Avec les explications a minima malaisantes de Pamela, Jacques et Michel, on touche le fond au tribunal
Tous les week-ends, un journaliste de La Libre propose un compte-rendu d'une audience ou de divers dossiers traités dans un tribunal bruxellois ou wallon. Cette semaine, direction Mons.
- Publié le 23-03-2025 à 10h00

Matinée déprimante à Mons où les dossiers sont empreints d'une misère sociale, saupoudrée d'addictions variées.
Juan (*) fait opposition d'un jugement par défaut qui l'a mené derrière les barreaux. Sans raison apparente, ce petit homme chétif, pas plus épais qu'un sandwich SNCF, a frappé une dame sur le parking d'un supermarché. Juan a été condamné au maximum de la peine pour de tels faits, mais la juge se demande si sa place est bien en prison. L'analyse psychiatrique n'a pas relevé de trouble mental, mais convenu quand même qu'"il y a un petit quelque chose".
La présidente tâte le terrain de la peine de probation : "Seriez-vous d'accord de ne plus consommer d'alcool ni de stups ?" Réponse de Juan : "Ça ne me dérange pas". "Ne plus consommer, s'astreindre à un suivi psychologique, rechercher du travail, régulariser son domicile,… ce sont plein de démarches à entreprendre", insiste la présidente. Juan est d'accord sur tout et c'est bien là le problème. "Si vous dites 'oui' à tout uniquement pour sortir de prison, vous allez vite y rentrer", assure la magistrate. Jugement le 1er avril, Juan acquiesce, présent de corps (et encore) mais pas d'esprit.
Bavarde comme une pie
Présente, Chantal (*) l'est, en stéréo encore bien. Décrite comme une "pipelette" par son avocate, nous dirions plutôt qu'elle est atteinte de diarrhée verbale.
Sa vie n'est pas un long fleuve tranquille. Après des "simples" vols à l'étalage, la prévenue a adjoint la violence aux petits larcins. Incarcérée à Haren pour d'autres faits depuis 2022, elle semble cette fois avoir pris conscience de sa dérive et met tous les ingrédients en place pour se réinsérer, quitte à trop en faire ou plutôt trop en dire : "J'ai même fait la manche à Bruxelles pour ne plus commettre de vols". Jugement le 15 avril.
Attention, on touche le fond. Pamela, Jacques et Michel (*) sont poursuivis pour incitation à la haine envers une dame belge d'origine subsaharienne qui, dans le bus, a eu le "malheur" de prendre place à l'emplacement réservé aux "poussettes". Ce qui aurait pu se régler de manière courtoise a dégénéré en insultes et même en un coup de poing au thorax asséné par Pamela, du haut de son mètre 55.
Pour tenter d'expliquer les faits, les frangins Jacques et Michel se noient en explications a minima malaisantes du genre : "Avant, la Belgique, c'était la Belgique". La présidente a de la patience mais il y a des limites, franchies par Pamela, qui s'enfonce avec véhémence : "Pourquoi je serais raciste ? J'habite depuis 12 ans dans une cité où il y a de tout (sic), je n'ai jamais eu de problème". "Vous arrêtez de vous adresser de cette façon devant le tribunal. Il y a des éléments objectifs, il faut en tenir compte", recadre la présidente. Ces éléments, ce sont les caméras de surveillance du bus et les témoins. Pamela prétend que la victime a craché sur son enfant de deux mois, le petit dernier d'une fratrie de dix, mais rien ne vient corroborer ses dires.
Pour le ministère public, le fait que la victime soit assise au mauvais endroit ne serait qu'un prétexte pour créer l'incident : "Quand on voit vos antécédents judiciaires, il faut balayer devant votre porte". En effet, le trio n'est pas composé de perdreaux de l'année, tant s'en faut. Pamela a douze antécédents en matière de roulage au compteur ; Jacques en collectionne sept et Michel a un casier judiciaire long comme le bras, avec une condamnation à dix ans de prison pour attouchements sur mineur. "Voilà ceux qui se permettent de faire la leçon aux autres", assène le procureur, sans se départir d'un certain flegme. Il requiert des peines de six mois de prison pour Pamela et Jacques et neuf mois pour Michel.
Pas facile de plaider
L'avocat de ce dernier est gêné aux entournures au moment de plaider . "Ce sont des faits que je ne tolère pas", précise-t-il d'emblée pour ensuite tenter de trouver des circonstances atténuantes à son client. "Des images vidéo peu explicites", "des témoins qui étaient dos à la scène" et même : "Mon client a tenté d'apaiser les choses". Pas facile comme métier.
L'avocate de Pamela n'est pas plus à l'aise, évoquant le fameux crachat de la victime qui aurait mis le feu aux poudres, mais que personne n'a vu, pas même les caméras de surveillance. Le coup de poing serait plutôt une claque "main ouverte", un réflexe malheureux. Du reste, Pamela ne serait pas une "grossière merlette", mais une dame émotive, touchée d'être à l'audience. Le conseil demande au tribunal de "laisser une chance" à cette maman qui élève seule sa progéniture. Pamela, qui semble être redescendue en pression, l'assure : "Ça m'a servi de leçon ; la prison n'est pas faite pour moi". Elle remonte subitement dans les tours : "Je vais à la salle de sport pour me défouler". Ce n'est pas suffisant.
Jugement le 15 avril.
(*) Prénoms d'emprunt.
