur Annalena Baerbock, cheffe de la diplomatie. Ces deux Realos, membres de l'aile modérée du parti, peuvent notamment envisager une coalition avec la droite conservatrice de Friedrich Merz, même s'ils la jugent "compliquée". Emportés par une campagne axée sur l'immigration, ils ont ainsi proposé un plan en dix points, prônant, entre autres, plus de pouvoir pour la police et l'expulsion des personnes jugées dangereuses.
À la base du parti, cette politique pragmatique et centriste déplaît depuis des mois aux Fundis, l'aile gauchiste. Le soutien militaire à l'Ukraine choque certains dans un parti historiquement pacifiste. Idem avec l'achat de gaz naturel liquéfié américain ordonné par Robert Habeck après l'arrêt des livraisons de gaz russe en 2022. Nombre d'entre eux ont déjà claqué la porte. À voir si les électeurs suivront dimanche.