Ingela Brimberg, Brünnhilde du début à la fin
La soprano suédoise revient à la Monnaie pour "Le crépuscule des dieux".
- Publié le 03-02-2025 à 12h02

On la découvrit à la Monnaie en 2011 en Valentine des Huguenots de Meyerbeer. Elle y revint, sept ans plus tard, toujours avec Olivier Py, pour une autre prise de rôle : Elsa dans Lohengrin. Et depuis, Ingela Brimberg est devenue une des sopranos wagnériennes en vue, tant à la Monnaie qu'ailleurs en Europe. Dans la Tétralogie qui atteint son dernier épisode dès ce mardi, elle est à nouveau Brünnhilde : une héroïne qu'elle avait déjà incarnée voici un an dans La Walkyrie et en septembre dans Siegfried, et qu'elle a chantée également à Stockholm et à Valence.
C'est dire qu'elle peut, mieux que personne, décrire l'évolution du personnage : "C'est la même entité, avec la même âme, la même spiritualité. Mais c'est aussi un être humain qui grandit. Elle découvre ses parents sous un jour nouveau dans La Walkyrie, et notamment son père, Wotan, qui a cette idée bizarre de la laisser endormie sur un rocher sans savoir ce qui va lui arriver. Dans Siegfried, elle est réveillée brutalement, d'abord très inquiète puis très soulager de voir que ce n'est pas un… enfoiré complet qui la réveille ! En tout cas, c'est sa première impression. Et dans Le crépuscule des dieux, cette troisième soirée, nous découvrons une femme beaucoup plus mûre, qui est devenue un être humain alors qu'elle était une déesse au début."
Le choix de Brünnhilde
Pour Brimberg, le statut d'être humain de Brünnhilde est indissociable de l'expérience amoureuse : "Dans La Walkyrie, elle a découvert ce statut d'être humain à travers Siegmund et Sieglinde. Puis, dans Siegfried, elle est tombée sincèrement amoureuse, même si elle comprend assez vite que Siegfried et elle ne sont pas fait pour rester toute la journée à la maison à se regarder dans les yeux. Mais, dans Götterdämmerung, elle va être trahie par cet homme en qui elle plaçait toute sa confiance, et ce alors qu'elle est très vulnérable. Et comme c'est une femme qui réfléchit beaucoup, elle va aller jusqu'à la vengeance. Et, au final, elle prendra la décision capitale de rendre l'or au Rhin, pour mettre fin à ce cercle infernal initié par Wotan dans Rheingold. Evidemment, on aurait pu raccourcir l'opéra sérieusement si, dès le premier acte, Brünnhilde avait rendu l'anneau à Waltraute ! Mais on ne sait pas ce que Waltraute en aurait fait : si c'était pour le rendre à Wotan, on a bien fait d'éviter cela…"
Evolution vocale
L'évolution de Brünnhilde n'est pas seulement psychologique : elle est également vocale. "J'adore La Walkyrie : c'est sans doute l'opéra le plus parfait des quatre, ce qui explique qu'on le donne de façon isolée. Une bonne histoire, des personnages intéressants… Mais la ligne vocale de Brünnhilde est très fragmentée : très aigue, très grave, et pas grand-chose entre les deux. C'est donc risqué, et pas tellement naturel. Puis vient Siegfried qui, pour Brünnhilde, est très court : on passe l'essentiel de la soirée à attendre pour rentrer en scène, puis on a un temps limité pour installer le personnage de façon plausible. Mais le rôle est très bien écrit, et c'est pour cela qu'on conseille aux sopranos lyriques de commencer par cette Brünnhilde-là. Puis, dans "Götterdämmerung", pas mal de temps s'est écoulé et Wagner a appris énormément sur les voix féminines. Du coup, c'est très bien écrit, particulièrement dans le registre supérieur : ce n'est pas facile à chanter, certainement pas, mais c'est beau. C'est un beau défi…"
À Bruxelles, Brimberg aura aussi vécu le changement de metteur en scène au milieu du Ring, passant de Castellucci pour La Walkyrie à Pierre Audi pour Siegfried et maintenant Le crépuscule des dieux. Le changement ne l'a pas troublée : "Ce sont deux metteurs en scène très différents mais l'un et l'autre de classe mondiale. Romeo est un artiste visuel, plus intuitif, plus centré sur les grandes lignes que sur le détail des personnages. Pierre au contraire est un homme de théâtre super expérimenté, qui réfléchit beaucoup à la personnalité des personnages et à la façon dont ils évoluent dans leurs interactions, mais c'est également visuellement très fort. Les deux m'ont apporté énormément."
Bruxelles, la Monnaie, du 4 février au 2 mars ; www.lamonnaie.be